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Anthony Tristan Bernard coupable de meurtre prémédité: l'accusé «renversé» par le verdict

L'accusé s'est effondré à l'audition du verdict.... (Illustration Serge Paquette, archives La Voix de l'Est)

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L'accusé s'est effondré à l'audition du verdict.

Illustration Serge Paquette, archives La Voix de l'Est

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Sherbrooke) À 11 h 38 vendredi, Anthony Tristan Bernard a laissé entendre un râle de douleur. Il s'est ensuite appuyé à la balustrade du box des accusés et s'est mis à sangloter.

Dans la salle d'audience no 1 du palais de justice de Sherbrooke, le jury venait d'annoncer son verdict unanime après trois jours de délibérations. «Nous déclarons l'accusé coupable de meurtre au premier degré.»

Vêtu d'un veston gris, d'une chemise noire et d'une cravate rayée, l'homme trapu de 48 ans ne s'est pas exprimé davantage.

M. Bernard, qui était au moment du crime une femme prénommée Chantal, se voit automatiquement condamné à la prison à vie. En vertu des lois qui prévalaient en 1987, il pourra toutefois, après 15 ans, demander une réévaluation du délai préalable avant une libération conditionnelle. Ce délai est normalement de 25 ans.

Cette étape pourra survenir en 2024 puisque sa détention préventive n'est pas comptée en double compte tenu du verdict, l'offense la plus grave du Code criminel.

Le juge Martin Bureau, de la Cour supérieure, a remercié les 12 membres du jury, cinq femmes et sept hommes, pour leur travail.

Il a ensuite interdit à M. Bernard de communiquer avec son ex-conjointe, qui avait témoigné à son procès, et de posséder des armes pour le reste de sa vie. Le détenu devra aussi fournir des échantillons de substance corporelle aux fins d'archivage.

«Tout est dans le ton»

Comme il se doit, la Couronne s'est montrée très satisfaite du verdict. «Avec un jury, on peut s'attendre à tout», a indiqué Me Claude Robitaille.

L'avocat a reconnu que sa «pièce maîtresse» fut les deux enregistrements effectués par un agent double et où l'on entendait M. Bernard confirmer sa participation au meurtre de son père.

«Tout est dans le ton, a-t-il dit. J'ai demandé au jury de l'écouter et je leur ai demandé: croyez-vous l'accusé?»

Me Robitaille soutient que la défense d'intoxication présentée par la partie adverse était difficile à prouver puisque l'accusé avait planifié le crime et fait le trajet Granby-Montréal quatre fois à voiture durant la nuit du crime, le 30 août 1987.

«On n'avait pas de précision du niveau d'intoxication. Il disait être ben gelé, mais il conduisait.»

Il a reconnu qu'il était «particulier» que des trois accusés dans ce crime, celui qui a effectivement appuyé sur la détente, le neveu de la victime Patrice Bernard, est celui qui a été condamné à la peine la moins sévère, soit de meurtre au 2e degré (sans planification).

Le procureur estime qu'à son avis, Patrice Bernard a été davantage «l'outil» que l'instigateur du crime, ce rôle échouant à Anthony Tristan Bernard.

«Anthony Tristan avait clairement la plus grande part de responsabilité et était aussi celui duquel j'ai perçu le moins de remords», a dit Me Robitaille.

«Renversé»

L'accusé est «renversé» par ce verdict, a déclaré Me Alexandra Longueville, qui s'occupait de la défense avec Me Stéphanie Marier. Elle a dit avoir trouvé le verdict «très dur» et ne «s'attendait pas à ça».

«Mais c'est la justice, nous remettons le sort d'un individu entre les mains de 12 jurés à qui nous devons notre respect.»

Y aura-t-il un appel? «Il est beaucoup trop tôt pour le dire, mais je suis une avocate d'appel et on conseillera M. Bernard à ce sujet, a-t-elle répondu. On va regarder ça de manière approfondie.»

Me Longueville a admis qu'il était difficile de contester un enregistrement où l'accusé confirme sa participation au crime. «Quand c'est la voix de l'accusé, on n'a plus d'outil pour contester.»

Hormis la thèse de l'intoxication, la principale défense du duo d'avocates consistait à soulever un doute étant donné qu'il y avait différentes versions de ce qui s'est passé cette nuit-là, «une défense que le jury a apparemment rejetée», a dit Me Longueville.

Jointe hier, la soeur de l'accusé, Kim Bernard, a refusé de commenter l'issue du procès.

«C'est la justice, nous remettons le sort d'un individu entre les mains de 12 jurés à qui nous devons notre respect», a affirmé Me Alexandra Longueville pour la défense.

« Anthony Tristan avait clairement la plus grande part... (photos Spectre Média, archives La tribune) - image 2.0

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« Anthony Tristan avait clairement la plus grande part de responsabilité et était aussi celui duquel j'ai perçu le moins de remords », a déclaré Me Claude Robitaille, du ministère public.

photos Spectre Média, archives La tribune

Un verdict 29 ans après le crime

Trois procès et 29 ans après le crime commis dans une luxueuse demeure de la rue Noiseux à Granby, le meurtre de l'homme d'affaires Alain Bernard peut enfin être classé.

Avant son fils Anthony Tristan Bernard, Alain Béliveau a lui aussi été trouvé coupable de meurtre prémédité en 2013 et Patrice Bernard, le neveu de la victime, a été déclaré coupable l'an dernier de meurtre au 2e degré.

Selon ce qui est ressorti de la preuve, l'accusé, qui avait 19 ans à l'époque et s'appelait Chantal, entretenait beaucoup de ressentiment envers son père. Elle lui reprochait de l'avoir battue étant jeune et d'exercer un contrôle financier sur elle. M. Bernard était aussi alcoolique.

Alibi

De son côté, Chantal aimait beaucoup faire la fête et consommer de la cocaïne. Avec ses deux complices, elle s'est forgé un alibi à la faveur d'un spectacle de David Bowie au Stade olympique de Montréal, le soir du 30 août 1987. Durant la prestation, le trio est revenu à Granby, a immobilisé sa voiture sur le boulevard Pierre-Laporte.

Pendant que la victime, un comptable de 44 ans, était assoupie sur son divan devant le téléviseur allumé, comme c'était son habitude depuis qu'il avait vendu ses parts dans l'entreprise familiale de pneus, Patrice Bernard a fait feu sur lui. M. Béliveau attendait alors dans le garage. Chantal Bernard est restée dans la voiture.

La victime serait morte dans son sommeil. C'est l'autre fille de M. Bernard, Kim, qui a fait la macabre découverte le lendemain après-midi. L'arme utilisée, un Colt 45, appartenait à la victime. Elle n'a jamais été retrouvée. Les auteurs du crime l'auraient lancée aux abords de l'autoroute 10.

Chantal a hérité d'un demi-million. Malgré plusieurs interrogatoires à l'époque, la police n'avait pas eu de preuve pour accuser les suspects. Le coup de filet n'a eu lieu que 22 ans plus tard.

Opération

À la faveur d'une opération de type «Mister Big», la SQ a fait croire à Alain Béliveau qu'il adhérait à une organisation criminelle.

Un agent double a alors pris les traits d'un filou d'envergure et réussi à l'appâter. Il a laissé courir le bruit que «quelqu'un avait parlé» concernant le meurtre d'Alain Bernard et qu'il pouvait aider les trois suspects à s'en sortir en laissant un mourant prendre la responsabilité du meurtre.

Mais pour ce faire, ils devaient lui décrire comment ils avaient procédé. Leurs aveux ont été enregistrés et les trois hommes ont été arrêtés en 2009.

Neuf personnes ont témoigné pour la Couronne au procès d'Anthony Tristan Bernard, dont son complice Alain Béliveau, qui s'est ravisé le lendemain. La défense n'a pour sa part pas présenté de preuve et l'accusé n'a pas témoigné.

Alain Béliveau et Patrice Bernard ont interjeté appel de leur condamnation.

Pascal Faucher

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