La maison Robinson démolie

La maison Robinson, bâtie en 1900, a été... (Christophe Boisseau-Dion)

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La maison Robinson, bâtie en 1900, a été démolie tôt en matinée lundi, tout comme l'immense grange sur la propriété sise sur la rue Principale à Cowansville. Les propriétaires veulent construire un édifice de 150 logements sur quatre étages.

Christophe Boisseau-Dion

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Cowansville) La maison Robinson n'est plus qu'un tas de ruines. Ses propriétaires l'ont démolie lundi matin, trois jours après avoir obtenu un permis de la Ville de Cowansville. Un plan B est en préparation dans l'éventualité où la construction de leur édifice à quatre étages de 150 logements ne puisse se réaliser.

«Ce sont des gens d'affaires et ils sont chez eux», a indiqué le maire Arthur Fauteux pour expliquer l'octroi du permis de démolition. Celui-ci a été émis vendredi, la journée même où la demande a été formulée, a-t-il dit. «Ils ont l'intention d'utiliser le terrain.»

La démolition de la maison survient alors que le conseil municipal n'a pas encore décidé si un référendum sera organisé sur le changement de zonage permettant la construction d'un édifice de 150 logements sur quatre étages sur le terrain où se trouvait la maison Robinson. Le mois dernier, 677 citoyens ont signé le registre sur le règlement de zonage proposé dans le nouveau plan d'urbanisme. Ils s'opposent à ce qu'un édifice de quatre étages puisse être érigé dans ce secteur patrimonial. Un minimum de 500 signatures était nécessaire pour exiger la tenue d'un référendum.

Le maire Fauteux a fait savoir que le conseil allait annoncer sa décision lors de la prochaine assemblée régulière, le mardi 3 mai. Si l'option d'un référendum est abandonnée, le conseil devra retirer de son nouveau règlement d'urbanisme l'autorisation de construire un édifice de quatre étages dans le secteur de la rue Principale.

En entrevue, M. Fauteux a dit que les propriétaires, Raymond Lessard et Philippe Bernard, projetaient de construire un bâtiment résidentiel sur le terrain, peu importe la décision du conseil. Ils ont présenté les grandes lignes d'un deuxième projet à des membres du conseil et de la direction générale, a-t-il dit. Le maire n'a pas voulu en dévoiler les détails. «C'est un projet intéressant. Ils vont nous revenir avec des plans d'architecte», s'est-il contenté de dire. «C'est clair qu'ils n'ont pas acheté le terrain pour en faire un parc», a-t-il illustré.

Aucun pouvoir

Rencontré sur sa propriété, M. Lessard n'a pas voulu confirmer qu'un plan alternatif à son édifice à logement de 150 unités était en préparation. «Ce matin, on démolit la maison. C'est tout ce que je peux dire. Le reste, je n'ai aucun pouvoir là-dedans. C'est le conseil qui va décider», a-t-il dit.

M. Lessard estime avoir tout fait pour expliquer son projet aux citoyens. Il déplore que seulement 270 personnes se soient déplacées pour assister à la séance d'information spéciale organisée par son entreprise à l'intention des citoyens au début du mois de décembre. «Il y a 677 personnes qui ont signé le registre. Comment expliquez-vous cela? Où ont-elles pris leurs informations? C'est regrettable. On aurait aimé débattre avec eux, mais ils ne sont pas venus. C'est l'exemple parfait du syndrome du ''pas dans ma cour''», croit-il.

«Pendant deux ans, cette propriété était à vendre. Où étaient ceux qui voulaient préserver la maison? Pourquoi ne l'ont-ils pas achetés pour la sauver?» s'est demandé l'homme d'affaires.

Éthique et démocratie

Le fait que les propriétaires puissent démolir la maison choque les opposants au projet d'édifice à logement. «Nous ne savons même pas si nous allons avoir un référendum pour décider sur le fond de la question et on leur donne un permis pour démolir une maison patrimoniale. Comment la Ville peut-elle permettre une telle chose», s'interroge Ghyslain Vallières. «C'est un manque flagrant d'éthique et de démocratie.»

L'ancien conseiller ne comprend pas l'urgence d'accorder un tel permis. Surtout, fait-il valoir, qu'un processus démocratique est en cours et que des recours judiciaires pour s'opposer au projet d'édifice à logements sont encore possibles. «Sachant que c'est un dossier litigieux, par souci de prudence et de précaution, la Ville devait faire attention. Maintenant, la maison n'est plus là. On ne peut plus la protéger. On vient de détruire du patrimoine. C'est un beau message que nous envoie la Ville», a-t-il dit sans cacher son cynisme.

Bien que construite en 1900, la maison Robinson n'est pas classée patrimoniale, assure M. Fauteux. La Ville espère qu'un projet immobilier destiné à accueillir des personnes âgées aille de l'avant sur le terrain. «Ça aurait changé quoi qu'on ne leur donne pas le permis? On aurait protégé quoi? C'est leur terrain.»

Les travaux de nettoyage du site prendront quelques jours, a dit M. Lessard. Tous ces travaux coûteront environ 60 000$, calcule-t-il.

Politique et démolition

Contrairement à d'autres villes, Cowansville n'a pas de politique concernant la démolition de bâtiment. Sa réglementation exige seulement que les travaux se fassent sans nuire à l'environnement. Dans le cas de la maison Robinson, les propriétaires ont installé des barrières derrière la propriété pour protéger le lac Davignon et pour empêcher l'érosion des berges, a dit le maire Arthur Fauteux.

Dans d'autres villes, le processus menant à l'émission d'un permis de démolition est plus long. Une fois la demande déposée, un comité l'étudie. Un avis public est ensuite publié informant la population de la nature de la demande et la possibilité est donnée aux citoyens d'être entendus sur celle-ci. Selon les réactions des citoyens, une consultation publique peut être organisée. Finalement, une affiche est apposée pendant dix jours sur la propriété visée par la demande. Au terme de ceux-ci, un permis est accordé.

Le conseil de Cowansville pourrait adopter une telle façon de faire cette année, a dit M. Fauteux. Une politique est en phase d'étude au service de l'urbanisme, a-t-il confirmé. «C'est sur la planche à dessin. Mais, il n'y a pas d'urgence», a-t-il dit.

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