Politique énergétique: 40% moins de pétrole d'ici 2030

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Le premier ministre Philippe Couillard a décrit cette politique comme «une transition, oui, mais un virage historique» dans les choix énergétiques du Québec.

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Québec a annoncé jeudi sa politique énergétique tant attendue, dotée d'un budget de plus de 4 milliards$ sur une période de 15 ans.

L'annonce de cette politique énergétique a été faite à Montréal par le premier ministre Philippe Couillard, son ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, le ministre de l'Environnement et du Développement durable, David Heurtel, la ministre de l'Économie et de la Science, Dominique Anglade, ainsi que le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, en présence de nombreux groupes concernés.

Le premier ministre a décrit cette politique comme «une transition, oui, mais un virage historique» dans les choix énergétiques du Québec.

Guichet unique

La politique prévoit notamment la création d'un nouvel organisme pour gérer ce budget, une sorte de «guichet unique» auquel les particuliers et les entreprises pourront s'adresser pour obtenir l'aide financière souhaitée et être au fait des différents programmes offerts.

Par le biais de cette politique, Québec se donne plusieurs objectifs, dont certains assez ambitieux, comme celui de réduire de 40 % la quantité de produits pétroliers consommés d'ici 2030.

Du même souffle, Québec veut augmenter de 25 % la production d'énergie renouvelable sous diverses formes.

À l'heure actuelle, 47,6 % des besoins énergétiques des Québécois sont comblés par des énergies renouvelables; Québec veut faire passer la proportion à 61 % d'ici 2030.

«On a 15 ans, donc, pour changer la donne. Ça semble long, mais ça va arriver très vite. Mais je suis convaincu qu'ensemble, on va y arriver», a dit le premier ministre Couillard.

Parmi les autres mesures d'intérêt à souligner, on note l'établissement de projets pilotes de «stations multicarburants». Il s'agira de stations-service qui fourniront de l'électricité, de l'hydrogène, du gaz naturel, des biocarburants, de l'essence et du propane. Ces projets pilotes seront implantés d'abord dans les zones plus densément peuplées puis ultimement dans les autres régions du Québec.

Elles s'ajouteront aux 700 bornes publiques de recharge électrique qui existent déjà. Et Québec s'est déjà doté également d'une politique d'électrification des transports, par laquelle il veut atteindre 100 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables d'ici 2020.

«Notre volonté, elle est très claire: faire du Québec un chef de file nord-américain dans les domaines de l'efficacité énergétique, des énergies renouvelables, l'éolien, le solaire, la biomasse, les biocarburants, le biométhane, la géothermie, et utiliser le gaz naturel comme transition dans cette période où nous nous éloignons progressivement des hydrocarbures, mais pas complètement et pas soudainement», a résumé le premier ministre.

Plans d'action

La nouvelle politique nécessitera l'adoption de trois plans d'action, dont le premier, vraisemblablement l'automne prochain, pour mettre en oeuvre la politique énergétique.

De même, le mandat de la Régie de l'énergie sera modifié, afin qu'elle puisse se prononcer sur le plan directeur du futur organisme qui servira de guichet unique en matière énergétique. La Régie devra désormais soumettre au gouvernement un rapport annuel sur l'état d'avancement du programme énergétique.

Le ministre Arcand a rappelé que Québec s'était déjà engagé à ce que la hausse des tarifs d'électricité soit limitée à l'Indice des prix à la consommation.

«Cela sera rendu possible grâce au fait que les nouveaux appels d'offres pour les projets éoliens n'auront plus aucun impact sur les tarifs d'électricité», a indiqué le ministre Arcand.

Québec veut aussi donner l'exemple en adoptant des mesures d'efficacité énergétique «sur au moins 5 % de la surface totale des bâtiments publics chaque année», en plus de réduire de 15 % la consommation d'énergie dans les bâtiments publics par rapport à 2012.

Québec veut aussi intégrer 1000 véhicules électriques ou hybrides à sa flotte d'ici 2020.

Yves-Thomas Dorval, pdg du Conseil du patronat du... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Yves-Thomas Dorval, pdg du Conseil du patronat du Québec, croit qu'il est fondamental pour notre économie de préserver des échanges fluides et un l'accès aux États-Unis, marché de près de 320 millions de personnes.

Photothèque Le Soleil

Réactions positives

La politique énergétique dévoilée jeudi par le gouvernement du Québec a été bien reçue par plusieurs organismes, qui l'ont saluée pour le message positif qu'elle transmet quant à la nécessaire transition énergétique.

Interrogé sur place, Steven Guilbeault, du groupe écologiste Équiterre, a dit trouver plus que raisonnable l'objectif de réduire de 40% la quantité de produits pétroliers consommés.

«Elle est intéressante (la politique énergétique) et on la salue. Mais 40% de réduction de la consommation de pétrole au Québec, nous, on a produit une étude il y a quelques années, qui démontrait, mesures à l'appui, comment on pourrait réduire de 60%. Alors on pense que 40%, c'est tout à fait faisable, à condition, évidemment, de s'en donner les moyens», a opiné M. Guilbeault.

Du côté de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, la vice-présidente Martine Hébert s'est notamment dite intéressée par le fait que les petites entreprises pourront avoir accès au futur guichet unique en matière d'efficacité énergétique.

«Actuellement, c'est très difficile pour les PME d'avoir accès à des sommes en efficacité énergétique; les programmes d'Hydro-Québec ne sont pas du tout accessibles aux PME, ou le sont peu, parce que les critères sont trop importants et favorisent davantage les grands industriels», a opiné Mme Hébert.

Elle dit aussi avoir espoir que la Régie de l'énergie reverra la grille d'interfinancement parce que, selon elle, les petites et moyennes entreprises paient plus que leur part des tarifs par rapport au coût de livraison de l'électricité. «Je comprends qu'on va ouvrir la porte à une révision de l'interfinancement et ça, c'est intéressant. On va voir ce que ça va donner comme résultat», a conclu Mme Hébert.

Du côté des Premières Nations, Ghislain Picard espère que certaines nations pourront profiter des opportunités qui se présenteront pour exporter de l'énergie éolienne. «Il y a aussi un marché extérieur (pour l'énergie renouvelable) et nous, ça nous intéresse, ça», a-t-il résumé.

Il espère que le gouvernement passera de la parole aux actes et que le futur comité consultatif consultera bel et bien les Premières Nations sur les questions énergétiques.

«Tout un défi»

Au Conseil du patronat du Québec, le président Yves-Thomas Dorval trouve que le gouvernement a le mérite d'être cohérent avec les objectifs qu'il veut donner au Québec comme société.

Il souligne toutefois que le consommateur devra accepter de changer certaines de ses façons de faire si l'on veut collectivement améliorer l'efficacité énergétique et diminuer la dépendance aux énergies fossiles.

«C'est motivant, mais c'est très ambitieux. (...) Même l'efficacité énergétique, ce n'est pas gagné d'avance, ça, c'est tout un défi», s'est exclamé M. Dorval, interviewé sur place.

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