Sainte-Cécile-de-Milton: le maire Sarrazin défend sa réputation

«Le citoyen peut aller en cour, défendre son... (Catherine Trudeau, La Voix de l'Est)

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«Le citoyen peut aller en cour, défendre son dossier, mais ça ne lui permet pas de dire n'importe quoi sur n'importe qui. Il y a des limites à ne pas franchir», affirme le maire de Sainte-Cécile-de-Milton, Paul Sarrazin.

Catherine Trudeau, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Sainte-Cécile-de-Milton) La municipalité de Sainte-Cécile-de-Milton estime qu'un citoyen est allé trop loin dans ses commentaires à l'endroit du maire Paul Sarrazin, et du directeur général, Pierre Bell. Le maire a dénoncé ce week-end sur la place publique ces paroles, qu'il qualifie de diffamatoires.

Les propos ont été tenus le 26 janvier à la Cour des petites créances devant une salle comble. Selon le verbatim de la cour qu'a obtenu M. Sarrazin, Guy Pothier a déclaré que le maire a «balayé des appels d'offres pour plutôt donner des contrats à ses amis», qu'il a contrevenu aux lois en annulant les appels d'offres pour donner des contrats à des amis, et qu'il a commis une infraction tellement importante que M. Pothier a dû déposer une plainte à l'UPAC.

«En même temps, c'est là qu'il a dit que M. Bell était venu le voir pour qu'il donne 300$ pour des travaux sur son ponceau (voir autre texte) et que M. Bell aurait aussi bien pu mettre l'argent dans ses poches.»

Rencontré par La Voix de l'Est samedi, Guy Pothier n'a pas souhaité commenter la situation.

Des impacts

En entrevue, Paul Sarrazin affirme n'avoir reçu aucun coup de fil ou visite de la part de l'UPAC ou de quelque autre instance que ce soit. Par contre, les accusations ont fait leur chemin parmi la population et il a eu des commentaires par la suite.

«L'audience a eu lieu et j'ai appelé mon directeur général pour savoir comment avait été la rencontre. Il m'a dit que M. Pothier ne nous avait pas ménagés, raconte-t-il. C'est resté là-dessus. Moi le lendemain, je m'en vais à Granby à mon cours à l'université, je rentre et la première chose que je me fais dire par un étudiant c'est qu"il y a des gens qui ne vous aiment pas à Sainte-Cécile. Hier, vous vous êtes fait brasser un peu." La personne était à la Cour des petites créances et elle m'a raconté comment ça s'était passé.»

Il estime que les paroles de M. Pothier ont nui à sa réputation et qu'elles sont «erronées et vexatoires».

Rapidement, le maire a demandé à son directeur général d'obtenir le verbatim audio, qui permet d'entendre, notamment, le juge Pierre Bachand rappeler à l'ordre M. Pothier.

Mise en demeure

Sous les conseils de ses avocats, la municipalité a envoyé une mise en demeure à Guy Pothier le 7 mars pour exiger une rétractation par communiqué de presse, approuvé par les avocats de la partie municipale, avant le 21 mars. Autrement, il serait poursuivi pour des dommages de 10 000$.

M. Pothier a refusé de se rétracter. La réponse est venue par la plume de son avocat, Yanick Messier. Selon la municipalité, ces derniers alléguaient qu'une telle rétractation ne ferait que mettre de l'huile sur le feu.

Si Sainte-Cécile poursuit ses démarches, Me Messier promet que son client demandera réparation pour préjudices. Il menace également la municipalité de demander les documents de l'appel d'offres pour étude et vérification.

«Les documents d'appel d'offre dont il parle, je les ai ici. Ils sont tous là et nous avons dit qu'on les rendait disponibles. Il n'a même pas regardé ce qu'il y avait là-dedans [avant de tenir ses propos]. On n'a rien à cacher», lance le maire.

Comme il pourrait en coûter «15 000$ à 25 000$» pour poursuivre le citoyen, la municipalité a plutôt décidé de rectifier et dénoncer la situation sur la place publique.

«La liberté d'expression, c'est aller jusqu'où ça ne met pas l'intégrité ou la réputation d'une personne en cause, croit le maire. Le citoyen peut aller en cour, défendre son dossier, mais ça ne lui permet pas de dire n'importe quoi sur n'importe qui. Il y a des limites à ne pas franchir.»

Retour dans le temps

L'histoire commence en 2014 alors que le conseil municipal a voulu profiter de travaux sur des chemins pour nettoyer les fossés. Il va donc en appel d'offres sur invitation. Quatre entreprises soumettent un dossier.

L'après-midi avant une séance de conseil, les enveloppes sont officiellement ouvertes. Les soumissions diffèrent beaucoup: elles vont de 9000 à 98 000$.

«Quand le directeur général de l'époque s'est aperçu, après l'ouverture publique, qu'un entrepreneur avait soumissionné à 9000$, il lui a envoyé un courriel pour lui dire qu'il devait y avoir une erreur dans son prix et qu'il faudrait qu'il lui envoie un nouveau prix avant 17h parce que le soir même c'était l'assemblée du conseil. Quand j'ai eu connaissance que le directeur général avait contacté un des entrepreneurs, après l'ouverture, pour faire corriger son prix... tu ne peux pas faire ça. L'appel d'offres est fini, les prix sont publics et connus, un vice de procédure a été commis», explique Paul Sarrazin.

Le maire a donc usé de son droit de veto pour que la décision soit ramenée en conseil pour être débattue. Les membres du conseil ont alors proposé, en voyant les prix, de diviser le territoire en deux et d'attribuer le contrat de gré à gré à deux entreprises de Sainte-Cécile-de-Milton, de façon à être capables de réaliser la totalité des travaux pour moins de 50 000$ (ce qui les dispensait de l'obligation d'aller en appel d'offres). Une partie du travail a été fait en régie interne.

«Les gens qui sont concernés là-dedans sont loin d'être mes amis et c'est le conseil qui a décidé, lance Paul Sarrazin. Les travaux ont été divisés à parts égales aux deux entrepreneurs de la municipalité, deux des seuls entrepreneurs qui étaient capables de faire ces travaux-là, en plus. On a travaillé de bonne foi pour que le coût soit moindre pour les citoyens.»

Problèmes de ponceau

C'est lors de ces travaux qu'un conflit a éclaté entre Guy Pothier et la municipalité. Les ouvriers ont creusé le fossé devant son champ selon les règlements de la municipalité, mais le ponceau de M. Pothier, pour accéder à sa terre, était hors normes. Le ponceau étant trop haut, l'eau stagnait.

Le ponceau est de la responsabilité du citoyen, le fossé de la municipalité. «Il ne voulait pas payer, explique Paul Sarrazin. On a décidé d'acheter la paix et d'abaisser son ponceau comme il faut. On l'a fait conforme à notre réglementation.»

Au final, la base du ponceau était de la même largeur qu'à l'origine, mais pas la surface de roulement pour les équipements de ferme.

«C'est là que Pierre Bell a proposé que, pour 300$, on allait le faire. On avait, aux travaux publics, des morceaux de ponceau [pour l'allonger et corriger le tir]. Il n'a pas voulu», raconte le maire.

M. Pothier a poursuivi aux petites créances la municipalité pour qu'elle corrige la situation à ses frais. Il a d'ailleurs gagné sa cause.

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