Visite d'Obama à Cuba : encore beaucoup de chemin à parcourir

Diuval Capdevila et Ariel Rodriguez portent un regard... (photo Janick Marois)

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Diuval Capdevila et Ariel Rodriguez portent un regard prudent sur les effets à court et long terme de la visite de Barack Obama à Cuba.

photo Janick Marois

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) La visite du président américain Barack Obama à Cuba permet aux Cubains installés à Granby d'entretenir un espoir teinté de prudence sur l'amélioration des relations entre les deux pays. Le rapprochement peut mener, si le Congrès américain le veut bien, vers une levée de l'embargo américain imposé sur Cuba depuis 1962, sinon à son assouplissement.

Par contre, une plongée dans le passé amène Diuval Capdevila à demeurer sceptique quant aux impacts d'un tel rapprochement. Selon le Cubain arrivé dans la région il y a quatre ans, il faut envisager la situation de différents points de vue, notamment en regardant l'avant et l'après-Révolution castriste de 1959. La mésentente avec Fidel Castro a débuté au sujet de la nationalisation des avoirs étrangers. Ce fut suivi par la tentative de débarquement à la baie des Cochons, en 1961. L'embargo fut imposé l'année suivante.

Les rapprochements «pourraient être positifs, mais si on se fie à l'histoire, de mon point de vue, ça pourrait être négatif», craint le Cubain, invoquant l'ingérance américaine passée à plusieurs reprises au fil de l'entrevue.

 Ariel Rodriguez remarque quant à lui que Raul Castro n'a pas reçu le président Obama dimanche, lors de son arrivée, comme le veut le protocole. Manque à l'étiquette ou anguille sous roche? , se questionnent les deux hommes.

«Si on compare l'accueil qu'a eu Raul Castro en France, c'est incomparable», note M. Rodriguez.

Changer de mentalité

Ce dernier remarque d'ailleurs les rapprochements de Barack Obama avec la population locale, alors qu'il a appris quelques mots du jargon populaire et qu'il est allé manger dans un restaurant privé (non payé par l'État). «Je vois qu'Obama est conscient que Raul Castro ne peut pas vraiment changer de mentalité en raison de son âge», dit-il.

«Ça se pourrait que ça change de mentalité un peu quand même, reprend M. Capdevila. Si on compare Fidel à Raul, le premier regardait vers l'extérieur, tandis que Raul Castro regarde beaucoup plus vers l'intérieur du pays. Il a mis beaucoup de nouvelles lois qui ont eu beaucoup d'impact pour la population. Je vois que Raul Castro est plus ouvert que son frère.» Il pense notamment aux lois qui permettent aux Cubains d'acheter une maison ou une voiture... à prix prohibitif, cependant.

Si le tourisme américain est permis à Cuba, il faudra que les employés du secteur puissent en profiter. «Peu importe le nombre de touristes, si les Cubains sont toujours aussi pauvres, ça ne sert à rien», laisse tomber Ariel Rodriguez.

Libérer le marché du travail

La croissance, advenant une ouverture des frontières, devra profiter à l'est de Cuba, aujourd'hui sous-développé. «Ça va prendre des constructions, soutient Diuval Capdevila. Le marché américain va avoir une marge d'impact dans l'économie cubaine.»

Quant aux avantages économiques d'une ouverture entre les deux pays, les deux hommes estiment que M. Obama fait ce qu'il peut pour améliorer la situation, mais que la principale tâche incombera en bout de ligne au gouvernement cubain.

«Il faut que le gouvernement libère le marché du travail», disent-ils, puisque les travailleurs autonomes qui ne sont pas payés par l'État se voient souvent retirer sans préavis leur permis. Ils donnent en exemple l'autorisation donnée pour vendre des vêtements: le gouvernement a changé d'avis peu de temps plus tard, les commerçants perdant leur investissement.

Comme le régime Castro contrôle tout, il faudrait une séparation de l'économie des pouvoirs de l'État pour obtenir un véritable changement. Chose certaine, si la situation change en matière d'emploi et que le gouvernement peut donner des garanties, les deux hommes, qui ont émigré à Granby par amour, envisageront d'amener leur famille à Cuba pour y vivre loin de l'hiver.

S'il y a des garanties pour l'emploi, «c'est possible que j'y retourne, confie Diuval Capdevila. Les six mois d'hiver là-bas, les six mois d'été ici!»

«Une bonne chose»

Il n'y a pas que des sceptiques dans la communauté cubaine de Granby. Bryant Gutierrez Vega est de ceux qui voient la visite de Barack Obama à Cuba sous un jour nettement plus optimiste.

«Le rapprochement est une bonne chose parce que ça prépare le chemin pour les autres qui suivront», dit-il. Rappelons que le président américain quitte la Maison-Blanche en 2017 et que son homologue cubain Raul Castro doit se retirer en 2018.

Les Cubains en sortiront vainqueurs, croit-il, puisque des entreprises pourront venir s'y installer et offrir des emplois. Par exemple, il semblerait également que Google ait une entente pour commencer la mise en place de Wi-Fi et l'accès à large bande sur l'île cubaine, rapporte Reuters.

«Je pense que le changement va être à long terme. On ne verra pas les changements tout de suite. Ça va aider beaucoup pour l'économie. Ça va être bon pour le dialogue aussi. Avant, ils disaient tout le temps "c'est à cause des Américains". Maintenant il n'y aura plus de ça.» Selon lui, le gouvernement aura à réfléchir sur l'origine des vrais problèmes dans le pays.

Installé depuis 10 ans à Granby avec la femme qu'il a rencontrée dans l'hôtel où il travaillait, Bryant Gutierrez Vega se réjouit enfin de voir ses compatriotes heureux de la visite d'Obama. 

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