• La Voix de l'Est > 
  • Actualités 
  • > Hausse du coût du panier d'épicerie: les Centres de la petite enfance frappés de plein fouet 

Hausse du coût du panier d'épicerie: les Centres de la petite enfance frappés de plein fouet

Marie-Lise Dubuc parvient à bien nourrir les 55 enfants... (Photo Janick Marois)

Agrandir

Marie-Lise Dubuc parvient à bien nourrir les 55 enfants qui fréquentent le CPE L'Amus'Ailes.

Photo Janick Marois

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Déjà aux prises avec des compressions qui compromettent leur fonctionnement, les Centres de la petite enfance (CPE) doivent également composer avec la hausse du coût du panier d'épicerie. Malgré tout, plusieurs établissements de la région tirent leur épingle du jeu, moyennant parfois certaines acrobaties culinaires.

Avec une augmentation prévue de 2 à 4%, la hausse du coût du panier d'épicerie devrait dépasser le taux d'inflation cette année. Le professeur de l'Institut de l'alimentation de l'Université de Guelph, Sylvain Charlebois, rappelait récemment que le prix de certains fruits et légumes a parfois augmenté de 15 à 20% en l'espace de quelques semaines; celui du boeuf a crû de 30% en deux ans, alors que le coût du porc a grimpé de 20 à 25% pendant la même période.

La flambée du prix des denrées alimentaires occasionnera une dépense supplémentaire moyenne de 345 $ par famille canadienne en 2016, une hausse encore plus marquée au Québec où elle sera de 370 $. Ces hausses affectent tout autant les garderies et les CPE, qui nourrissent chaque jour des dizaines, voire des centaines d'enfants.

La débrouillardise au menu

«La hausse des prix a été assez graduelle, mais j'avoue que cet hiver, c'est très drastique», reconnaît Joanie Corbeil, cuisinière au CPE Bambin Club, à Ange-Gardien. Celui-ci dispose d'un budget annuel de 42 000 $ pour nourrir 80 enfants.

Une enveloppe jamais épuisée, même si celle-ci est demeurée stable malgré l'augmentation du coût des aliments, au dire de Mme Corbeil. «On s'en tire très bien», confie-t-elle.

Même son de cloche à Saint-Paul-d'Abbotsford où, même si le budget est demeuré sensiblement le même depuis quelques années, Marie-Lise Dubuc parvient à bien nourrir les 55 enfants qui fréquentent le CPE L'Amus'Ailes.

«J'adapte les recettes. Par exemple, je devais servir de la lasagne avec du fromage cottage. Si le fromage cottage est trop cher, eh bien on n'en met pas, et le repas n'est pas moins nourrissant. On compense en offrant des collations plus soutenantes, comme des muffins au tofu. Et je me garde une marge de manoeuvre, alors je ne suis jamais mal prise.»

Pour faire ses frais, Mme Dubuc prépare également la plupart de ses ingrédients elle-même, comme les vinaigrettes et la mayonnaise. «J'achète seulement les condiments et les craquelins dans les produits préparés», précise-t-elle.

Au CPE Chez nous, à Shefford, le nombre d'heures de travail en cuisine avait été diminué lors de précédentes compressions. Pour limiter les conséquences de la hausse du coût des aliments, on coupe aussi dans les «extras», afin de maximiser le budget alloué de 4 $ par enfant par jour.

Retrait d'aliments biologiques et locaux

La situation est un peu plus dramatique au CPE Buissonnière de Waterloo où, pas plus tard que la semaine dernière, on a dû retirer des aliments biologiques et locaux des menus, et ce, même si cela fait partie intégrante de la politique de l'établissement, qui offrait du lait de soya aux enfants en plus de fabriquer son propre pain naturel, ses pâtes alimentaires et ses pâtes à pizza, entre autres.

«Au niveau de la facture, les produits bio ont vraiment augmenté: quand tu es rendu à payer presque 5 $ pour un céleri... Pour nous permettre d'arriver avec les compressions et le coût de l'épicerie, notre identité propre au CPE a été atteinte. On coupe dans l'os et ça fait mal, confie la directrice Marie-Pier Hébert. Pour nous, c'est une grosse étape de deuil.»

Moins de viande

Actuellement, le menu du CPE Chez nous est à moitié végétérarien, une proportion qui pourrait changer si la facture d'épicerie continue d'augmenter. On ne sert d'ailleurs plus de boeuf au CPE L'Amus'Ailes, où on privilégie le poulet, les lentilles et les légumineuses.

Une option qui n'est pas envisagée partout, cependant. «Les gens déplorent que le boeuf a beaucoup augmenté. Mais il n'y a pas que ça comme viande! Les enfants vont en manger une fois par semaine, comme ils vont manger du poulet, du porc, des oeufs et du poisson. Le menu n'est pas obligé d'être végétarien pour être économique», allègue pour sa part la cuisinière du Bambin Club.

Cela dit, les allergies alimentaires de certains enfants viennent parfois compliquer la donne. «On ne sert aucune moutarde, et j'ai deux allergies aux oeufs, donc ça nous enlève une option», relate Mme Dubuc.

Joanie Corbeil, du CPE Bambin Club, se rabat... (Photo Alain Dion) - image 2.0

Agrandir

Joanie Corbeil, du CPE Bambin Club, se rabat sur les légumes dits ancestraux quand les autres végétaux sont plus chers. 

Photo Alain Dion

Acrobaties culinaires et flexibilité des menus

Le fait de ne pas offrir de menus cycliques aide à contrer la hausse du prix des aliments, estime Mme Corbeil.

«Ça nous donne une liberté et une facilité dans la planification des repas, élabore-t-elle. Si j'ai un menu fixe dans lequel je dois offrir du brocoli, je vais devoir en offrir peu importe son prix, alors que sans menu cyclique, on se dirige vers ce qui est en spécial, et ça ne change rien pour les enfants. Je prépare le menu de la semaine suivante le vendredi, en fonction de ce que j'aurai.»

Ailleurs, la fréquence des menus a aussi été revue pour se donner plus de flexibilité. «On est passés de menus de six semaines à des menus de quatre semaines, comme ça, on peut acheter des aliments en plus grande quantité et les réutiliser sur une période plus courte», explique Julie Leroux, directrice générale par intérim du CPE Chez nous.

La chasse aux rabais

En outre, il faut maintenant faire preuve de stratégie pour tirer profit des rabais en épicerie, histoire d'en avoir le plus pour son argent. «Avant, on avait le choix d'une plus grande variété dans la viande et les légumes. Maintenant, on choisit en fonction des spéciaux. J'ai même une cuisinière qui arrête à l'épicerie après le travail pour acheter les spéciaux!», lance Mme Leroux.

La cuisinière du CPE Buissonnière faisait elle aussi les courses à plusieurs endroits. «Mais c'est du temps qu'il faut prendre qu'on n'a pas pour préparer les repas. Ça n'avait plus d'allure!», lance Mme Hébert.

Substituer pour économiser

Mme Corbeil se rabat aussi sur les légumes dits ancestraux quand les autres végétaux sont plus chers. «Leur prix n'a pas bougé. Alors on cuisine des carottes, des pommes de terre, des navets, des panais. Pour le reste, on l'achète quand il est en spécial. Alors, ça se peut qu'on serve du brocoli une semaine, et du chou-fleur la semaine suivante, s'il y en a un vraiment plus cher que l'autre», explique-t-elle.

À L'Amus'Ailes, les fruits et légumes frais peuvent être remplacés par des produits congelés. Les yogourts sont maintenant achetés dans de plus grands formats, même si le choix de saveurs y est plus limité.

Toute cette gymnastique alimentaire requiert aussi sa part de temps et de planification, rappellent-elles. «Ça demande plus d'organisation, [car] il faut quand même fournir un lunch et deux collations qui répondent aux exigences du Guide alimentaire canadien», explique Julie Leroux.

Pour plusieurs cuisinières, nul choix alors de planifier les menus en dehors des heures de travail. «J'ai un horaire de six heures et demie par jour: je dois préparer mes repas, en plus de m'occuper de l'entretien de la cuisine, des réfrigérateurs et du reste, énumère Mme Dubuc. Si on m'en demande plus, je n'aurai pas le temps. Pas question que je paie pour venir travailler!»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer