Révolte sur le chemin du Roy

La municipalité de Saint-Étienne-de-Bolton a dépensé 275 000... (Photo Alain Dion)

Agrandir

La municipalité de Saint-Étienne-de-Bolton a dépensé 275 000 $ pour acheter et reconstruire le chemin du Roy. Mais les propriétaires de terrains donnant sur la petite artère ne se construisent toujours pas de maisons.

Photo Alain Dion

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Saint-Étienne-de-Bolton) La reconstruction du chemin du Roy à Saint-Étienne-de-Bolton enrage les résidants de la petite artère près de la route 112. Ces derniers ont vu leur compte de taxes grimper en flèche pour rembourser les quelque 275 000$ empruntés par la municipalité pour acheter le chemin privé et le mettre aux normes.

Des propriétaires de terrains s'expliquent mal pourquoi elle a procédé de cette façon. «La municipalité n'avait pas d'affaire à refaire le chemin», s'insurge Michel Lévesque. «On nous a refusé des permis de construire parce que le chemin n'était pas conforme. Mais on se rend compte que ce n'est pas vrai; le chemin répondait aux normes. La municipalité nous a bernés», dit-il.

M. Lévesque a acheté son terrain de 4 hectares (10 acres) en 2009. Il n'y a toujours pas construit de maison. Son compte de taxes est passé de 247$ en 2014 à 1700$ en 2015. Il en a pour 20 ans à payer sa part de l'emprunt.

C'est un énième chapitre d'une saga qui dure depuis 2007. La copromoteure qui a vendu les terrains, Lucie Roy, soutient depuis le début que le chemin du Roy répond aux normes d'une route privée. Comme pour d'autres chemins privés dans la municipalité, celle-ci pouvait délivrer les permis de construction, croit-elle. En lieu et place, la municipalité lui a mené une bataille pour qu'elle réaménage l'artère de 540 mètres de long. Elle a refusé. Le conseil l'a alors expropriée en 2010 lui offrant 9400$. Elle en exigeait 175 700$. Une entente hors cour survenue le 25 juin 2015 a vu la municipalité lui verser en tout 55 840$.

«La municipalité a menti aux gens», affirme Mme Roy sans détour. «Elle a dépensé plus de 275 000$ pour un chemin qui était correct. Tout ça pour rien.»

En 2010, toutefois, 13 résidants qui avaient acheté un terrain de Mme Roy soutenaient que leur incapacité à obtenir des permis de construction de la municipalité avait trait à la non-conformité du chemin. Ils ont demandé à l'administration municipale de trouver une solution. Ils ont approuvé, par l'intermédiaire de leur avocat Me Benoit Galipeau, la proposition que la municipalité devienne propriétaire du chemin et qu'elle le rende conforme. Dans une lettre adressée à l'avocate de la municipalité, Me Bernadette Doyon, son confrère écrit que ses clients «sont conscients que de tels travaux impliqueront un règlement d'emprunt pour lequel ils contribueront au remboursement.»

Avec le recul, a expliqué en substance Michel Lévesque, les résidants du chemin du Roy ont réalisé que Mme Roy disait vrai lorsqu'elle assurait que son chemin était conforme. Ce n'est pas le message que la municipalité avait lancé aux résidants, explique-t-il. «On a compris que Mme Roy avait raison. C'est ridicule de faire rire de nous comme ça par la municipalité.»

Bien informés

Les citoyens ont été bien informés de la situation et savaient qu'ils allaient devoir payer leur part de l'emprunt pour les travaux, assure la mairesse Michèle Turcotte. «Ça faisait des années qu'il y avait un problème entre les résidants et les promoteurs. Ce sont les résidants qui ont contacté la municipalité. Ça ne nous regardait pas; on n'était pas impliqués là-dedans. On a voulu aider les gens en trouvant une solution», dit-elle. La solution proposée a été acceptée, dit-elle, citant la lettre du procureur des citoyens.

«C'est une saga qui dure depuis trop longtemps. Nous en sommes tous tannés», a dit Mme Turcotte.

Malgré nos demandes, la municipalité n'a pas été en mesure de nous donner un document démontrant que le chemin du Roy n'était pas conformes aux normes exigées.

Depuis le réaménagement du chemin du Roy, aucune maison n'a été construite. Ce sont plutôt plusieurs affiches immobilières annonçant des terrains à vendre qu'on aperçoit.

Croisé sur place, Raymond Laflamme s'explique mal toute cette affaire. Il a construit en 2005 sa maison, une des deux seules érigées sur le chemin. «Pourquoi les gens ne peuvent pas se construire alors qu'on le pouvait avant? Je n'en ai aucune idée.»

La mairesse Turcotte se désole que le réaménagement du chemin du Roy ne se soit pas traduit par des demandes de permis de construire. «On veut que les gens se construisent. On ne veut pas avoir fait tout ça pour rien», dit-elle.

Dans l'éventualité où d'autres conflits opposeront des promoteurs et des résidants, la municipalité ne s'en mêlera pas, soutient la mairesse. «On l'a fait de bonne foi. On ne s'impliquera plus.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer