Le pied sur le frein

Guy Gosselin, de Taxi Granby, dénonce ce qu'il... (photo Julie Catudal)

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Guy Gosselin, de Taxi Granby, dénonce ce qu'il perçoit comme un laisser-aller de Québec. «Faut que ça bouge vite, tout le monde perd beaucoup là!»

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

Absent de la région, Uber fait tout de même fortement réagir l'industrie locale du taxi. La Voix de l'Est l'a constaté ce week-end, en questionnant quelques propriétaires sur la plus récente proposition du gouvernement pour régler la crise qui sévit actuellement à Montréal et à Québec.

Plus tôt la semaine dernière, le ministre des Transports Jacques Daoust a suggéré que le litige pourrait être amoindri si le gouvernement achetait des permis existants de taxis pour les revendre ou les louer aux chauffeurs d'Uber. À l'image du reste de leurs confrères, les chauffeurs de taxi interrogés sont loin de recevoir l'idée avec un enthousiasme débordant. Même que Germain Germain, un des propriétaires de Taxi DR à Granby, tourne l'éventualité en dérision.

«Ha! S'ils veulent le faire... D'après moi, Uber va s'en aller certain s'ils font ça!»

Plus sérieusement, l'homme d'affaires - dont l'entreprise compte quatre véhicules - ne croit pas que l'entreprise internationale acceptera de payer les permis à leur juste valeur. Par conséquent, il ne voit pas comment l'aventure pourrait être rentable pour le gouvernement et les contribuables. Une seule solution s'impose à ses yeux: le départ d'Uber.

«Il faut carrément qu'ils partent. Ils n'ont pas le choix.»

Situation décriée

Et il n'est pas le seul: même s'ils ne sont pas affectés directement par la concurrence qu'Uber offre aux taxis de Montréal et de Québec, l'ensemble des propriétaires contactés par La Voix de l'Est ce week-end en avait gros sur le coeur. Ils sont unanimes: cette compétition n'est pas saine à leurs yeux et Uber devrait être soumis aux mêmes règles contraignantes que celles qui leur sont imposées. De plus, ils ne semblent pas nécessairement enchantés par la solution avancée par le gouvernement.

«Qu'ils commencent par faire arrêter l'illégalité de ce Uber-là. Après, on regardera d'autres choses. Là, présentement, c'est que le gouvernement patine [...], affirme Guy Gosselin, de Taxi Granby. Il y a quelqu'un quelque part qui ne se grouille pas!»

M. Gosselin dénonce ce qu'il perçoit comme un laisser-aller de Québec. «Moi je ne vois rien de bon dans ça. [...] Faut que ça bouge vite, tout le monde perd beaucoup là!»

Ronald Bockus, propriétaire de Taxi Cowansville, se montre également exaspéré par la situation.

«Premièrement, ce n'est pas au gouvernement de racheter des permis pour les louer à Uber. C'est à Uber, ses chauffeurs, d'acheter un permis qui existe déjà de chauffeurs qui existent, comme ça se fait depuis des années. [...] Le gouvernement, il ne pense pas avant de réagir. Uber, quand ça a commencé, c'était complètement illégal en partant. Le premier mois, ils auraient dû tous être arrêtés, toute la gang. Et s'ils continuent [il faudrait] saisir leur véhicule. Toute la gang.»

«Un beau métier»

Propriétaire d'un taxi à Bromont et d'un autre à Québec, Ghislain Bergeron cumule trente ans de métier. L'homme derrière Taxi GB Bromont dénonce la situation actuelle avec la même fermeté que ses confrères, mais se montre plus nuancé face à l'approche du gouvernement vis-à-vis Uber.

«Ils peuvent fonctionner, mais qu'ils se mettent légal. Qu'ils achètent des permis du gouvernement», affirme-t-il, avant d'ajouter qu'il cherche lui-même à vendre son taxi dans la région. La situation semble avoir, quelque peu, raison de sa passion.

«C'est pour ça que je veux me retirer un peu du taxi. Je suis fatigué de toujours combattre, pis combattre, pis combattre. [...] Je trouve ça plate. C'est un très, très beau métier. Tu vois toute sorte de monde», raconte celui qui dit avoir transporté des monuments comme Jacques Parizeau ou Michel Louvain.

M. Bergeron dit avoir fait de belles rencontres, avoir beaucoup appris tout au long de sa carrière. Il a cependant du mal à vendre son taxi bromontois, puisque jusqu'à maintenant, des écueils liés à la réglementation de l'industrie sont toujours venus barrer la route des quelques intéressés qui se sont déjà manifestés. Il trouve d'ailleurs ridicule que ce soit le cas, alors que les chauffeurs d'Uber ne font pas face aux mêmes lois.

Dans la région?

Les propriétaires de taxi contactés par La Voix de l'Est en avaient long à raconter sur Uber et suivent de près la situation. Par exemple, Germain Germain raconte qu'à Montréal, «les gars sont révoltés ben dur dans les garages». Pour sa part,  Ghislain Bergeron rapporte qu'«à Québec, on en entend parler beaucoup».

Cependant, tous ne semblent pas considérer l'entreprise comme une menace directe. «D'après moi, [Uber] attaque juste les grosses villes qui ont un volume», illustre Ronald Bockus.

M. Germain n'est pas tout à fait d'accord et pense plutôt qu'un «taxi fantôme» pourrait, éventuellement, s'associer à Uber. Quant à lui, Guy Gosselin ne s'arrête pas à la nouvelle entreprise pour dénoncer la compétition.

Il en a notamment contre le service Amigo Express, un service de transport interurbain au Québec. De plus, il n'aime pas voir certaines personnes, qui commencent par faire du transport pour des organismes, s'en détacher pour ensuite transporter des clients en se faisant payer «en dessous de la table». La situation le frustre, d'autant plus qu'il trouve difficile d'intervenir.

«Quand tu essaies de les faire pogner par la commission des transports, c'est l'enfer. Il faut faire leur job!», se plaint-il.

D'après M. Gosselin, la situation n'est donc pas plus rose ici.

«À Granby, on n'a pas Uber, mais c'est comme Uber!», lance-t-il.

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