Dragueuse et fraudeuse !

Une femme de Farnham a engagé des figurants... (photosimulation La Voix de l'Est)

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Une femme de Farnham a engagé des figurants et contrefait des documents pour convaincre trois hommes d'habiter avec elle.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Une femme de Farnham a été condamnée à la prison pour avoir échafaudé un scénario visant à manipuler trois hommes rencontrés via internet.

À l'aide de faux documents, de fausses déclarations et de figurants déguisés en policiers ou faisant office d'avocat, Carine Leroux, 32 ans, a convaincu ses victimes qu'elles étaient accusées de crime de nature sexuelle, entre autres sur des mineures.

Les trois hommes, qu'elle avait connus brièvement entre 2010 et 2014 grâce à un site de rencontre, se voyaient ensuite imposer de fausses conditions de remise en liberté, dont la nécessité d'habiter avec l'accusée. Un montant de 1000$ a été extorqué dans un des cas.

«Le tribunal ne sait pas quel est le mobile», indique la juge de la Cour du Québec Julie Beauchesne dans sa sentence rendue lundi. «Cela restera son secret. Mais le tribunal croit qu'elle a agi froidement afin de prendre le contrôle sur des hommes qui n'avaient pas semblé intéressés par sa personne et pour forcer le troisième- individu à demeurer avec elle.»

Séquestration

Dans deux des trois dossiers, les plaignants ont pu compter sur l'aide d'un tiers qui a mis au jour la supercherie après quelques heures. La tromperie a duré beaucoup plus longtemps dans le troisième cas: l'homme a consenti à habiter avec Mme Leroux pendant plusieurs mois avant de se rendre compte qu'il se faisait manipuler.

Entre-temps, la «dragueuse fraudeuse» lui envoyait des courriels en se faisant notamment passer pour un avocat.

La juge Beauchesne a souligné le haut degré de préparation dont Carine Leroux, mère de deux enfants, a fait preuve pour que ses victimes restent sous son emprise. Après une première rencontre via le site Réseau contact, ils recevaient la visite de deux «enquêteurs» les informant qu'ils étaient soupçonnés d'agression sexuelle.

L'accusée faisait à son tour irruption à leur domicile, accompagnée d'une autre figurante qui incarnait cette fois-ci une avocate. De faux mandats d'arrestation - et dans certains cas, d'autres documents judiciaires contrefaits - ont été remis.

Les figurants embauchés obéissaient à un scénario détaillé de six pages et croyaient participer à un concours pouvant leur faire gagner un voyage. Aux (vrais) policiers, Mme Leroux a pour sa part affirmé qu'elle agissait pour répondre aux exigences d'une émission de télévision américaine.

Préméditation

Le tribunal mentionne «la grande préméditation, la minutie que l'accusée a prise pour préparer divers documents, pour obtenir une estampe "copie conforme" [NB: de la cour], des insignes de policiers, la création de cartes plastifiées pour de faux policiers, des scénarios fort élaborés et des centaines de courriels».

Elle a «effrontément emprunté, subtilisé et/ou forgé des documents provenant des institutions dont la crédibilité et le prestige sont à la base même de l'organisation de notre société», écrit la juge Beauchesne.

L'impact sur les victimes n'est pas à négliger. Tous ont paniqué et l'un d'eux a «vécu l'enfer pendant plusieurs semaines, au point où il a songé au suicide» et s'est dit «à bout de force».

Dix-sept chefs d'accusation ont été déposés contre Carine Leroux incluant ceux de fraude, séquestration, entrave ainsi qu'utilisation et fabrication de documents contrefaits. Deux anciens propriétaires l'accusaient en plus de ne pas avoir payé son loyer et une sixième plaignante lui reprochait d'avoir usurpé son identité. L'accusée a reconnu sa culpabilité.

Mensonges

Au moment de son arrestation, elle n'avait pas d'antécédent judiciaire et travaillait pour une agence d'artistes de Granby. Encore aujourd'hui, elle ne s'explique pas ses gestes, «mais comprend le mal qu'elle a pu faire aux victimes et regrette sincèrement», dit le jugement.

Le fait qu'elle était endettée expliquerait en partie son comportement, selon le tribunal. Elle a «peu de confiance personnelle», a souffert de dépression et les mensonges «faisaient partie intégrante de son mode de fonctionnement».

Une sentence dissuasive

Le tribunal a condamné Carine Leroux à deux ans de prison, une peine à laquelle 11 jours de détention déjà purgés doivent être retranchés. Fait inusité, il s'agit du double de ce que la Couronne demandait, soit un an de détention.

«Le contexte méritait que la juge rende cette sentence, a indiqué Me Geneviève Crépeau, du ministère public. C'est une sentence sévère et très dissuasive, mais qui reflète la gravité du crime.» Un risque de récidive existe toujours, selon la Couronne.

À la défense, Me Pascale Gauthier suggérait plutôt une peine de prison à domicile. Elle n'a pas rappelé La Voix de l'Est.

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