Procès Bernard: un agent double a recueilli des aveux

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Dans des conversations enregistrées et diffusées lundi devant la cour, on entend à plusieurs reprises l'accusé, Anthony Tristan Bernard, reconnaître sa participation au meutre de son père, Alain Bernard.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Sherbrooke) C'est grâce à un agent d'infiltration personnifiant un criminel que la SQ a pu arracher des aveux à Anthony Tristan Bernard.

Bien que sur ses gardes, l'accusé - qui s'appelait jadis Chantal - a confirmé au policier avoir participé au meurtre de son père, Alain Bernard, commis à Granby en 1987.

L'agent d'infiltration #17 313 a fait ces affirmations, lundi, au procès de l'homme de 48 ans accusé de meurtre prémédité.

Identifié par son surnom de Vincent, le policier, dont l'identité est protégée, a témoigné derrière un paravent au palais de justice de Sherbrooke.

Opération

Le type d'opération utilisée consiste à convaincre un suspect, qui souhaite faire partie d'une organisation factice, que lui et ses complices doivent tout dévoiler de leur passé criminel.

Présumé complice de M. Bernard dans le meurtre de son père, Alain Béliveau a été la première proie de Vincent, qui l'a convaincu qu'il était un criminel de haut calibre.

L'agent double a ensuite insisté pour qu'ils rencontrent Anthony Tristan Bernard en deux occasions en 2009. Il disait pouvoir aider les deux hommes puisque la police avait rouvert l'enquête concernant le meurtre. «Quelqu'un a parlé», disait-il.

«Je ne me suis jamais ouvert la trappe, même pas à un prêtre», a assuré Anthony Tristan Bernard lors d'une discussion à trois dans une voiture. Mais par la suite, il admettra s'être confié à son ex-conjointe.

«On va trouver une belle p'tite histoire pour passer ça sur quelqu'un d'autre, a dit Vincent. Vous avez de la chaleur sur vous autres. On veut vous aider.»

Un mourant comme appât

En échange de leurs aveux, le faux criminel disait connaître un mourant qui accepterait de prendre le blâme pour le meurtre. Ces conversations ont été enregistrées et diffusées devant le tribunal.

À plusieurs reprises, on entend Anthony Tristan Bernard reconnaître sa participation au crime et décrire comment lui, son cousin Patrice Bernard et Alain Béliveau, leur colocataire de l'époque, avaient procédé.

Il aurait conduit la voiture qui a ramené le trio de Montréal à Granby et attendu que Patrice Bernard exécute la victime.

«Patrice rentre en dedans, bing bang, la job se fait, a résumé Alain Béliveau. On a fait ce qu'on avait à faire et on est remontés à Montréal. On a crissé le gun sur le bord de la 10. On ne l'a jamais retrouvé.»

- «Personne ne vous a vus?», a demandé Vincent.

- «Non, jamais, jamais», a répondu M. Bernard.

Doute

À un certain moment, l'accusé a douté de l'identité de son interlocuteur. «Wo wo, attends minute, qui me dit que c'est un chum? T'es-tu un police, toi, pis je suis en train de confirmer?», a dit M. Bernard avant de se raviser. Sa voix rocailleuse semble nerveuse et est parsemée de rires tonitruants.

Selon l'accusé, les policiers ont toujours eu l'oeil sur le trio, mais n'ont pu le faire inculper avant 2009. Alain Béliveau et Patrice Bernard ont été reconnus coupables de meurtre prémédité lors de deux procès distincts.

En contre-interrogatoire, Me Alexandra Longueville a demandé à l'agent double s'il pouvait utiliser la violence dans le cadre de son scénario.

«Oui, pour des cas particuliers, a-t-il concédé. On n'attrape pas un braconnier en se faisant passer pour un végétarien.»

La défense a aussi fait remarquer que l'accusé acquiesce bien plus qu'il ne raconte dans les enregistrements.

Témoin récalcitrant

En fin de journée, le dernier témoin de la Couronne, Alain Béliveau, a commencé son témoignage flanqué de deux agents carcéraux.

En répondant du bout des lèvres aux questions du ministère public, représenté par Me Claude Robitaille, et en remettant sa présence en question, le détenu a illustré à merveille l'expression «témoin récalcitrant».

Il a nié avoir participé au crime et soutenu avoir été manipulé par les policiers durant son procès. Finalement, il a refusé de lire une transcription de déclarations qu'il a faites en cour, expliquant ne pas avoir ses lunettes de lecture.

La cour a été ajournée pour lui permettre de s'en trouver une paire d'ici mardi.

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