L'ABC de l'intégration

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Qu'ils se nomment Fatmaih ou Ayham, Mohammad ou Maria, Grace-Miidie ou Frank, ces enfants de 6 à 12 ans partagent tous deux points commun. Ils sont des réfugiés et aucun ne parlait français avant d'entrer dans la toute première classe d'accueil créée par la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

L'école de l'Assomption a accueilli à bras ouverts les 13 jeunes - neuf Syriens, quatre d'origine africaine - nouvellement arrivés à Granby. Les cours ont débuté à la mi-février. Déjà, en un peu plus de trois semaines, ces enfants réussissent à comprendre des consignes simples.

«C'est très enrichissant, commente l'enseignante, Chantal Proulx. Ça demande beaucoup d'adaptation par contre, à cause de la langue et des différents niveaux de scolarisation.»

Le sourire fendu jusqu'aux oreilles, celle qui était titulaire de classe, avant de postuler pour le poste, se dit ravie de pouvoir enseigner à ces enfants, qui ne l'ont pas toujours eu facile. Il faut dire qu'elle avait déjà vécu l'expérience de cours de francisation, qu'elle donnait par petits groupes depuis trois ans.

Cette fois, le défi est de taille. D'abord, les écarts d'âge demandent une adaptation. Plusieurs élèves sont de la même famille. Et ils n'ont pas tous été scolarisés dans leur pays d'origine ou au camp de réfugiés.

Le grand Ayham, 12 ans, fait partie de ceux qui commencent à zéro. Il apprend comment fonctionne l'école autant qu'il intègre de la matière.

Le visuel, inestimable allié

Au moment du passage de La Voix de l'Est, mardi après-midi, les élèves levaient la main avec enthousiasme pour piger un fruit ou un légume de plastique. Comment ça s'appelle? Est-ce un fruit ou un légume? De quelle couleur est-il? Autant de questions pour s'initier aux mots de la langue de Molière.

Le visuel est primordial dans leur apprentissage. «Ça fonctionne beaucoup par images. J'ai tout le temps un visuel. On a aussi une méthode d'enseignement du français langue seconde, qui se fait par modélisation», révèle l'enseignante.

Cette méthode fonctionne beaucoup par démonstration. La prof peut montrer les outils à prendre, exécuter des mouvements pour faire comprendre qu'il faut couper la circulaire, classer les fruits et légumes et écrire leur nom, par exemple.

Ainsi, dans sa classe, on retrouve des pictogrammes, comme une assiette pour sonner l'heure du dîner, un sac à dos pour illustrer le moment où il faut faire son sac, ou encore un autobus pour le retour à la maison.

«Ça va quand même bien, ajoute Mme Proulx, qui investit beaucoup de son temps pour la réussite de ses jeunes. Ils sont capables de faire des demandes, comme pour aller à la toilette.»

La première journée n'a toutefois pas été facile. En réponse aux consignes, elle ne récoltait qu'un regard d'incompréhension. «Je savais en m'embarquant là-dedans que c'était un bon défi!»

Heureusement, l'interprète Soumaya St-Pierre était là pour l'aider à traduire de l'arabe au français et vice-versa. «Tranquillement, on veut estomper ce service-là parce qu'on veut que les élèves s'habituent à entendre et à s'essayer», confie la directrice par intérim de l'école de l'Assomption, Julie Guillemette.

Elle remarque que les enfants sont plus attentifs et disponibles lorsque l'interprète n'est pas là.

Intégration

Ces treize jeunes suivent un horaire. Ils arrivent à la même heure que les élèves au régulier, dînent à la même cafétéria, ont les mêmes récréations et retournent à la maison au même son de cloche. Ils ont des cours de musique et un peu plus de périodes d'éducation physique, mais se passent de cours d'anglais, puisqu'ils tentent déjà d'apprendre une autre langue.

Autant le personnel de l'école que les élèves ont fait preuve d'une grande ouverture.

«Il y a un système de parrainage. Chaque élève est parrainé par une classe, raconte avec fierté Mme Guillemette. Si l'élève est de niveau de cinquième année, il y a une classe de cinquième qui le parraine. Quand il y a des activités d'art plastique, de science ou d'éducation physique, la classe invite l'élève. On a un élève qui, aujourd'hui, va avec un groupe de maternelle pour faire un bricolage de Pâques. Chaque classe a fait une carte pour leur élève afin de leur souhaiter la bienvenue. Dans ces classes, il n'y a pas d'interprète. L'élève ne comprendra pas tout, mais au moins il va vivre l'expérience d'une classe régulière.»

L'intégration s'est faite tout naturellement dans les lieux communs. Comme les garçons performent bien au soccer, ils sont très populaires dans la cour d'école, évoque la directrice par intérim en riant. Ils ont même réussi à obtenir un véritable ballon de soccer grâce à Chantal Proulx, qu'ils adorent. Et ils ne s'en cachent pas!

Deux autres classes

Outre l'école de l'Assomption, l'école secondaire de la Haute-Ville possède aussi sa classe d'accueil avec cinq élèves du Congo et de la Syrie. Une autre classe du genre ouvrira à l'école primaire Ave Maria à la mi-avril pour les derniers enfants arrivés dans la vague syrienne.

«C'est la première fois qu'il y a une classe d'accueil à la commission scolaire du Val-des-Cerfs, souligne Julie Guillemette, directrice par intérim de l'école de l'Assomption. Habituellement, les nouveaux arrivants sont intégrés dans les classes régulières, selon leur âge. Ces élèves-là ont un programme de francisation.»

«Les deux objectifs principaux de la classe d'accueil sont l'apprentissage intensif du français et tout l'aspect socioaffectif, dépendamment de ce que les enfants ont vécu dans les derniers mois, ajoute le directeur des services éducatifs de la CSVDC, Carl Morissette. C'est une période de transition. L'année prochaine, si les enfants sont prêts, ce serait l'intégration en classe régulière.»

Avec l'arrivée rapide de dix familles syriennes nombreuses à Granby, le besoin s'est présenté. Le nombre d'enfants aurait compliqué leur intégration croit-il, alors que la structure de ces classes d'accueil fonctionne bien.

Les écoles primaires de l'Assomption, Ave Maria, St-Bernard et l'école secondaire de la Haute-Ville sont, dans la région, des écoles plurielles, c'est-à-dire qu'elles accueillent régulièrement des nouveaux arrivants.

«Selon les informations qu'on a, les deux classes d'accueil du primaire seront suffisantes pour les besoins qui nous ont été annoncés, conclut M. Morissette. Si jamais il y avait des besoins supplémentaires, on verra vers quelle école se diriger.» Il s'agit d'une mesure temporaire puisque les nouveaux arrivants, lors de la prochaine année scolaire, seront intégrés dans des classes régulières.

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