Famille syrienne à Granby: un jumelage plus que positif

La petite Sham est déjà très attachée à... (photo Janick Marois)

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La petite Sham est déjà très attachée à Zoé. Elles communiquent pour le moment grâce à une application sur cellulaire qui permet de traduire en simultané.

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) «Éric est devenu mon frère et Carolyn ma soeur. Ils sont ma famille maintenant.» Isa Ibrahim pèse ses mots. Depuis son arrivée à Granby, il y a deux mois, avec sa femme Yussra Ballan et leurs quatre enfants, sa famille est jumelée à celle d'Éric Rousseau et de Carolyn Archambault, qui ont deux adolescents. Une bénédiction pour cette famille venue de Syrie.

Les deux familles ont eu de la chance puisque M. Ibrahim se débrouille bien en anglais et que la famille de Bromont est bilingue. Les communications sont ainsi facilitées, quoique pas toujours fluides. Ils y voient là un défi, plutôt qu'une difficulté. Les applications de traduction, sur cellulaire, jouent un rôle crucial. Par exemple, les enfants communiquent ensemble grâce à une application qui traduit tout haut ce que l'un et l'autre se disent.

«On a différentes façons de communiquer, précise Carolyn Archambault. Si on ne peut pas parler le même langage, on utilise une application, des dessins... On leur a montré l'alphabet!»

À ces mots, Yussra, qui a appris rapidement quelques mots de français depuis son arrivée, sort un paquet de feuilles où des mots s'enchaînent en français et d'autres en arabe. Pas évident d'apprendre le français lorsque notre langue maternelle comporte des racines arabes. En français, les phrases en alphabet latin s'écrivent de gauche à droite. En arabe, l'alphabet comporte ses propres caractères et les phrases s'écrivent de droite à gauche.

«Yussra enseigne aux enfants l'alphabet et le français, mais en même temps elle apprend le français, évoque Mme Archambault. Des fois, elle nous montre l'alphabet arabe. Elle nous prépare des soupers magnifiques aussi, alors on parle de nos recettes, on montre des photos. Et on est tous amis Facebook.»

Le français, puis le travail

Mohammed, 10 ans, Hasan et Hussein, des jumeaux de 9 ans, et la petite dernière, Sham, 5 ans, devraient commencer l'école cette semaine dans une classe d'accueil à l'école Ave Maria. Les parents aussi ne tiennent plus en place tellement ils ont hâte d'apprendre le français! Les cours de francisation devraient commencer dans un mois, nous dit le père de famille. Le couple a l'ambition d'intégrer le marché du travail dès que possible.

M. Ibrahim était gérant dans une entreprise d'ameublement avant de quitter son pays pour rejoindre un camp de réfugiés et Mme Ballan enseignait. Détentrice d'une maîtrise en littérature arabe, elle désire enseigner les langues ici, à Granby. «J'ai de grandes ambitions. Je veux continuer mes études ici au Canada, dit-elle. Et je vais me trouver un emploi et à ce moment-là je serai entièrement heureuse», explique-t-elle dans un arabe... immédiatement traduit par l'application Google.

Il faut dire que la famille a laissé beaucoup de choses derrière elle. Mme Ballan encore plus. Elle a rencontré son mari lorsqu'elle étudiait à l'université. Celui-ci est kurde et elle, arabe, si bien que leur union a mis du temps à se concrétiser.

«J'ai demandé à la famille de Yussra de pouvoir l'épouser, ils ont dit non, raconte Isa Ibrahim. Après neuf ans, je l'ai redemandé et ils ont dit non. Un jour elle m'a appelé pour me dire qu'elle venait me rejoindre. Et maintenant, sa famille ne lui parle plus parce qu'elle m'a marié. C'est la mentalité arabe. Pour les Kurdes, il n'y a pas de problème, je suis libre d'esprit.»

«J'ai payé un lourd prix, ajoute la principale intéressée, cellulaire à la main pour traduire en simultané. J'ai perdu ma famille.»

Une attache

La famille est arrivée il y a deux mois dans une ville où elle ne connaissait rien ni personne. Le programme de jumelage, piloté par SERY et proposé par le directeur d'école Jean-Luc Pitre, lui a permis de s'épanouir.

«J'étais triste de ne connaître personne, on se sentait seuls, confie Isa Ibrahim. Éric est venu dans les premiers jours, ça nous a fait du bien.» Déjà, en si peu de temps, le lien qui les unit est fort. Les garçons adorent Noah, 17 ans, tandis que la plus jeune, Sham, est déjà très attachée à Zoé, 15 ans.

Dès le départ, Noah et son père ont doté les enfants de tout l'équipement nécessaire pour jouer au hockey balle dans la rue. Ils les amènent aussi à l'occasion jouer au soccer sur les terrains du parc Jean-Yves Phaneuf.

«Le programme de jumelage est un bon programme parce que ça leur permet d'être aidés. On leur a montré la piscine, l'aréna, le lac, énumère Éric Rousseau. C'est un échange culturel.»

Loin de s'apitoyer sur son sort, la famille d'Isa Ibrahim est souriante, reconnaissante et heureuse d'être ici. «La première semaine, j'ai marché tout Granby! , raconte M. Ibrahim, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. J'aime beaucoup Granby.»

La famille eu l'occasion de visiter la région, mais aussi Montréal. L'aîné, Mohammed, a pu accompagner ses parents et le couple québécois lors de cette escapade. Ils ont pu observer la ville du haut du mont Royal. Selon M. Ibrahim, la ville ressemble à Damas, le fleuve en complément.

Chacun, à sa façon, apporte quelque chose dans la vie des autres. «C'est différent de ce qu'on imaginerait, confie Noah. Ils apportent une nouvelle culture.» L'échange culturel est gratifiant pour les deux familles, conclut-il.

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