Subir les dommages collatéraux

Suzanne Boutin a subi les contrecoups des faillites... (photo Janick Marois)

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Suzanne Boutin a subi les contrecoups des faillites de deux de ses locataires.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Il n'y a pas que les grandes institutions financières qui encaissent les contrecoups des faillites personnelles. Plusieurs petits créanciers écopent aussi. C'est le cas de Suzanne Boutin, propriétaire d'un immeuble à logements à Granby. Au cours des dernières années, elle a subi les répercussions de la banqueroute de locataires, deux fois plutôt qu'une.

Suzanne Boutin est le genre de femme à son affaire. Pas question de demi-mesure quand vient le temps de choisir un locataire. Mais voilà, il y a quelques années, elle a accepté de louer un de ses logements à l'amie d'une de ses connaissances. Une décision qu'elle allait payer cher par la suite.

«La première année, aucun problème. La femme me payait bien. Et j'étais en confiance parce qu'elle travaillait au même endroit depuis un bout. L'année suivante, ça a changé du tout au tout», se souvient-elle.

Les mois de loyer s'accumulaient, mais l'argent rentrait au compte-gouttes. «Elle trouvait toujours une bonne raison pour ne pas me payer. Le plus frustrant, c'est que je voyais des meubles neufs entrer dans son logement, un nouvel ordinateur. Elle a même eu le culot de partir en voyage pour le mariage de sa fille. C'était trop!», lance-t-elle.

Un jour, l'accumulation de dettes a fini par rattraper la locataire... et du coup sa propriétaire. «Quand j'ai reçu la lettre qui disait qu'elle faisait une faillite de 17 000 $, j'étais tellement en colère. Surtout que c'était la deuxième fois qu'un locataire faisait faillite en moins de 10 ans. Je savais bien que je ne reverrais jamais les 1420 $ qu'elle me devait. Comme propriétaire, on est vraiment au bas de la liste des créanciers», déplore-t-elle.

«Le pire, c'est que j'ai vu la fille faire de l'argent "sous la table" plusieurs fois après sa faillite. Le genre de personne qui utilise le système. Des mauvaises expériences comme celles que j'ai vécues, c'est évident que ça me rend plus méfiante envers les futurs locataires. Il faudrait que les gens soient plus responsables de leurs finances. Mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier», philosophe-t-elle.

Gouffre financier «Un cauchemar au quotidien»

Une «spirale infernale». C'est ainsi que Josée (nom fictif), une jeune mère de famille, décrit les émotions en montagnes russes que lui a fait vivre le gouffre financier dans lequel elle s'est enfoncée pendant des années. Selon elle, la faillite était sa seule bouée de sauvetage. Elle l'a saisie.

La lente «descente aux enfers» de Josée a commencé il y a 11 ans. Malgré un avenir qui semblait prometteur, les embûches se sont succédé, venant assombrir le tableau.

«J'étais en relation avec un conjoint qui ne gardait pas ses emplois. Ensuite s'est ajouté l'achat d'une maison durant les premières années. Il y a eu deux congés de maternité parmi tout ça. Mais la grosse lacune, c'est que j'ai laissé les cordons des finances à mon conjoint. Une erreur qui m'a amené au plus bas», raconte la travailleuse sociale.

Au fil des ans, la situation financière du couple s'est envenimée. «Je croyais sincèrement qu'on allait s'en sortir. En fait, je ne savais pas que c'était si pire. On a fait une première consolidation de dettes, mais sans gestion rigoureuse, les problèmes d'argent sont vite réapparus. Il y avait quelque chose qui clochait, mais je ne voulais pas l'admettre», se remémore-t-elle.

En juillet dernier, après des mois d'incertitude, Josée a tiré la sonnette d'alarme. «Les cartes de crédit étaient au maximum. Achetez maintenant, payez dans deux ans, ça te rattrape un jour. Les dettes sortaient de partout. Je ne voyais plus la lumière au bout du tunnel. Quand l'argent prend le contrôle de ton existence, tu vis un cauchemar au quotidien. Chaque petit problème prend des proportions énormes. Ça a miné notre couple. La séparation était inévitable. Je savais que je me dirigeais vers la faillite.»

Second souffle

Après le fracas de la banqueroute, la poussière est retombée. La mère de deux enfants rebâtit tranquillement sa confiance en elle-même. Mais une chose est certaine, assure-t-elle, plus jamais elle ne vivra dans la honte.

«Dire à ta famille que tu vas faire faillite, c'est loin d'être facile. Pourtant, personne ne m'a jugée. Je me suis sentie coupable durant tellement d'années. Coupable de ne pas avoir regardé davantage le côté financier. C'est un aveu d'échec et je dois passer par-dessus.»

La faillite de Josée lui a tout de même ouvert les yeux. «C'est mon réseau qui m'a amené à consulter à l'ACEF (Association coopérative d'économie familiale) à Granby. C'est la meilleure décision que je pouvais prendre!», lance-t-elle.

Bien épaulée par des spécialistes, elle a repris ses finances en main. «Malgré ce que plusieurs personnes pensent, je ne vois pas la faillite comme une façon de contourner le système. C'est important de le faire pour les bonnes raisons. Je me serais attendu à me faire courir après par les créanciers. Mais ce n'est pas le cas. Pour moi, c'est un nouveau départ.»

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