Les camionneurs artisans se font entendre

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Quittant le parc Louis-Choinière à dix heures tapantes, la longue procession de camions-bennes a circulé dans la rue Principale en direction du bureau du député François Bonnardel.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Non, ce n'étaient pas des paquebots qu'on entendait lundi avant-midi dans la région. Une quarantaine de camionneurs artisans ont fait résonner leurs klaxons sur la rue Principale, à Granby. Près de 70 de leurs confrères ont fait de même à Cowansville, et des milliers d'autres ont joint leur voix auxleurs dans leurs régions respectives pour réclamer du gouvernement le resserrement des conditions de courtage en services de camionnage en vrac.

Quittant le parc Louis-Choinière à dix heures tapantes, la longue procession de camions-bennes a circulé - lentement, mais bruyamment! - dans la rue Principale en direction du bureau du député François Bonnardel, à qui ils venaient livrer une lettre signée par le président de leur association, Guy Laplante.

L'Association nationale des camionneurs artisans inc. (ANCAI) regroupe tout près de 5300 membres au Québec. Essentiellement, il s'agit de petits entrepreneurs en transport en vrac qui possèdent un seul ou quelques camions, tout au plus.

À la merci des grosses compagnies

Depuis 1973, le Règlement sur le courtage en services de camionnage en vrac fait en sorte que tous les contrats publics nécessitant des transports en vrac sont attribués dans une proportion de 50% à des exploitants de véhicules lourds inscrits au Registre du camionnage en vrac et membres d'un service de courtage sans but lucratif dans leur région.

Le courtage sans but lucratif a pour objectif d'amener des retombées économiques locales dans les endroits où s'exécutent des travaux. La répartition permet d'octroyer tour à tour des mandats de façon équitable entre tous les membres d'une région donnée, qui gèrent eux-mêmes leur organisme de courtage.

Or, sans une volte-face du ministère des Transports du Québec, cette mesure prendra fin le 31 mars 2017. Les camionneurs artisans craignent de voir alors leur travail rapatrié par de plus gros joueurs, capables d'offrir des prix beaucoup plus bas étant donné la taille de leur flotte. Actuellement, les tarifs des camionneurs sont régis par le Ministère.

«Ça va devenir celui qui va couper le plus ses prix pour travailler», appréhende Pascal Ostiguy, propriétaire de deux camions à Granby.

«Si le gouvernement ne fait rien, les petits camionneurs vont être à la merci des grosses compagnies, craint Alain Couture, administrateur du sous-poste de Shefford de l'ANCAI. On ne peut pas laisser une partie de l'industrie contrôler tout. On doit payer nos permis à la Commission des transports, c'est normal qu'on veuille les protéger.»

«Ce qui nous arrive, c'est un peu ce que le taxi vit avec Uber, illustre-t-il ensuite. Il arrive du monde qui n'ont pas de permis, qui sont parfois moins chers, parfois plus chers, et qui veulent prendre le contrôle du marché.»

Plusieurs entrepreneurs ne seraient pas de taille sans l'intervention de Québec. Ils seraient alors obligés de mettre la clé sous la porte.

«Ça serait le free for all, dénonce pour sa part le Granbyen Patrick Gazaille. S'il n'y avait plus de courtage, tous les camions qu'on voit là ne seraient plus là. C'est notre gagne-pain. Si on ne peut pas gagner notre vie, on n'a plus de truck.»

Contrer la corruption

Déjà, une dérèglementation partielle du courtage par le ministère des Transports, en vigueur depuis 2012, n'oblige plus les entrepreneurs responsables des chantiers qui ne comblent pas eux-mêmes leur part des transports de confier le reste de leur mandat aux camionneurs artisans, dénoncent ces derniers. «Maintenant, l'entrepreneur peut engager qui il veut pour combler son 50% du transport», note M. Ostiguy.

Ce faisant, allègue l'ANCAI, le courtage illégal se serait répandu dans l'industrie. C'est pourquoi les camionneurs artisans réclament aussi de Québec des mesures pour sévir contre cette pratique. À l'heure actuelle, la Commission des transports du Québec (CTQ), qui gère les permis et chapeaute le courtage, ne dispose d'aucun pouvoir d'enquête ou de coercition.

« (Cette mesure) permet aux entrepreneurs de se donner des contrats de transport de matières en vrac entre eux», écrit le président Laplante dans sa lettre.

Plus loin, il affirme que «le camionnage en vrac laissé sans surveillance a permis à des entrepreneurs et à des courtiers à but lucratif de créer une économie souterraine en plus de blanchir de l'argent».

Alain Couture rappelle que la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion de contrats publics dans l'industrie de la construction (Charbonneau) recommandait un resserrement des règles de courtage des travaux de transport, pas le contraire.

«Cette année, le gouvernement a annoncé 5 milliards$ de travaux, chiffre-t-il. Le transport en vrac en représente environ 10%. Ce qu'on demande au gouvernement, c'est de mettre 500 millions$ à l'abri de la corruption.»

Les camionneurs artisans espèrent s'être fait entendre du ministre Jacques Daoust, avec qui ils n'ont pas eu l'occasion d'échanger depuis son entrée en poste.

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