Une perte qui secoue la région

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Pierre Breton et Serges Ruel étaient sous le choc, mardi.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

La mort de Jean Lapierre sème la consternation dans la région. Il ne fait aucun doute que celui qui a été député fédéral de Shefford entre 1979 et 1992, qui a étudié à Granby et qui avait toujours une résidence à Lac-Brome comptait ici de nombreux amis. Les quelques-uns rencontrés par La Voix de l'Est après l'annonce de sa fin tragique sont unanimes: Jean Lapierre était extrêmement généreux, fidèle et travaillant. Et ils ont tous un paquet d'histoires à raconter sur cet homme qui aimait sincèrement rencontrer les gens et qui savait profiter de la vie.

«C'était un gars très loyal, se souvient Luc Normandin, un proche de M. Lapierre depuis 1973. Quand il était ami avec toi, il te défendait à la vie à la mort. La preuve, c'est que ses anciens amis des années 70, dont moi, il les avait encore. C'est toute une perte parce que c'était un gars qui donnait beaucoup.»

M. Normandin parlait presque tous les jours à son ami. Il se souvient particulièrement des nombreux repas qu'ils ont partagés et au cours desquels ils parlaient de tout et de rien. Luc Normandin était donc ébranlé à la suite du tragique écrasement d'avion, d'autant plus qu'il aurait pu être du voyage. Désirant soutenir M. Lapierre alors que celui-ci venait de perdre son père, il lui avait offert lundi de l'accompagner aux Îles-de-la-Madeleine.

«Sincèrement, j'aurais pu être dans l'avion. Je lui ai offert d'y aller et s'il m'avait dit oui, j'y serais allé parce qu'on se rendait beaucoup service», relate M. Normandin, émotif.

L'amitié sincère entre les deux hommes remonte à l'époque où tous les deux fréquentaient le Cégep de Granby. La famille Normandin avait alors notamment accueilli le jeune Jean, qui était bien loin de chez lui à Noël.

«Jean, il était tout seul pendant la période des fêtes. Retourner aux Îles, c'était compliqué, explique-t-il. On l'avait amené à Roxton Pond chez un de mes beaux-frères. [...] il venait coucher chez nous, il venait veiller, on faisait du ski-doo ensemble.»

Luc Normandin a également bien connu Lapierre le politicien puisqu'il a été son chef de cabinet. À ce sujet, il est catégorique: Jean Lapierre aimait la politique, les médias et surtout, le monde.

«Je pense que ce qu'il aimerait que les gens retiennent, c'est qu'il a été un député disponible autant pour les gens de la ville que de la campagne, parce qu'à l'époque le comté était grand. Il était à l'écoute, il était extrêmement serviable. Il a réglé beaucoup de dossiers pour le comté» estime M. Normandin, qui assure que son ami aimait beaucoup la région et qu'il aurait très bien pu y prendre sa retraite.

«Un mentor»

Le bureau de l'actuel député de Shefford traversait un moment difficile mardi en début de soirée. Pierre Breton connaissait Jean Lapierre depuis 1979, année où il a été élu pour la première fois.

«C'est mon père qui a été son directeur de campagne durant toutes ses campagnes, ici dans le comté de Shefford. J'ai moi-même été trempé dans la marmite politique à cause de Jean Lapierre! [...] C'est une longue affection, c'est une grande affection que j'ai toujours eue pour Jean. [...] Ç'a été mon mentor en politique, en fait. Si je fais de la politique aujourd'hui, on peut dire que Jean en est pour une grande partie [responsable].»

Pierre Breton admire les nombreuses qualités humaines et politiques de Jean Lapierre et juge que le pays, la province et la région perdent «un grand homme», charismatique, généreux et doué.

«Je m'inspire beaucoup de lui, par rapport à la manière dont il a pu faire de la politique fédérale. C'est quelqu'un qui était proche des gens. J'ai souvent entendu "Ah, député fédéral, c'est peut-être un peu loin des citoyens" et Jean a changé ça, en tout cas ici dans le comté de Shefford. C'était quelqu'un qui n'avait pas peur d'aller voir les citoyens [...] de leur poser des questions, d'aller voir c'est quoi l'envers de la médaille pour bien saisir, bien comprendre quels sont les enjeux. Et puis ça, je dirais que les gens l'ont beaucoup apprécié.»

L'adjoint de M. Breton, Serges Ruel, a lui aussi bien connu Jean Lapierre, puisqu'il a été pendant cinq ans son adjoint à la fin des années 1980.

«Jean, c'était un homme travaillant. Hyper-travaillant. Moi j'en revenais juste pas de savoir qu'il était sur le téléphone à 6 h du matin avec du monde.»

M. Ruel a lui aussi perdu un ami. Mais un sourire éclaire son visage lorsqu'il raconte les soupers aux homards organisés par M. Lapierre à l'époque. C'est M. Ruel qui devait commander les crustacés - auprès d'un pêcheur des Îles-de-la-Madeleine, évidemment - quelques jours auparavant et c'est Pierre Breton qui partait chercher les 2000 livres de fruits de mer en camion à Montréal le samedi matin.

«Quel souvenir!», s'exclament les deux hommes.

Le tailleur Jean Gamache... (Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est) - image 2.0

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Le tailleur Jean Gamache

Christophe Boisseau-Dion, La Voix de l'Est

«Il a sauvé mon commerce»

Le tailleur Jean Gamache garde également un précieux souvenir de Jean Lapierre. Il lui a confectionné son premier habit et n'avait jamais cessé depuis. Alors que les affaires étaient moins bonnes, Jean Lapierre lui a demandé s'il était prêt à se déplacer sur demande à Montréal et ensuite, il a simplement communiqué la nouvelle à ses contacts.

«Si ça n'avait pas été de lui, ça fait vingt ans que je serais fermé! [...] Il a sauvé mon commerce», a confié l'homme avec gratitude.

Lucien Bouchard, Claude Garcia, Claude Fournier, Guy Fournier, l'ancien politicien français Alain Juppé et même l'architecte de réputation internationale Moshe Safdie figurent ou ont déjà figuré sur la liste de clients de M. Gamache. Tout ça, grâce au coup de pouce de Jean Lapierre.

Profondément attristé par la mort de son ami, Jean Gamache en avait long à raconter sur celui qui était beaucoup plus qu'un simple client. Assurément, les deux hommes ont beaucoup partagé au cours des années.

«Je pourrais vous en compter pendant des heures!»

On raconte que M. Lapierre était un ami très fidèle, et M. Gamache le lui rendait bien.

«Quand des gens parlaient contre lui, contre l'homme, ça prenait du front, parce que je n'acceptais pas ça», affirme-t-il résolument.

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