La vie après le 12 mars 2007

Pendant une heure, les élèves de l'école secondaire... (photo Janick Marois)

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Pendant une heure, les élèves de l'école secondaire J.-H.-Leclerc ont écouté avec attention le récit touchant de Jonathan Plante.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

La vie de Jonathan Plante a basculé le matin du 12 mars 2007, lorsqu'une chute sur un chantier de construction l'a laissé paraplégique. En toute simplicité, avec humour et émotion, l'homme qui était charpentier-menuisier a raconté son histoire à environ 150 élèves réunis à l'auditorium de l'école J.-H.-Leclerc de Granby, lundi après-midi.

Et pendant une heure, les jeunes ont été suspendus à ses lèvres: visiblement, ce verbomoteur qui porte son message de prévention depuis cinq ans sait comment établir le contact avec son auditoire. Tellement qu'après sa conférence, quelques élèves sont allés le rencontrer pour lui poser des questions ou lui faire des confidences très personnelles.

«Moi, je leur raconte mon histoire comme j'aurais aimé me la faire raconter. Souvent, on va être exigeants envers les jeunes [...]. On ne peut pas demander à un jeune de 16 ans d'avoir la même maturité et la même vision des choses qu'un adulte qui a 45 ans et qui a du bagage... Je me dis qu'en leur parlant simplement, dans un langage qu'ils comprennent, en ne les prenant pas de haut, le message peut juste mieux passer. Je n'ai pas la prétention de dire que je vais chercher tout le monde, loin de là, mais il y a une bonne connexion qui se fait avec les jeunes. Et moi, je les trouve allumés», raconte M. Plante.

«Prenez le temps»

Son message est clair: Jonathan Plante commence et termine sa conférence en invitant les élèves à prendre trois secondes avant de poser un geste qui pourrait les exposer à des risques au travail. Trois secondes pour penser à leur passion, aux proches qui les entourent. Trois secondes pour se demander si ça vaut vraiment la peine de prendre «un raccourci». Dans son cas, le conférencier reconnaît avoir perdu beaucoup plus que les 10 minutes qu'il tentait d'économiser le matin fatidique du 12 mars 2007.

«Souvent, ils se regardent le nombril, ils sont prêts à les prendre, les risques, affirme l'homme aujourd'hui paraplégique. Ils se disent: "Au pire je vais me casser un bras, mais je vais être cool, mes chums vont signer dessus [le plâtre]". Des fois, ils vont penser comme ça. Je pensais de même et ça ne change pas avec le temps. Mais c'est quand tu vas toucher à des choses importantes, les choses qui nous tiennent à coeur, même quand on est jeunes... Quand tu vas parler de ça: oups, ils reviennent en arrière [et comprennent qu'ils ont déjà pris des risques]».

Le conférencier a donc imploré les élèves de ne pas être égoïstes, parce que les conséquences d'un accident ne touchent pas que leur propre personne. Il a notamment parlé - avec beaucoup d'émotion - de sa copine, qui a vu elle aussi sa vie être complètement bouleversée et qui a tout de même traversé la rude épreuve à ses côtés. C'est d'ailleurs une des raisons qui font dire à Jonathan Plante qu'il a été chanceux malgré tout.

Et parlant de la chance, celui qui estime avoir été un «petit cowboy» avant son accident a également confié aux élèves qu'il refusait de voir qu'il jouait constamment avec la sienne. Il entretenait une théorie pour expliquer les accidents des autres et reconnaît aujourd'hui que sa perception de la réalité aura été, en fin de compte, «son pire outil».

Sans filtre

C'est sans doute pour aider les jeunes à avoir une meilleure perception de la réalité que Jonathan Plante est allé là où peu sont prêts à aller. Il a raconté sa vie avant et après le 12 mars 2007 sans filtre, révélant même certains détails très intimes qui n'ont pas manqué de faire réagir les élèves. Avec beaucoup de candeur, il a expliqué pourquoi il ne peut plus aller aux toilettes normalement et a avoué que sa vie sexuelle ne sera plus jamais la même.

Par contre, Jonathan Plante a aussi abordé les aspects positifs de sa vie. Estimant être chanceux d'avoir un bel entourage, l'homme de 35 ans continue de faire du sport, a étudié en administration et est aujourd'hui père de deux enfants.

«Je ne veux surtout pas que ce soit une histoire comme un film dramatique qu'on va voir. Moi, je veux que ce soit à mon image, c'est-à-dire: je suis de bonne humeur, je suis heureux, j'ai tout ce qu'il me faut. Je tiens à le leur dire, pour ne pas qu'ils partent en pensant que ma vie c'est un enfer, parce qu'ils ne partiraient pas avec la bonne réflexion», croit M. Plante, qui donne 150 conférences - aussi destinées aux entreprises - partout au Québec chaque année.

Initiatives récompensées

La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a profité de l'occasion pour remettre un chèque de 1300 $ partagé entre cinq projets de l'école secondaire J.-H.-Leclerc. L'enseignant Simon Brasseur, responsable de l'activité «La prévention en atelier», bénéficie notamment de 300 $ afin de poursuivre le travail d'éducation qu'il a entrepris il y a trois ans. À ses yeux, la sécurité est prioritaire.

«Ils sont souvent très énervés de venir en atelier "techno" et quand on les met devant des situations qui peuvent arriver - des doigts coupés, des choses comme ça - ils ont tendance à se calmer un petit peu», explique M. Brasseur.

En région, la CNESST a remis 20 000 $ à 41 écoles pour soutenir 120 projets. Selon l'organisme, il est survenu 4353 accidents de travail en 2014 sur le territoire couvert par la direction régionale de la Yamaska, dont 557 impliquant des jeunes de moins de 24 ans.

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