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Importation de lait diafiltré: «Il faut arrêter l'hémorragie avant qu'il soit trop tard»

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) «Forts et unis». C'est le slogan qu'ont scandé des centaines de producteurs laitiers de la région, lundi à Granby, en prenant la rue Principale d'assaut pour réclamer qu'Ottawa stoppe l'importation de lait diafiltré en provenance des États-Unis.

Quelques minutes avant le départ de l'imposant cortège en direction du parc Miner, les manifestants regroupés dans le stationnement des Galeries de Granby étaient gonflés à bloc. «Il faut arrêter l'hémorragie avant qu'il soit trop tard!, a lancé le producteur granbyen Nicolas Mailloux. Ça prend de l'action et vite.»

«L'importation massive de lait diafiltré met carrément en péril la viabilité des fermes laitières au Québec», a renchéri  Sylvain Laroche.

Les agriculteurs soutiennent que l'achat de lait diafiltré américain par les transformateurs d'ici, principalement dans l'industrie du fromage et celle du yogourt, est en forte croissance depuis quelques années. Ils estiment que le passage aux frontières canadiennes de ces concentrés protéiques liquides compromet le système de gestion de l'offre, plombant du coup leurs gains. «Sur une ferme moyenne, on constate une baisse de revenus de 30 000$ par année, a fait valoir Sylvain Laroche. C'est presque l'équivalent du salaire du producteur.»

Faille

Le lait diafiltré est classé par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) dans la catégorie des «ingrédients». Ceci fait en sorte que son entrée au pays n'est pas contingentée. Or, il est utilisé comme du lait dans la fabrication de plusieurs produits, notamment le fromage. Une situation «inacceptable», a clamé Nicolas Mailloux. «Comment l'ACIA peut-elle fermer les yeux sur un problème aussi évident? Il faut resserrer les règles. C'est une faille et les transformateurs en abusent à profusion parce qu'ils ont le droit de le faire. C'est une question de profit. Depuis près de deux ans, le lait diafiltré entre de façon exponentielle au Québec.»

Selon le jeune agriculteur, outre l'appauvrissement des producteurs laitiers d'ici, cette réalité ne bénéficie pas aux consommateurs. «Comment voulez-vous que les producteurs québécois restent concurrentiels dans un marché où ils se font étouffer sans relâche? Tous nos intrants augmentent, mais on continue à vendre au prix d'il y a 10 ans, a indiqué Nicolas Mailloux. Mais sur les tablettes, ça n'a pas paru. Les transformateurs jouent sur les deux tableaux et augmentent leur marge de profit. Sans compter qu'on se bat contre des producteurs américains qui reçoivent des subventions. Tout ce qu'on demande, c'est simplement que les règles de la gestion de l'offre soient respectées.»

Sylvain Laroche remet aussi en question les normes qui régissent la production laitière chez nos voisins du Sud. «Au Québec, on a en quelque sorte un contrat social avec la population. On leur donne un produit de qualité, on respecte les animaux et l'environnement. Mais le lait diafiltré qui passe aux douanes, on n'a aucun contrôle sur la façon dont il est produit. On ne peut plus tolérer que ce genre de chose passe sous le radar», a-t-il imagé.

Engagements

Le président du syndicat des Producteurs de lait Montérégie-Est, Yvon Boucher, s'est dit «très satisfait» de la mobilisation des agriculteurs de la région, lundi. «On veut envoyer un message fort à Ottawa. Le gouvernement Trudeau est en poste depuis près de six mois. On sent qu'on a de l'écoute de leur part dans le dossier. Mais là, il faut passer de la parole aux actes. On veut des engagements cette semaine. Sinon, on va accentuer les moyens de pression», a-t-il mentionné en entrevue, sans toutefois s'avancer davantage sur le sujet.

De son côté, le député fédéral de Shefford, Pierre Breton, «reconnaît l'ampleur du problème». «Il y a une forte pression du côté des producteurs. Ce qu'on souhaite, c'est qu'il y ait des gestes concrets qui soient posés dans un avenir rapproché par notre gouvernement. C'est clair que c'est une priorité pour nous. D'ailleurs, c'est le premier dossier qui a été étudié par le comité permanent sur l'agriculture à la Chambre des communes. Il repose déjà sur le bureau du premier ministre.»

Le politicien est demeuré évasif lorsque questionné à propos des délais envisagés pour poser des gestes concrets dans le dossier, décochant une flèche au passage au gouvernement précédent. «Je peux comprendre l'impatience des producteurs, que je considère comme des alliés dans le dossier, a dit Pierre Breton. Ça fait cinq ans que [le problème du lait diafiltré] dure, mais les conservateurs n'ont rien fait pour le régler. Depuis cinq mois, on fait des avancées extraordinaires en agriculture. Maintenant, il faut nous laisser un peu de temps pour arriver avec des solutions qui seront rentables pour tout le monde.»

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