Kim Thúy publie Vi : comme un murmure à l'oreille

«J'adore écrire, dit Kim Thúy. J'aime la lenteur... (Jean-François Brière)

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«J'adore écrire, dit Kim Thúy. J'aime la lenteur qui permet de savourer les mots, de travailler chaque phrase jusqu'à ce qu'elle soit naturelle, qu'elle coule. C'est un plaisir irremplaçable.»

Jean-François Brière

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

Si Kim Thúy a le rare privilège d'aller à la rencontre de requins-baleines, elle s'extasie davantage devant les essaims de krill dont ils se nourrissent. Lorsque des amis lui envoient une photo de leur nouvelle maison, elle remarque d'abord la beauté du massif de fleurs à l'avant-plan. La romancière l'admet: le regard qu'elle porte sur le monde diffère souvent de celui du commun des mortels.

«Je ne sais même pas si ma vie est réalité! Elle est remplie de fiction!», lance-t-elle quand on lui demande dans quelle mesure son dernier roman est autobiographique.

Vi, ce petit bijou qu'elle vient tout juste de faire paraître, raconte le Vietnam, l'abandon, l'exil, l'amour et la résilience. Vi est le prénom de la narratrice, qu'on suit dans l'enfance et les années suivantes, à travers sa famille et les inconnus qui viendront influencer son destin et sa personnalité.

Après Ru et Mãn, Kim Thúy ramène le lecteur dans son univers hyper intimiste, où chaque mot semble respirer. Où chaque court chapitre, comme autant de tranches de vie, tisse son histoire avec une infinie délicatesse.

«J'adore écrire, dit-elle. J'aime la lenteur qui permet de savourer les mots, de travailler chaque phrase jusqu'à ce qu'elle soit naturelle, qu'elle coule. C'est un plaisir irremplaçable.»

Irremplaçable au point de considérer la sortie de ses livres avec un réel détachement. Elle raconte qu'en allant découvrir Vi pour la première fois, elle s'est amusée avec les employés de l'entrepôt, a dédicacé des exemplaires... pour finalement repartir les mains vides. «J'avais oublié de me rapporter des copies!», lance-t-elle en riant.

«Ce n'est pas seulement mon livre, c'est le travail de toute une équipe. Moi, mon plaisir est dans l'écriture. Quand le livre sort, le plaisir a déjà été consommé.»

Pourtant, elle assure qu'elle pourrait cesser d'écrire demain s'il le fallait. Ambivalente Kim Thúy!

Pourrait-elle un jour troquer le «je» pour une écriture plus générique, moins personnelle? «J'ai essayé pour Vi, mais quand j'écris, c'est pour expliquer ce que je vois. Je suis toujours en train de murmurer à l'oreille des lecteurs. Je suis incapable de faire autrement.»

Le format de ses ouvrages, qui tourne toujours autour de 150 pages, semble aussi se dessiner d'instinct. «C'est la longueur de souffle dont je suis capable», dit-elle simplement.

Le passé présent

Avec Vi, Kim Thúy replonge encore une fois dans le passé. Parce que tout est dans tout. «Pour moi, le passé est dans le présent; il continue à vivre. Je ne le vois pas comme un retour en arrière, mais plutôt comme un arbre avec des racines», laisse-t-elle entendre.

Pour Vi, cette histoire, c'est son histoire. «C'est beau de voir d'où elle vient, ce qui l'a influencée et construite.»

«On a besoin de souvenirs pour demeurer dans le présent, poursuit-elle. On traîne notre passé tout le temps avec nous, au même titre que notre nom de famille.»

Dans son passé à elle, il y a Granby, où sa famille s'est réfugiée dans les années 70 à son arrivée au Canada. Une ville dont elle garde encore aujourd'hui un tendre souvenir et où elle revient de temps en temps. «Bien des choses ont changé, mais le lac Boivin est encore là!», lance-t-elle.

Contrairement à son propre parcours, c'est à Limoilou que Vi aborde sa nouvelle vie. «Je voulais montrer que des Vietnamiens sont arrivés dans d'autres villes, qu'ils n'ont pas tous eu le même parcours. Pour ce roman, il fallait que j'aille ailleurs.»

Et ensuite

Malgré le succès international que ses romans connaissent depuis 2009 - elle a vendu près de 500 000 livres dans une vingtaine de langues - la romancière peine à s'y faire. «Chaque fois, j'ai toujours l'impression que c'est la première fois. J'ai besoin de temps pour l'absorber», fait-elle remarquer.

Kim Thúy est comme une feuille qui se laisse bercer doucement par le vent. Elle a fait mille choses - comme coécrire une chanson pour le chanteur Bruno Pelletier récemment -, a voyagé partout et suivi sa bonne étoile, au gré des rencontres marquantes.

Elle préfère donc ne pas trop s'aventurer à parler de ses prochaines offrandes littéraires. «Je ne sais pas s'il y aura un autre roman. J'ai changé de métier tous les cinq ans et je suis rendue là. Est-ce la fin d'un cycle? Peut-être...», glisse-t-elle.

Heureusement, on n'en croit pas un mot.

Vi

Éditions Libre Expression,

144 pages

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