Dans l'oeil du tigre

Jean Cardinal en pleine action avec Sinbad, son... (Fournie par Jean Cardinal)

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Jean Cardinal en pleine action avec Sinbad, son tigre de Sibérie, sur le plateau de tournage de la série Zoo, dans le port de Vancouver.

Fournie par Jean Cardinal

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Sainte-Anne-de-la-Rochelle) Un exploit. C'est ainsi que l'expert animalier Jean Cardinal, propriétaire du Ciné-Zoo, décrit l'aventure qu'il a récemment vécue avec son tigre de Sibérie Sinbad pour prendre part au tournage à Vancouver de la série Zoo, produite par CBS et diffusée sur la plateforme Netflix.

Jean Cardinal roule sa bosse dans l'industrie cinématographique depuis 1979. Au cours de la dernière décennie, les pensionnaires de son zoo privé de Sainte-Anne-de-la-Rochelle ont fait leur cinéma aux quatre coins du globe. Des grizzlys, des ratons laveurs, des lions, des loups. Cette fois, c'est Sinbad qui a déambulé sous les projecteurs sous la supervision de son mentor. Transporter l'imposant félin jusqu'à Vancouver n'a toutefois pas été de tout repos, raconte l'amoureux des bêtes. «Sinbad a de l'expérience devant la caméra. Mais il n'avait jamais pris l'avion. Je dois avoir mis 80 heures pour remplir sept pages de permis. C'est un animal protégé et disons que ça ne prend pas le même genre de cage que pour un chien. C'est inimaginable tout ce que les différents ministères m'ont demandé. Ça a été un marathon. J'ai eu le dernier document le jour avant de partir. Tout a été fait dans les normes, mais une fois à l'aéroport j'étais nerveux, concède-t-il. Comment le tigre allait-il réagir? Par chance, il a fait ça comme un pro.»

Au cours de sa carrière, le technicien animalier a côtoyé de nombreuses vedettes internationales: Nicole Kidman, Ed Harris, Anthony Hopkins, Aidan Quinn et Donald Sutherland, entre autres. Il a travaillé pour les plus grosses boîtes de production, notamment Paramount et Disney. Il s'agissait toutefois de son premier contrat avec le réseau américain Columbia Broadcasting System (CBS). «Il y a quelques mois, j'ai reçu l'appel de John Scott. C'est une sommité dans les tournages avec des animaux. Je ne pouvais pas refuser une offre de sa part. Ça ajoute encore davantage à la crédibilité de mon entreprise. D'autant plus que j'ai le seul tigre au Canada qui répondait aux critères de la production. Alors j'ai dit oui sans hésiter.»

Thriller animal

La série Zoo est en fait une adaptation du roman à succès de James Patterson. Aux quatre coins de la planète, des animaux, tant domestiques que sauvages, se rebellent et deviennent extrêmement agressifs envers les humains. Le biologiste américain Jackson Oz et ses acolytes enquêtent sur cette révolte impromptue. Jean Cardinal a été conquis par la place prépondérante que prennent les bêtes dans le projet. «Souvent, les animaux ne sont que des figurants à l'écran. Dans Zoo, ils sont les vedettes. Je trouve l'approche vraiment intéressante. Surtout qu'ils utilisent de vrais spécimens. Selon moi, ça donne beaucoup de crédibilité à la série», explique le dresseur professionnel.

Mettre en scène de vrais animaux engendre néanmoins son lot de contraintes. Un horaire bouclé au quart de tour en fait partie. «Juste amener Sinbad à l'autre bout du pays, ça a coûté près de 10 000 $. Le compteur tourne rapidement, image M. Cardinal. Alors, il n'y a pas de temps à perdre. Une fois sur place, ça roule!»

Ainsi, le tigre de Sibérie a dû performer dès le lendemain de son arrivée à destination. «Normalement, il y a quelques jours de pratique. Mais là, à 7h, on était dans le port de Vancouver. Les rues étaient barrées. Il y avait environ 150 personnes qui grouillaient sur le plateau. C'était le moment de montrer de quoi on est capable.» Pour l'occasion, Jean Cardinal était accompagné de son fils, Olivier, qui suit ses traces comme technicien animalier.

Complicité

Jean Cardinal a recueilli Sinbad il y a une douzaine d'années. Avant la série Zoo, le tigre avait tourné dans trois autres productions télévisuelles. L'expérimenté technicien animalier avoue néanmoins qu'une certaine tension s'est installée quand le félin est entré en action lors de la première scène. À ce moment, le tigre devait avancer vers une personne couchée par terre. Après l'avoir sentie, il devait grimacer et repartir, explique son mentor. «On a une belle complicité. Il l'a fait du premier coup. Les producteurs n'en revenaient pas. Pendant qu'il avançait, j'avais l'adrénaline dans le tapis, confie-t-il. Après, la tension a chuté. Ça te frappe comme un choc post-traumatique. Mais je ne le montrais pas. On m'engage pour mon expertise, pour mon professionnalisme. Il y avait quand même une zone grise à considérer. Quand un tigre de 700 livres qui fait 12 pieds de haut debout ne veut pas bouger, tu dois garder ton sang-froid. Mais heureusement, ce n'est pas arrivé.»

Assurément, ce contrat avec CBS devrait ouvrir de nouvelles portes à Jean Cardinal et ses complices à poils et à plumes. «Je travaille dans un petit monde où la demande est grande, illustre-t-il. Je reçois deux à trois téléphones par semaine pour des tournages. Alors, je ne pense pas que la cadence va diminuer. Surtout que mon fils prend graduellement la relève. Tant mieux pour les animaux. Ce sont eux les vedettes dans tout ça.»

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