Cimetières de Sutton: un travail de moine au nom du patrimoine

Le cimetière Strong, inactif depuis de nombreuses années,... (fournie par Héritage Sutton)

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Le cimetière Strong, inactif depuis de nombreuses années, est l'un des 16 sites de sépulture situés sur le territoire de Sutton.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

(Sutton) Riche d'une histoire typique des Cantons-de-l'Est, Sutton compte pas moins de 16 cimetières - la plupart de confession protestante - sur son territoire. En 2011, la Ville a demandé à la société d'histoire Héritage Sutton de dresser un inventaire des sites de sépulture sur son territoire et c'est alors qu'un véritable travail de moine a été entrepris afin d'enregistrer chacun des détails que ces lieux avaient à offrir.

Au cours des cinq dernières années, l'équipe menée par le bio-archéologue Robert Larocque a recensé 730 monuments funéraires. Retranscrit une quantité importante d'épitaphes. Pris 1700 photos. Retracé l'historique des familles derrière les sites. Et même fait du débroussaillage dans certains cas. C'est que l'état des cimetières varie grandement, en fonction de l'implication des propriétaires... ou du respect qu'ils vouent aux ancêtres qui s'y reposent. Ainsi, non seulement la présentation de plus deux heures a attiré une centaine de curieux, mais elle les aura également fait, parfois, vivement réagir. Jeanne Morazain, présidente d'Héritage Sutton, espère que l'activité a semé dans l'esprit de certains le désir de mieux traiter ces sites et que le travail accompli servira de legs aux générations futures.

«On veut que ce patrimoine et ses particularités soient mis en valeur, ça, c'est certain. Et que ça éveille une conscience de les protéger», affirme Mme Morazain. Au cours de la présentation, quelques participants ont manifesté le souhait d'entreprendre des démarches pour assurer la conservation des cimetières de l'endroit.

Des sites négligés... ou carrément disparus

Certains cimetières ont eu la vie difficile. Les propriétaires sont parfois négligents, comme c'est le cas au cimetière Morse du chemin Perkins, où la végétation a repris ses droits. En fait, le propriétaire refuse, depuis la fin des années 1990, que la Ville entretienne son terrain. Après l'avoir convaincu de débroussailler le site, l'équipe de Robert Larocque y a trouvé des pierres tombales presque toutes brisées.

«Nous sommes arrivés trop tard!», s'est désolé le bio-archéologue au cours de la présentation.

C'est cependant le cas du Vieux Saint-André qui a carrément soulevé l'ire de certains participants. Selon les registres, le cimetière catholique compte 740 inhumations, mais l'équipe n'y a trouvé que 144 pierres tombales. M. Larocque raconte qu'à une époque, un curé avait décidé de faire un «ménage». Des citoyens auraient trouvé des pierres tombales en creusant pour faire les fondations de maisons.

«Des pierres ont servi à faire du remplissage», dénonce-t-il.

Et la situation n'a pas évolué pour le mieux puisque la fabrique, responsable du cimetière, a décidé de faire du cimetière un parc-jardin. Le site a été travaillé pour en permettre le drainage et les pierres tombales ont été déplacées au gré des travaux, sans tenir compte des défunts sous terre.

«Ça ne veut plus rien dire aujourd'hui», tranche le bio-archéologue.

De plus, certains sites n'existent que sur papier, comme le cimetière Stowe à Glen Sutton. Les recherches n'ont pas permis d'en retrouver la trace, même si des documents et certaines personnes indiquent qu'il a déjà existé.

À l'opposé, certains sites offrent des scènes à couper le souffle. C'est le cas du méconnu cimetière Pettes-Aseltine, sur le chemin Élie, isolé par des arbres qui lui confèrent une allure mystique. Au cimetière Westover, sur le chemin du mont Écho, les pierres tombales sont toujours en excellent état malgré leur âge avancé. Quant à lui, le cimetière South Sweet du chemin Draper offre une vue imprenable sur les montagnes, en plus d'être bien entretenu par la famille Draper.

Unique au Québec

Quoi qu'il en soit, jamais, dans la province, un travail si méticuleux n'avait été entrepris. Et Sutton s'y prêtait à merveille en raison des croyances religieuses qui caractérisent les Cantons-de-l'Est.

«Dans les régions qui ont été colonisées par des catholiques, l'église est toujours à côté du cimetière et ça s'arrête là. Tandis que dans les cantons, la pratique protestante n'exigeait pas qu'on enterre dans un terrain sacré ou consacré. Comme toutes les fermes étaient isolées, on enterrait à proximité d'où on était. Et c'est vraiment particulier aux Cantons-de-l'Est de trouver, ainsi, au détour des chemins, toutes sortes de cimetières et de pierres tombales», explique Jeanne Morazin.

Tout cet important travail effectué devrait contribuer à bonifier l'offre touristique de l'endroit.

«La Ville prépare des circuits, les cimetières sont inclus. Toute l'information sert à documenter ce qui va être proposé aux gens qui vont faire du tourisme dans la région», se réjouit la présidente d'Héritage Sutton.

La documentation concernant les cimetières de Sutton est disponible via Héritage Sutton, ou sur le site de la Ville de Sutton, où figure le rapport Le patrimoine funéraire: reflet de l'histoire des gens de Sutton - phase 1. La phase 2 sera bientôt publiée.

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