Lutte contre la pauvreté: cinq priorités locales identifiées

Le coordonnateur du GASP, Nicolas Luppens.... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Le coordonnateur du GASP, Nicolas Luppens.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

(Granby) Le visage de la pauvreté évolue, les besoins des organismes qui la combattent sont toujours aussi criants et chaque région du Québec fait face à des enjeux qui lui sont propres. C'est dans cet esprit que s'est tenu le lancement granbyen des Actes des troisièmes États généraux de l'itinérance au Québec, lundi après-midi. On trouve dans le document toute l'information qui a émergé des échanges réalisés à ces États généraux, tenus à Montréal en juin dernier. Les situations des différentes régions y sont notamment décrites, afin d'illustrer le fait que le modèle montréalais n'est pas le seul qui existe.

«Il y a de la pauvreté dans la région, même si c'est moins visible», lance Nicolas Luppens, coordonnateur du Groupe action solution pauvreté Haute-Yamaska (GASP).

Selon lui, l'aide d'Ottawa n'est pas adaptée à la réalité de la région. Il y a quelques années, l'ancien gouvernement conservateur a réorienté sa stratégie d'aide en misant exclusivement sur le logement comme solution à l'itinérance chronique. M. Luppens constate que cette solution ne s'applique pas bien en Haute-Yamaska.

«On ne vient pas dire que l'approche n'est pas bonne; elle est très, très bonne. Mais elle n'est pas adaptée à notre région et à nos priorités. Ici, localement, on a très peu d'itinérance chronique comparativement aux grands centres urbains. Nous autres, notre priorité, c'est de faire en sorte que les itinérants ne deviennent pas chroniques», explique-t-il.

Cinq priorités locales

Pour éviter que la pauvreté régionale ne se transforme en itinérance chronique telle qu'on la connaît à Montréal, cinq priorités locales ont été mises de l'avant.

«Le fait d'avoir cinq priorités locales, pour nous autres, c'est synonyme que ça prend une diversité d'intervention», plaide le coordonnateur du GASP.

Premièrement, l'organisme souhaite consolider les services existants. M. Luppens raconte que la maison Le Passant a dû refuser d'offrir certaines nuitées faute d'argent à la suite de la fermeture de 11 lits et que le Centre de femmes Entr'Elles traverse une période «préoccupante».

Viennent, à titre de seconds éléments, l'accueil de nuit et les services d'urgence, qui viennent en aide aux personnes affligées par des problèmes de santé mentale et de toxicomanie qui n'ont nulle part où aller. Le coordonnateur évoque, par exemple, le besoin de mettre sur pied un centre de dégrisement pour les cas qui nécessitent ce genre d'intervention.

Troisièmement, l'organisme réclame des logements sociaux et des logements sociaux avec supervision - service qu'on ne retrouve pas dans la Haute-Yamaska.

En quatrième lieu, le GASP veut bonifier les services d'aide alimentaire. «Ici, on a à peu près 20 % minimum d'augmentation (des demandes) par année dans la plupart des ressources d'aide alimentaire, surtout S.O.S. Dépannage et Partage Notre-Dame», précise Nicolas Luppens. Il explique que des travailleurs, des aînés et toute sorte de personnes font maintenant appel aux services d'aide alimentaire, prouvant selon lui qu'il y a «une diversification et une complexification des visages de l'itinérance».

Enfin, la dernière priorité a trait au suivi communautaire, ce qui inclut notamment le travail de rue. Selon M. Luppens, les trois personnes oeuvrant dans ce domaine ici sont débordées et que les effectifs devraient doubler pour répondre à la demande.

Aide demandée

Les besoins exprimés par le GASP ont été chiffrés l'an dernier et se situent à 1,4 M$ par année. Même s'il applaudit l'augmentation annoncée par le gouvernement Trudeau, Nicolas Luppens martèle que l'aide actuelle ne suffit pas aux besoins et ne permet pas d'agir en amont de l'itinérance chronique. «1,4 M$, ça semble beaucoup, mais quand on le met au prorata de la population ici en Haute-Yamaska, il s'agit de quatre sous par jour par habitant. Ce n'est pas tant que ça [...]. Présentement, le fédéral investit seulement un sou par jour par habitant.»

Présent pour l'occasion, l'organisateur du Réseau Solidarité Itinérance du Québec, Mathieu Frappier, juge essentiel d'apporter un soutien flexible permettant aux différentes régions de la province de faire face à leurs propres réalités. Il rappelle que le gouvernement provincial a aussi sa part à faire après avoir adopté, il y a deux ans, sa Politique nationale de lutte à l'itinérance. Satisfait de la politique, il dénonce cependant certaines décisions gouvernementales récentes. Il mentionne, à titre d'exemple, que le fameux projet de loi 10 du ministre Barrette a causé des dommages collatéraux dans les services d'aide à l'itinérance, puisque les dirigeants du réseau de la santé traversaient une période d'incertitude.

Au niveau fédéral, M. Frappier a bon espoir que l'approche axée uniquement sur le logement des conservateurs changera sous un gouvernement libéral et permettra aux régions de se tailler des services sur mesure.

«On veut que ce soit la gang de Granby et de la Haute-Yamaska qui décide», affirme-t-il.

Le lancement national des Actes des troisièmes États généraux de l'itinérance au Québec aura lieu le 19 mai, à Montréal.

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