Un SOS à Justin Trudeau et à Ellen DeGeneres

Sheila Quinn raconte son histoire et celle de... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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Sheila Quinn raconte son histoire et celle de son fils Angus Sévigny, 13 ans, dans une lettre publiée en ligne adressée à l'attention de Justin Trudeau et d'Ellen DeGeneres.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Lac-Brome) «Qu'est-ce qu'on fait quand la vie te joue un sale tour? Nage droit devant toi, nage droit devant toi.»

Ces mots de Doris, un personnage du film d'animation Trouver Nemo, Sheila Quinn les chantait à son fils Angus, quand il était tout petit, pour attirer son attention. Aujourd'hui, elle a pourtant l'impression de se noyer tout en tentant de garder son enfant hors de l'eau: pour la troisième fois depuis le début de l'année scolaire, ce dernier vient d'être suspendu de l'école.

Mme Quinn n'arrive plus à nager pour rejoindre la berge et a lancé un appel à l'aide dans une lettre adressée à Ellen DeGeneres, la voix de Doris dans la version originale du film, et à Justin Trudeau.

Comme n'importe quel adolescent, Angus Sévigny se lève tard la fin de semaine. Mais le garçon de 13 ans n'est pas vraiment comme les autres. Il est autiste et est considéré beaucoup plus jeune dans son développement mental.

«Angus est considéré non verbal, mais il est très verbal, assure sa mère. C'est juste qu'on ne le comprend pas. Il y a peut-être 25 choses qu'on peut comprendre. C'est la même chose que de dire qu'un Japonais est non-verbal parce qu'on ne le comprend pas.»

La maman d'Angus et de Leander, 10 ans, a publié mardi soir sur Facebook une lettre rédigée en anglais, sa langue maternelle. La résidante de Lac-Brome y demande de l'aide, une bouée de sauvetage, au premier ministre Justin Trudeau et à l'actrice Ellen DeGeneres. Au bord du gouffre, désespérée, elle ne sait pas précisément quoi demander. Elle souhaite cependant avoir accès à un groupe d'accueil au sein duquel Augus pourra vivre sa vie, évoluer et avoir des sorties avec ses parents.

La lettre a fait le tour du monde. Elle a été partagée près de 1000 fois.

«J'ai eu des messages sans arrêt, raconte Sheila Quinn. Des parents qui pleurent leur vie, des parents d'enfants autistes, entre autres, des personnes qui se sentent impuissants. J'ai utilisé la métaphore de Disney parce que c'est le seul intérêt d'Angus. Et moi, j'appuie les rêves de mes enfants autant que leur éducation.»

Dans sa lettre, la dame utilise l'image d'un voyage à Disney pour symboliser la réalisation d'un rêve. Et ce à quoi Sheila Quinn rêve tout haut, c'est l'amélioration des services.

Des services pour aider son fils à progresser, mais aussi pour diminuer le stress et guérir du trauma vicariant, qui touche les aidants naturels. Autrement dit, cette fatigue ne touche pas que les parents et leurs conjoints, mais aussi Leander et les enfants de Stéphane Bessette, le conjoint de Mme Quinn.

Ce combat, la femme de 42 ans dit le mener pour tous les parents aux prises avec la même situation qu'elle. Parce que Sheila Quinn ne croit pas être la seule à se noyer.

Les premiers mots

Pourtant, la Bromoise n'a pas reçu que des commentaires positifs, à la suite de sa sortie sur Facebook.

«Plein de gens n'ont pas compris la métaphore, déplore-t-elle. Je n'ai pas demandé à aller à Disney World! Je n'ai même pas le droit de rêver, selon ces gens. Mais je vais rêver toute ma vie, c'est crucial! Disney, c'est la vie de mon fils. Il est capable de nommer Doris, mais il ne m'a jamais appelé mommy.»

Ça, c'était jusqu'à samedi. Après toutes ces années, elle l'a enfin entendu, ce mommy tant attendu, puisque l'anglais est la langue d'usage à la maison. Angus peut nommer son père depuis des années, il répète le prénom Judy depuis un mois - alors que personne ne comprend de qui il parle -, mais il n'avait jamais prononcé le nom mommy avant samedi.

«Hier soir, il disait Judy, Judy, Judy. J'ai mis ma main sur son torse et j'ai dit mommy loves Angus. Et là il a dit Angus, mommy, avant de le répéter comme une mitraillette, raconte Mme Quinn, en pleurant à chaudes larmes. Ça a été super bouleversant. J'étais émue. Moi, je n'ai pas perdu espoir pour l'avenir d'Angus.»

Suspendu par l'école 

Mais pour l'heure, la situation est loin d'être rose: pour la troisième fois cette année, Angus vient d'être suspendu par l'école pour une période indéterminée.

En semaine, le jeune vit chez son père, Clinton Sévigny, qui s'en occupe. Depuis trois ans, il fréquente une école spécialisée dans la région de Sherbrooke. Avant Noël, M. Sévigny y a été appelé à deux reprises afin de venir le chercher. Beaucoup de flexibilité a été nécessaire et, comme Mme Quinn se trouvait en congé de maladie, elle a pu le prendre avec elle quelque temps.

Mardi dernier, Angus a de nouveau été renvoyé à la maison après avoir piqué une colère. Selon ce qui a été rapporté à Mme Quinn, le jeune aurait voulu donner un coup de pied à un psychoéducateur durant une transition, se serait jeté par terre et aurait lancé un soulier.

La mère de famille ignore ce qui a déclenché la crise, mais affirme que selon elle, son fils n'est pas agressif. Il lui en faut beaucoup pour qu'il fatigue, ajoute son conjoint, Stéphane Bessette. «Je peux l'achaler toute une journée de temps avant qu'il se choque, mais encore là, il me serre dans ses bras et me regarde en voulant dire: as-tu fini?», rapporte-t-il.

Nous n'avons pas été en mesure de parler au père d'Angus, mais Mme Quinn fait savoir qu'il se sent impuissant. Heureusement pour les parents, leurs employeurs sont compréhensifs, mais l'élastique est étiré, fait savoir Sheila Quinn. «Comment ils veulent que les parents aient des carrières normales?», se questionne-t-elle.

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