Inuits: la protectrice du citoyen dénonce les conditions de détention

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Pour mener à bien son enquête, l'équipe de Mme Saint-Germain s'est rendue en 2015 dans trois villages inuits qui sont sous la gouverne de l'administration régionale Kativik: Puvirnituk, Akulivik et Kuujjuaq.

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

Les conditions de détention réservées aux Inuits sont carrément inhumaines, conclut la protectrice du citoyen dans un rapport dévastateur pour le système carcéral québécois.

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Les conditions de détention réservées aux Inuits sont carrément inhumaines, conclut la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dans un rapport dévastateur pour le système carcéral québécois.

La Presse Canadienne

La situation paraît digne d'un pays du tiers-monde, selon Raymonde Saint-Germain.

Les règles élémentaires de propreté et d'hygiène sont systématiquement bafouées: installations sanitaires inutilisables, odeurs nauséabondes, literie souillée, malpropreté extrême des cellules trop souvent surpeuplées, promiscuité forcée, les Inuits du Nunavik se retrouvent incarcérés dans des postes de police insalubres et vétustes.

Certains n'ont même pas droit à une table et une chaise pour leur repas, qui doivent être pris à même le sol. D'autres n'ont pas accès à une douche. Des caméras sont dirigées vers les toilettes, éliminant toute forme d'intimité.

Des détenus demeurent enfermés 24 heures sur 24 et dorment sur des matelas, souvent déchirés, déposés directement sur le sol, avec pour seule couverture leur manteau.

La situation est grave, au point où la protectrice conclut que le Québec oblige ses prévenus et détenus d'origine inuite à purger leur peine dans des conditions d'incarcération qui ne respectent pas les règles internationales, et encore moins les chartes des droits, les lois et règlements.

Traités comme des citoyens de deuxième ordre, les Inuits ont pourtant les mêmes droits que les autres citoyens du Québec, rappelle Mme Saint-Germain, en exhortant le gouvernement à intervenir de toute urgence.

«Le tiers-monde, c'est pas si loin», a résumé la protectrice en conférence de presse, estimant que l'indifférence du gouvernement, la banalisation du problème et le laxisme avaient trop duré.

Elle revendique des correctifs immédiats aux situations les plus criantes, comme la désinfection des cellules, et l'adoption d'ici le printemps d'un véritable plan d'action. «Les solutions sont connues, il faut les mettre en oeuvre», a-t-elle commenté.

Coiteux évasif

Cependant, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, ne semble pas partager ce sentiment d'urgence. Pressé de questions par les journalistes qui cherchaient à savoir ce qu'il entendait faire, il est demeuré évasif et n'a mentionné aucune action à court terme.

«La problématique a des racines profondes», a-t-il indiqué lors d'une brève mêlée de presse, se disant «préoccupé» par la situation et préférant adopter une approche grand angle.

À titre d'ombudsman correctionnel du Québec, le Protecteur du citoyen a mené une enquête spéciale sur les conditions de détention, l'administration de la justice et la prévention de la criminalité au Nunavik, territoire québécois situé au nord du 55e parallèle. Son rapport d'une centaine de pages, incluant une trentaine de recommandations, a été déposé à l'Assemblée nationale jeudi.

Pour mener à bien son enquête, l'équipe de Mme Saint-Germain s'est rendue en 2015 dans trois villages inuits qui sont sous la gouverne de l'administration régionale Kativik: Puvirnituk, Akulivik et Kuujjuaq.

Son enquête lui a permis de constater des atteintes graves aux droits des détenus, particulièrement à Puvirnituk, où les cellules du poste de police, desquelles émanait une odeur fétide, étaient «d'une extrême saleté», maculées de traces de sang, d'excréments «et d'autres liquides corporels».

Le seul fait de vouloir se laver est considéré comme un luxe inaccessible. «Parmi les personnes incarcérées interrogées, certaines ont affirmé ne pas avoir pu prendre une douche depuis six jours et qu'aucun produit d'hygiène ne leur a été offert pour se laver», peut-on lire dans le rapport.

Toujours au poste de police de Puvirnituk, il n'y a qu'un seul réfrigérateur où se côtoient, pêle-mêle, les lunchs du personnel, les repas des détenus et les trousses médicales utilisées en preuve dans les cas d'agressions sexuelles.

La plupart des Inuits ne parlent pas français, d'autres ne parlent pas anglais, ce qui ne facilite pas la défense de leurs droits. De plus, ils sont surreprésentés dans les centres de détention, un phénomène qui ne cesse de s'accentuer et qui contribue à empirer la situation.

«Il faut travailler en amont, en prévention», a convenu le ministre Coiteux.

Pas d'établissement carcéral

En fait, le problème est bien plus vaste, selon la protectrice. Et la solution viendra avec «la prise en charge des problèmes qui sont à l'origine des actes criminels», qu'on pense à divers enjeux sociaux, comme les problèmes de dépendance aux drogues et à l'alcool ou la violence conjugale.

Il n'y a aucun établissement carcéral au Nunavik, et la justice est rendue par l'intermédiaire de la Cour itinérante. Les prévenus se retrouvent momentanément dans un poste de police dans le nord, et finissent par aboutir très loin de chez eux, à Amos, en Abitibi. La protectrice recommande de créer un pont aérien entre le Nunavik et Amos, pour éviter les nombreuses et longues escales.

«C'est le goulag!», a commenté le député caquiste Simon Jolin-Barrette après avoir pris connaissance du rapport. Il a dit souhaiter entendre les principaux intervenants en commission parlementaire afin de trouver des solutions

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