Coup de coude et violence contre les femmes: un parallèle « absurde »

Il est insensé de comparer un coup de coude asséné involontairement à une... (La Presse Canadienne)

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Mélanie Marquis, La Presse Canadienne
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Ottawa

Il est insensé de comparer un coup de coude asséné involontairement à une députée à un acte de violence commis contre une femme, déplorent des experts du milieu.

Après l'incident survenu mercredi soir aux Communes, des membres de l'opposition ont établi un lien entre la violence faite aux femmes et le geste dont Ruth Ellen Brosseau a été victime.

La députée néo-démocrate a encaissé à la poitrine un coup de coude accidentel du premier ministre Justin Trudeau dans le cadre d'une bousculade.

Choquée, sa collègue Brigitte Sansoucy, députée de Saint-Hyacinthe-Bagot, est intervenue lors du débat qui a suivi, s'indignant d'avoir entendu en chambre des propos lui rappelant son passé d'intervenante auprès de femmes victimes de violence.

« On entendait des maris violents nous dire qu'ils n'avaient pas fait exprès, qu'ils ne voulaient pas leur faire mal. Je m'excuse. Il n'y a aucune excuse », a-t-elle martelé.

« Je veux que toutes les femmes qui nous écoutent aujourd'hui, et plus précisément celles qui ont subi de la violence, sachent que nous sommes ici pour elles aussi », a poursuivi Mme Sansoucy.

Les députées néo-démocrates Niki Ashton et Tracey Ramsey ont également fait référence à la violence faite aux femmes, tout comme leur camarade Peter Julian, lequel a évoqué une tante qui a été battue à mort.

En plus d'être « absurdes » et « boiteux », ces rapprochements sont carrément « insultants » pour les femmes victimes de violence, a déploré Simon Lapierre, professeur à la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa.

« Faire le parallèle entre le petit incident qui dure 30 secondes à la Chambre des communes et une situation de violence conjugale, je trouve que c'est vraiment désolant », a-t-il regretté jeudi en entrevue téléphonique.

« Je comprends que c'est dans le but de nuire à la crédibilité du premier ministre, mais je pense qu'on ne doit pas utiliser des problèmes aussi sérieux dans une joute partisane », a déploré M. Lapierre, qui travaille sur ces enjeux depuis une quinzaine d'années.

C'est également l'avis de la directrice de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes (FMHF), Manon Monastesse, selon qui cela ne sert « ni la cause », ni « la compréhension du public ».

« Le danger, c'est de banaliser la violence, parce que nos détracteurs vont dire que n'importe quel geste, c'est de la violence », a-t-elle suggéré à l'autre bout du fil.

« On entend par violence faite aux femmes des gestes visant à contrôler la personne, contrôler par la menace, par des actes. C'est tout un contexte, la violence faite aux femmes », a expliqué Mme Monastesse.

Au lendemain de la bousculade, jeudi, les députés Sansoucy et Julian ont assuré qu'ils ne cherchaient aucunement à banaliser la violence faite aux femmes en faisant ces rapprochements.

À leur avis, c'est le député libéral Greg Fergus qui a exagéré en comparant le mouvement de recul de Ruth Ellen Brosseau à un « plongeon de la Coupe du monde (de soccer) de 2006 ».

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