Petits producteurs agricoles: plaidoyer en faveur de l'affichage directionnel

Sylvain Laroche, vice-président de l'UPA Haute-Yamaska, Lise Racine,... (photo Alain Dion)

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Sylvain Laroche, vice-président de l'UPA Haute-Yamaska, Lise Racine, copropriétaire d'Aux p'tits fruits, et Mathieu Beaudry, producteur d'asperges, plaident pour que les petits producteurs agricoles puissent utiliser l'affichage directionnel.

photo Alain Dion

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Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est

(Granby) Faut-il y voir une contradiction? La Ville de Granby prône l'achat local, mais les petits producteurs agricoles ne peuvent pas compter sur l'affichage directionnel pour indiquer aux automobilistes que la saison des asperges, des fraises, du maïs et des bleuets bat son plein. Sinon, ils s'exposent à un avis d'infraction pouvant atteindre 1300$.

«On veut des solutions compensatoires parce que c'est une bonne partie de notre chiffre d'affaires qu'on peut perdre. C'est bien beau les médias sociaux et les journaux, mais ce n'est jamais comparable à l'impulsivité d'un achat généré par la vue d'une pancarte avec une asperge ou un bleuet dessus», laisse tomber Mathieu Beaudry, producteur d'asperges depuis 13 ans à Granby.

Celui-ci a rencontré La Voix de l'Est cette semaine avec Lise Racine, copropriétaire d'Aux petits fruits, et Sylvain Laroche, vice-président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) Haute-Yamaska. M. Laroche a tiré la sonnette d'alarme, lors de la dernière séance du conseil municipal de Granby. La Ville porte depuis deux ans une attention plus soutenue à ce type d'affichage, qui contrevient au règlement (voir encadré). Mais pour certains petits producteurs, situés sur des routes moins fréquentées, l'affichage directionnel est la façon la plus efficace de faire savoir qu'ils existent et que les récoltes sont commencées.

«Il est minuit moins une pour la récolte de cette année. Je sais que le conseil travaille sur la refonte du plan d'urbanisme. Peut-être est-il possible de baliser et de structurer l'affichage directionnel pour le rendre possible et légal pour l'année 2016?», a questionné M. Laroche.

1300$ d'amende

L'enjeu en est un de taille pour ces producteurs. Ils n'ont pas toujours les ressources humaines et financières pour avoir un kiosque au marché public. La vente à la ferme représente ainsi une partie très importante, voire la totalité, de leurs revenus. D'où l'importance de s'afficher pour se faire voir. D'autant plus si leur kiosque est situé dans un cul-de-sac, comme celui d'Aux petits fruits, rue Barré.

Son point de vente étant sur le chemin Beaudry, Mathieu Beaudry avait pris l'habitude, comme plusieurs autres producteurs, d'installer des affiches à l'effigie d'une asperge à l'intersection du chemin Beaudry avec les rues Cowie et Grande-Ligne durant la saison de la récolte, soit de la fête des Mères à la fête des Pères. Au cours de la dernière décennie, les affiches du producteur n'ont jamais posé problème. Mais il a eu droit à un avertissement l'an dernier.

Lise Racine, d'Aux petits fruits, a aussi reçu un avertissement en 2014 pour avoir installé une affiche à l'intersection des rues Barré et Dufferin. Mais l'an dernier, c'est un constat d'infraction de 1300$, incluant les frais, qu'elle a reçu. «La récolte de bleuets n'était que de trois jours. C'était la fin de semaine des ventes de garage. J'ai mis ma pancarte le samedi et clac, j'ai eu une contravention. Mais mes compétiteurs, eux, ne sont pas inquiétés», déplore-t-elle.

Mme Racine a tenté de contester son constat d'infraction. Mais en vain.

La poignée de petits producteurs agricoles concernés par cette question d'affichage est victimes d'une injustice, estime le trio rencontré. D'autant plus qu'ils réclament des solutions, des règles, depuis la fin de l'année 2014. «On ne demande pas à la Ville de nous prendre par la main et d'amener du monde chez nous. On veut juste des balises», lance Mathieu Beaudry.

Si le conseiller Jean-Luc Nappert est en faveur... (photo Janick Marois) - image 2.0

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Si le conseiller Jean-Luc Nappert est en faveur de l'affichage directionnel pour les producteurs agricoles, le maire Pascal Bonin n'est pas convaincu qu'il est essentiel. 

photo Janick Marois

«Cet été, il est trop tard»

L'affichage directionnel fait partie de la vaste révision des normes d'affichage entreprise par le conseil municipal de Granby. Et le résultat de ce travail sera dévoilé au cours des prochains mois, affirme le maire Pascal Bonin. D'ici là, les petits producteurs agricoles devront trouver une autre façon de faire savoir qu'il est possible d'acheter des fraises à leur kiosque, dit-il.

«Cet été, il est trop tard pour eux (les producteurs). Mais quand on me dit que ces pancartes directionnelles, c'est la vie ou la mort pour eux, j'ai beaucoup de difficulté avec ça, avec tous les moyens qui existent en publicité en 2016», laisse tomber Pascal Bonin.

Celui-ci affirme néanmoins que les demandes des producteurs ont été prises en considération. «Ça fait partie de l'immense dossier de l'affichage. Le conseil a décidé de le traiter dans l'ensemble et non à la pièce», relève le maire.

Selon lui, il ne reste que le «cadre à peaufiner». L'ensemble du travail réalisé dans ce dossier sera présenté au conseil dans les prochaines semaines. «La mise en branle va suivre avec l'adoption de résolutions», dit Pascal Bonin.

Un allié

Chose certaine, les petits producteurs maraîchers ont au moins un allié à la table du conseil municipal. Le conseiller Jean-Luc Nappert s'est prononcé dès 2014 en faveur de l'affichage directionnel. Et il n'a pas changé d'opinion, a-t-il affirmé vendredi.

«On ne peut pas déplacer les terres agricoles. Mais l'affichage directionnel est là pour ça. Je crois qu'on pourrait le baliser avec des normes sur le nombre de pancartes, leurs dimensions, les couleurs. On pourrait avoir un affichage homogène avec une couleur locale. Ça serait bien», avance-t-il.

Le maire Bonin fait remarquer que la MRC de la Haute-Yamaska ainsi que l'organisme Commerce et tourisme Granby et région travaillent sur un projet qui vise la mise en valeur du produit agrotouristique. Selon la brève description du projet, «les excursionnistes pourront visiter les différents producteurs pour en apprendre davantage sur leurs activités, y acheter des produits locaux et pique-niquer». La preuve, selon Pascal Bonin, que le travail des producteurs est valorisé.

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