Quand Québec se désengage

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La Ville de Farnham a mis de côté 400 000 $ pour construire un nouveau gymnase pour l'école Saint-Romuald. Le sous-sol de l'établissement, où on trouve six colonnes de ciment, sert non seulement de gymnase mais également de vestiaire et de cafétéria.

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Agrandissements d'école, ajouts de classe, aménagements de gymnase, établissements de clinique médicale... De plus en plus, des municipalités sont amenées malgré elles à débourser pour des projets qui relèvent plutôt de la juridiction du gouvernement provincial. Assiste-t-on à une déresponsabilisation de Québec au détriment des Villes?

Les cours d'éducation physique ressemblent à des courses à obstacles à l'école Saint-Romuald à Farnham. Qu'ils jouent au soccer, au ballon-chasseur, au basket-ball ou au hockey cossom, les élèves doivent faire attention de ne pas foncer dans une des six énormes colonnes de ciment qui soutiennent le bâtiment.

Depuis la démolition du gymnase au milieu des années 90 en raison de sa désuétude, les cours d'éducation physique se déroulent dans la grande salle au sous-sol de l'établissement. L'endroit sert aussi de cafétéria et de vestiaire. «C'est complètement inadéquat pour un gymnase. C'est dangereux pour les enfants», soutient le maire Josef Hüsler.

Las d'attendre après le ministère de l'Éducation pour doter l'école d'un nouveau gymnase, l'administration municipale s'est engagée en 2012 à investir 400 000$ dans le projet, espérant ainsi accélérer le processus. «On n'a pas le choix. Si on veut que ça se fasse un jour, on devait mettre de l'argent, dit M. Hüsler. Mais on ne l'a toujours pas.»

La Ville de Farnham n'est pas seule. De nombreuses municipalités dans la région pigent dans leur coffre pour financer des infrastructures scolaires ou médicales, des domaines où elles n'ont pourtant aucune juridiction. «L'État joue de moins en moins son rôle», fait remarquer Arthur Fauteux. «On est forcés de pallier à ça. Petit morceau par petit morceau, on finit pas payer ce que le gouvernement ne paie plus ou paie moins», indique le maire de Cowansville et préfet de la MRC Brome-Missisquoi. «On le fait pour notre monde.»

Pas facile pour les municipalités de rester les bras croisés quand les besoins sont multiples, signale Paul Sarrazin, maire de Sainte-Cécile-de-Milton et président de la commission scolaire du Val-des-Cerfs. «La population ne peut pas se plaindre directement au ministère; alors elle va voir sa commission scolaire et sa municipalité. Les cordes sensibles sont touchées, alors c'est nous qui choisissons de nous impliquer.»

Le système politique joue en défaveur des municipalités, dit-il. «L'éducation, ce n'est pas le champ de compétence des municipalités. Si ça doit le devenir, il faudrait déterminer les règles du jeu et le financement qui vient avec. C'est au législateur de décider. C'est lui qui a le pouvoir.»

Une tendance se dessine, pense Sylvain Gaudreault lorsqu'on lui dresse la liste des projets en éducation et en santé financés par les municipalités. Il s'en inquiète. «Les municipalités sont constamment sollicitées. Elles ont de la pression du gouvernement, mais aussi de leurs citoyens. Et quand quelque chose ne fait pas l'affaire des citoyens, ils savent où trouver leurs élus municipaux. C'est vers eux qu'ils se tournent», explique l'ancien ministre péquiste des Affaires municipales.

Cette pression est accentuée en temps de crise des finances publiques, souligne en entrevue le député de Jonquière et critique de son parti en matière d'affaires municipales. «Avec toutes les compressions qu'on se fait imposer, avec toute cette austérité, les municipalités aussi sont ébranlées par tout ça. Avec le temps, elles se sont retrouvées avec plein de responsabilités qu'elles n'avaient pas avant. Mais les ressources financières ne suivent pas.»

Des lois datant de 1855

Il est grand temps, pense M. Gaudreault, de revoir les relations qu'entretient Québec avec les municipalités. «Elles sont gérées par une centaine de lois dont certaines remontent à 1855. On est à une autre époque; il faut rénover toutes ces lois, revoir le système dans son ensemble», affirme-t-il.

La priorité, poursuit M. Gaudreault, est que les municipalités puissent diversifier leurs sources de revenus. «Il faut les reconnaître comme gouvernement de proximité. Et pour ça, il faut leur donner les moyens financiers qui vont avec.»

Mario Laframboise partage cette analyse. Député de Blainville et critique de la CAQ pour les affaires municipales, il craint que des inégalités ne surgissent si les ministères concernés s'attendent à ce que les municipalités participent toujours au financement de leurs projets et services. «On a des municipalités et des régions qui ne peuvent pas investir dans les écoles ou les établissements de santé. Est-ce que ça veut dire qu'elles n'auront plus de services? Il faut penser au tissu social de tout le Québec. On ne peut pas avoir un Québec à deux, trois ou quatre vitesses. Tous les citoyens doivent être égaux.»

Le gouvernement québécois, insiste M. Laframboise, doit une fois pour toutes vider la question des sources de revenus des municipalités. «Il faut qu'on dégage des espaces fiscaux pour qu'elles puissent desservir leurs communautés.»

«Ça doit faire une trentaine d'années que le... (Archives, La Voix de l'Est) - image 2.0

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«Ça doit faire une trentaine d'années que le monde municipal est impliqué pour sauver nos écoles de villages. Et c'est tant mieux. Parce que quand les municipalités sont dans le coup, ça permet un accès à la communauté», soutient le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis. 

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La participation financière des municipalités aux projets du ministère de l'Éducation bénéficie à l'ensemble de la population, soutient Pierre Paradis. Le député de Brome-Missisquoi et ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation espère qu'elles continueront dans cette voie.

Ce n'est pas d'hier que les municipalités sont appelées à payer une partie des rénovations ou agrandissements d'écoles, dit-il. Ce fut le cas à Sutton, Frelighsburg et Saint-Armand ces dernières années. «Ça doit faire une trentaine d'années que le monde municipal est impliqué pour sauver nos écoles de villages. Et c'est tant mieux. Parce que quand les municipalités sont dans le coup, ça permet un accès à la communauté.»

De tels partenariats ouvrent la porte à une utilisation accrue des bâtiments, souligne M. Paradis. «On a des écoles, des gymnases qui sont utilisés aujourd'hui par les citoyens. On a des bibliothèques aussi. Si on n'a pas de partenariat entre les commissions scolaires et les municipalités, ça veut dire qu'on barre les écoles dès 16 h et personne n'en profite.»

Le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx, n'était pas disponible hier pour répondre à nos questions. Dans une réaction par courriel, son attachée de presse, Anne-Catherine Couture, a réitéré que le gouvernement libéral a annoncé des «réinvestissements dans le secteur de l'éducation dans le dernier budget, notamment en matière d'infrastructures scolaires (...).»

Mme Couture a écrit que plus de 700 millions de dollars seront investis sur trois ans, soit 1,2 milliard de dollars de plus investis sur trois ans. L'argent «servira à bonifier les milieux d'apprentissage des élèves, afin qu'ils évoluent dans un environnement sain».

La suite dans l'écran suivant.

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