Alimentation: plaidoyer pour une politique publique

L'anthropologue et chercheur en nutrition publique, Jean-Claude Moubarac,... (Marie-Élise Faucher, La Voix de l'Est)

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L'anthropologue et chercheur en nutrition publique, Jean-Claude Moubarac, en compagnie de la directrice sortante des Cuisines collectives de la Montérégie, Julie Bourdon.

Marie-Élise Faucher, La Voix de l'Est

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Pour souligner le 25e anniversaire du Regroupement des cuisines collectives du Québec, le chercheur Jean-Claude Moubarac était l'invité des Cuisines collectives de la Montérégie, jeudi. Son constat: nous délaissons la cuisine au profit des «aliments ultra-transformés», ce qui modifie notre système alimentaire. Cuisiner plus, oui. Mais au delà d'une prise de conscience individuelle, la solution doit venir d'en haut, dit-il.

On dit qu'une image vaut mille mots. Celle que le conférencier Jean-Claude Moubarac a présentée devant la centaine de personnes réunies à la Ferme Héritage Miner de Granby n'aurait pu être plus significative: des déchets aux emballages multicolores gisant sur une bouche d'égoût. «En m'approchant, j'ai réalisé que presque toutes les compagnies étaient représentées», s'amuse le chercheur en nutrition publique, qui a capturé le cliché dans une cour d'école. Des cannettes de Coke, des emballages marqués du fameux «M» de la restauration rapide, des sacs de Doritos: toutes ces marques qui représentent l'industrie des «aliments ultra-transformés» sont les grands responsables de notre alimentation qui se détériore. «J'ai vu une seule pelure d'orange», poursuit-il.

«Si on ressortait cette photo dans 200 ans, les anthropologues pourraient dire: pas étonnant que ces gens-là aient disparu!» lance Jean-Claude Moubarac, provoquant l'hilarité générale. Exagéré? Pas tant que ça. Lui-même anthropologue, Jean-Claude Moubarac a rappelé l'importance de la cuisine pour maintenir une saine alimentation.

Il n'en demeure pas moins que les statistiques frappent: en 2004, au Canada, plus de la moitié des calories consommées par jour provenaient des produits non pas «transformés», mais «ultra-transformés». Une catégorie comprenant les céréales sucrées, la pain industriel, les tartinades et le yogourt aromatisé, entre autres.

L'exemple du Brésil

«Plus on consomme d'aliments ultra-transformés, moins on consomme de protéines, de vitamines et de sels minéraux», élabore le chercheur. Le Mexique est champion en ce sens, enregistrant les plus grandes ventes de Coca-Cola au monde, de même que le taux d'obésité le plus élevé. Mais le Canada n'a pas de quoi s'asseoir sur ses lauriers: en 2013, nous étions les deuxièmes plus grands consommateurs de produits ultra-transformés, tout juste derrière les Américains. Une statistique qui explique pourquoi au cours du 20e siècle, les Canadiens ont acheté de moins en moins de «vrais ingrédients», les éloignant du même coup des fourneaux. Avant de pleinement reconnaître la valeur de la cuisine, les Canadiens ont des croûtes à manger et un guide duquel s'insipirer, croit Jean-Claude Moubarac. «Au lieu de dicter quoi manger, le Guide alimentaire brésilien vise à développer la pensée critique des gens. On veut qu'ils deviennent autonomes et qu'ils s'alimentent bien toute leur vie», dit-il. Le Guide alimentaire brésilien propose notamment 10 étapes pour une saine alimentation, dont celle de «développer, exercer et partager ses habiletés culinaires».

Une recommandation qui s'applique bien à l'enseignement de la cuisine dans les écoles. «90% des Québécois croient que les jeunes devraient avoir des cours de cuisine», rappelle Jean-Claude Moubarac. «On veut que les jeunes tombent en amour avec les aliments», résume-t-il.

En plus d'affecter la santé et l'environnement, le système alimentaire actuel a un impact direct sur notre culture. «La transition de la cuisine vers les produits ultra-transformés érode notre patrimoine culturel», note le chercheur. C'est en ce sens qu'il nous invite à nous regrouper pour cuisiner et partager les repas.

Cuisine collective

«Le gouvernement doit ramener la cuisine et les vrais aliments au coeur des politiques publiques. Sans la mobilisation civile, le statu quo restera», conclut Jean-Claude Moubarac.

C'est dans cet esprit que s'organisent depuis 25 ans les Cuisines collectives, valorisant la saine alimentation et la socialisation.

En Montérégie, 30 groupes se retrouvent chaque mois pour planifier des recettes selon les spéciaux de l'épicerie. Le principe est simple: cuisiner à peu de frais (l'équivalent d'1$ ou moins par portion).

«Apprendre à bien manger», ajoute la directrice sortante des Cuisines collectives, Julie Bourdon. Elle précise que 70% de la clientèle de l'organisme a un revenu familial de moins de 25 000$. Les Cuisines collectives en 2015, c'est: 342 jours de cuisine, 3000$ en portions et100 ateliers donnés à Granby, Waterloo et Bromont.

À la recherche d'une remplaçante

Directrice des Cuisines collectives de la Montérégie, Julie Bourdon a donné sa démission, mercredi. Elle souhaite ainsi pouvoir se consacrer pleinement à ses fonctions de conseillère municipale à la Ville de Granby. «Je voulais prendre le temps de bien répondre aux citoyens, bien les accompagner dans leurs démarches», dit celle qui occupe également la présidence de Commerce Tourisme Granby_région.

Julie Bourdon continuera à oeuvrer auprès des Cuisines collectives à temps partiel jusqu'à la fin du mois juin, le temps d'effectuer la transition des projets en cours avec son successeur. Le poste de la direction est ouvert. L'offre d'emploi a été affichée mercredi.

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