Procès d'Anthony Tristan Bernard: son père décrit comme «violent et alcoolique»

Comme sa soeur, Anthony Tristan Bernard entretenait une... (Illustration Serge Paquette)

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Comme sa soeur, Anthony Tristan Bernard entretenait une relation houleuse avec son père, retrouvé assassiné à Granby en 1987.

Illustration Serge Paquette

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Sherbrooke) Agressif et porté sur la bouteille, Alain Bernard battait «fréquemment» ses filles quand elles étaient jeunes.

«C'était coup sur coup, à coups de pied et à coups de poing, parfois avec des objets», a déclaré mardi sa fille Kim Bernard, deuxième témoin au procès de son frère aîné Anthony Tristan Bernard, accusé du meurtre de leur père commis à Granby en 1987.

Les agressions sont survenues «surtout quand on était jeunes, de trois à 13 ans environ», a dit l'enseignante de 47 ans. Son père «a été alcoolique pendant beaucoup d'années et il était violent envers sa femme et ses enfants. Si on avait laissé quelque chose traîner, il nous pognait.»

Le trémolo dans la voix, elle a admis que lorsqu'elle a retrouvé son père mort, le 31 août 1987, elle s'est sentie «soulagée».

Proximité

À cette époque, l'accusé était une femme et s'appelait Chantal. Kim, de son côté, s'appelait Linda. Elle n'a pas expliqué son changement de prénom.

Les deux soeurs étaient très proches, au point où elles ont habité ensemble et travaillé au même établissement, la Pointe Saint-Jacques, à la fin des années 1980.

Mme Bernard n'a pas caché qu'elle et sa soeur consommaient alors de la cocaïne. «À l'époque, c'était la drogue la plus populaire à Granby», a-t-elle indiqué en répondant aux questions de la Couronne, représentée par Me Claude Robitaille.

Ressentiment

Les deux soeurs entretenaient aussi du ressentiment envers leur père. Comptable ayant fait fortune dans le commerce familial de pneus, Alain Bernard payait leurs dépenses courantes «mais quand quelque chose ne faisait pas son affaire, il reprenait», a dit le témoin.

«Et on ne pouvait jamais savoir ce qui ne faisait pas son affaire. Ma soeur étudiait en théâtre et ça ne faisait pas son affaire. L'argent était aussi source de conflits. Un mois il payait l'appartement, l'autre mois il ne payait plus.»

Le jour du crime, elle était retournée vivre chez son père, qui venait de se séparer à nouveau. L'homme de 44 ans était aussi affaibli des suites d'un accident de voiture subi deux ans plus tôt et qui l'avait laissé triste, distrait et anxieux.

«Dans les derniers mois, il était convaincu que quelqu'un rôdait autour de la maison et voulait le tuer», a dit Kim Bernard en répondant aux questions de Me Alexandra Longueville, de la défense. Il s'était aussi équipé d'une carabine et d'un pistolet «au cas où il lui arriverait quelque chose».

Besoins

L'enseignante a ajouté ne jamais avoir eu de «relation émotionnelle» avec son père. «Je ne peux pas subvenir à mes besoins, j'ai besoin de lui, il a besoin de mes services, comme de le conduire, mais on ne se parle pas.» M. Bernard buvait aussi chaque jour.

Par opposition, elle a décrit celui qui était jadis sa soeur comme quelqu'un «d'extraverti, sociable et drôle». «Les gens aimaient beaucoup Chantal, elle avait du magnétisme. Elle était mon père, ma mère, ma soeur».

C'est Kim Bernard qui a découvert le cadavre de son père, étendu dans un sofa du salon, une balle dans la tête. Il n'y avait ni traces de violence, ni d'effraction. «Je me suis approché de lui, j'ai secoué la chaise et j'ai crié.»

La nuit précédente, elle était revenue très tard d'un concert à Montréal. Elle est alors passée discrètement près de son père pour ne pas le réveiller, puisqu'il avait l'habitude de s'endormir devant la télévision, et est partie se coucher. Selon les analyses, il était déjà mort.

Ses filles ont chacune hérité d'environ 500 000$.

Somnolence

Anthony Tristan Bernard a été surpris à somnoler durant l'audience, mardi au palais de justice de Sherbrooke, mais il a jeté le blâme sur ses médicaments.

Il avait été arrêté en 2009 pour le meurtre de son père, à la suite d'une enquête policière d'envergure. Ses problèmes de santé dus à sa transformation, de nombreux changements d'avocat à la défense et les délais inhérents à la cour expliquent le temps écoulé avant l'ouverture du procès, qui reprend mercredi.

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