Pas d'appétit pour la cuisine de rue à Granby

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Le camion de cuisine de rue L'air de boeuf s'est garé à Drummondville l'été dernier.

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Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est

(Granby) Il n'y aura vraisemblablement pas de «food trucks» encore cette année à Granby. Les permis pour les camions de cuisine de rue entreront en vigueur le 1er mai. Mais aucun n'a encore trouvé preneur. «J'ai l'impression que je veux plus que les entrepreneurs eux-mêmes», a laissé tomber le maire, Pascal Bonin. La Ville de Drummondville, elle, semble toutefois avoir trouvé une bonne recette.

À l'instar de Granby, Drummondville a lancé l'an dernier un projet-pilote pour favoriser la venue des camions de cuisine de rue. Et l'initiative y a été plus populaire. L'an dernier, deux restaurateurs y ont opéré un camion (L'air de boeuf et Shack 79). Cette année, les permis, réservés aux restaurateurs locaux, n'ont pas encore été attribués, mais les titulaires de l'an dernier ont manifesté le désir de tenter l'aventure une seconde fois. À Granby, ces permis sont boudés, même si des assouplissements ont été apportés à la réglementation en décembre 2015.

Des commerçants de l'extérieur de Granby peuvent dorénavant demander un permis, pourvu qu'ils aient une entente avec un restaurateur ou un traiteur local afin de louer ses locaux pour y effectuer la production de nourriture.

«On a eu beaucoup de demandes d'informations, mais c'est toujours la même histoire: les gens veulent se promener partout en ville et faire les événements. Ils veulent étirer la sauce, mais je ne suis pas prêt à ça. Il y a des commerçants et des restaurateurs qui paient des taxes», fait valoir le maire Bonin.

Les camions de cuisine de rue ne sont ainsi autorisés que sur un seul site: dans le stationnement de la Place de la Gare, près de la piste cyclable. «Le marché potentiel est de 600 000 passages (sur la piste cyclable). J'ai de la misère à comprendre que les gens n'y voient pas là une rentabilité», lance Pascal Bonin.

Plusieurs sites

A contrario, les «food trucks» ne sont pas confinés à un seul secteur à Drummondville; ils sont permis à onze endroits. On peut entre autres les retrouver aux parcs Woodyatt, Ste-Thérèse et Boisbriand, mais aussi à la plage municipale et au complexe Marchand, où se trouvent des infrastructures sportives. Contrairement à l'an dernier, les camions auront aussi le droit cette année de se garer à la place St-Frédéric, au centre-ville, les mardis soirs des événements prévus à la programmation de la corporation d'animation locale.

«Ce n'est pas un soir où les gens fréquentent beaucoup les restaurants. On s'est dit que ce serait une occasion d'ajouter un achalandage différent, que ça ne nuirait pas aux commerces ambiants et que ça mettrait de l'animation», a affirmé le conseiller municipal et président du comité consultatif d'urbanisme de la ville de Drummondville, Yves Grondin.

Autre différence entre les deux villes: le coût du permis. Alors qu'il en coûte 1500$ à Granby pour en obtenir un, la Ville de Drummondville a fixé son prix à 500$. «On voulait aider le projet pilote à partir, c'est pour ça que c'est moins cher. Mais éventuellement, les coûts seront plus élevés», avance M. Grondin.

Un plus

À Granby comme à Drummondville, la nourriture servie par les camions de cuisine de rue doit par ailleurs proposer un menu plus relevé que celui des traditionnelles cantines. Un pari qui a été réussi à Drummondville, de l'avis du conseiller municipal. «Les citoyens sont contents d'avoir ça. (...) Ça ajoute un petit quelque chose», dit Yves Grondin.

«On essaie que la Ville soit la plus égayée possible, que ça soit l'fun», affirme pour sa part le maire Pascal Bonin. «J'avais senti que la population avait un désir là. Mais loin de moi le désir de pousser les restaurateurs dans quelque chose qui ne les intéresse pas. J'irai ailleurs, c'est tout. Je ne suis pas à une idée près», renchérit-il.

François Côté, chef-propriétaire du restaurant l'Impérial, à Granby... (Archives La Voix de l'Est) - image 2.0

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François Côté, chef-propriétaire du restaurant l'Impérial, à Granby

Archives La Voix de l'Est

«Une utopie», selon François Côté

La venue de camions de cuisine de rue à Granby est une «utopie», estime le chef-propriétaire du restaurant l'Impérial à Granby, François Côté.

Ce dernier dit avoir étudié l'opportunité de conclure un partenariat avec un «food truck» montréalais afin qu'il vienne aussi se garer à Granby. «Après une étude de marché, on a vu que ce n'est pas rentable», dit-il.

Selon lui, le bassin de population n'est pas assez important à Granby pour permettre au propriétaire d'un camion de cuisine de rue de faire ses frais. Et ce, même si la piste cyclable, près de laquelle les camions sont permis, attire son lot de visiteurs, comme le fait remarquer le maire Pascal Bonin.

«Ça prend des secteurs privilégiés, des tours à bureaux ou à condos, où on peut se parker le midi», estime François Côté. «Déjà à Montréal, c'est dur d'arriver. Les gens sont obligés de faire des événements, des partys. C'est plus une plate-forme pour leur entreprise qu'une opération rentable en soi. Pourquoi viendraient-ils à Granby», s'interroge le restaurateur.

Celui-ci affirme par ailleurs qu'il préférerait ouvrir un deuxième restaurant, «et investir des centaines de milliers de dollars», plutôt que d'avoir un camion de cuisine de rue.

Ajustements

Ce n'est pas facile d'aller y chercher son compte, confirme Josée Brouillette, copropriétaire du camion L'air de boeuf, présent à Drummondville l'été dernier. Mais cela ne l'empêchera pas de demander un permis à nouveau cette année, dit-elle.

«C'était difficile parce qu'on était juste deux (camions). Et les sites qu'ils nous avaient donnés n'étaient pas tous fameux», dit Mme Brouillette.

Mais la Ville a pris le temps d'écouter ses restaurateurs et d'apporter les ajustements nécessaires, se réjouit-elle, notamment en permettant aux camions d'être présents les mardis soirs à la place St-Frédéric, au centre-ville.

L'air de boeuf a néanmoins dû prendre la route et se rendre à Montréal et ailleurs au Québec pour rentabiliser ses opérations, souligne celle qui est propriétaire d'une boucherie-charcuterie à Drummondville et dispose d'une entente avec le restaurant La bonne vôtre pour l'exploitation du camion.

Un bon point en faveur de la ville de Drummondville, souligne Josée Brouillette: le coût du permis à 500$. S'il était de 1500$, comme à Granby, elle ferait une croix sur le projet, lance-t-elle.

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