Trouble de stress post-traumatique : Jenny Migneault toujours en mission

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Même si le trouble de stress post-traumatique a eu raison de son couple, Jenny Migneault veut continuer à mener le combat.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

(Granby) Jenny Migneault n'a pas l'intention d'agiter le drapeau blanc. Même si le trouble de stress post-traumatique qui afflige son conjoint - un ancien combattant des Forces armées canadiennes - aura eu raison de son couple, la Farnhamienne continuera à mener son combat pour mieux faire connaître ce mal profond et l'ampleur des dommages qu'il cause.

Cette blogueuse et militante s'en met beaucoup sur les épaules. Elle exige un meilleur support de la part des autorités gouvernementales pour les victimes et leurs proches; elle veut changer la perception qu'ont les Québécois du trouble de stress post-traumatique; et elle veut aider les familles de militaires qui souffrent.

Depuis qu'elle a talonné l'ex-ministre des Anciens Combattants Julian Fantino, en mai 2014 à Ottawa, Jenny Migneault multiplie les démarches. Le trouble de stress post-traumatique dont souffre son ex-conjoint l'a affecté si lourdement qu'aujourd'hui, elle n'est pas en mesure de travailler. Elle s'est occupée de lui 24 heures sur 24 pendant huit ans, souffrant au passage d'épisodes de dépression. «Je ne comprenais pas ce qu'il vivait, je n'étais pas outillée, je n'étais pas éduquée», explique Jenny Migneault.

Aujourd'hui, elle dit savoir que celui qui aura été son époux est également un homme blessé, de même qu'un homme qui est imprégné d'une puissante culture militaire - au point où elle parle «d'uniforme invisible». «Moi, je la fais maintenant la différence. Je suis capable d'intervenir parce que j'ai fait la part des choses. Je comprends que je suis soit son épouse, soit une aidante naturelle», précise-t-elle.

Profiter du momentum

Avec l'élection récente du gouvernement de Justin Trudeau, Jenny Migneault voit l'opportunité de faire avancer ses dossiers. Le 22 janvier dernier, elle a rencontré le nouveau ministre des Anciens Combattants, Kent Hehr, et prévoit une autre rencontre avec des membres de son équipe la semaine prochaine. Elle espère également obtenir un entretien avec le ministre de la Défense nationale, Singh Sajjan.

Jenny Migneault dénonce vertement les mesures actuelles, de même que la bureaucratie qui rend difficile l'obtention d'aide. La militante prend donc tous les moyens à sa disposition pour rencontrer des politiciens et des hauts gradés. Elle veut obtenir - que ce soit d'Ottawa ou de Québec - un meilleur soutien non seulement pour les anciens combattants, mais aussi pour leur entourage.

Lorsqu'on lui indique que le dossier militaire est de juridiction fédérale, elle répond que les soins de santés sont de juridiction provinciale. D'après Jenny Migneault, la sévérité du trouble de stress post-traumatique et l'imcompréhension qui lui est rattachée chez les professionnels de la santé occasionnent de multiples consultations dans le système public québécois. Elle prétend que de bons programmes - autant à Ottawa qu'à Québec - pourraient, en plus d'aider, s'avérer avantageux pour le Trésor de la province.

Le vrai défi est au Québec

Le discours québécois ne serait pas le même à l'endroit du trouble de stress post-traumatique chez les militaires. «"Parle-moi de ta souffrance et comment c'est difficile de vivre avec le syndrome post-traumatique. Ça ressemble à quoi ses cauchemars et ça ressemble à quoi ta vie?". En anglais, c'est: "Quelle est ta position politique? Il y a des mesures qui sont annoncées, Jenny. T'en dis quoi, t'en penses quoi?" J'ai vraiment une voix qui est politique en anglais, j'ai une voix de larmes en français et là j'essaie d'arrimer un peu plus tout ça [...]. La pe-peine et la difficulté autour du SPT, elle est censée être comprise en haut», résume -t-elle. C'est aussi pour cette raison qu'elle préfère se faire appeler Jenny, même si son prénom est Jenifer. Elle aimerait pouvoir avoir le même discours dans les deux langues.

Pour y arriver, elle aura besoin d'un changement dans la culture militaire de la province, moins ancrée ici qu'ailleurs au Canada. Et souhaite également un climat assaini à la base de Valcartier, car elle prétend que les problèmes humains sont plus sévèrement jugés et que la stabilité du personnel rend difficile la possibilité de «passer sous le radar». À ce sujet, Mme Migneault fonde certains espoirs sur sa rencontre prochaine avec le général Lafaut, un haut gradé au Québec.

Sensibiliser les autres

Si Jenny Migneault s'y connaît tant en matière de trouble de stress post-traumatique, c'est qu'elle reçoit beaucoup de confidences de personnes touchées. Elle veut continuer de les entendre pour les aider à identifier le trouble, mais veut également les rencontrer pour les mobiliser. Le 21 février, elle organise une rencontre à Valcartier pour les membres des familles des anciens combattants afin de faire le point sur la situation.

«Oui! Pour sensibiliser, mobiliser, rassembler. Voir de quelle façon est-ce qu'on peut s'organiser. Moi, je dis tout le temps que nous, on a fait la Révolution tranquille. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas changer le ministère des Anciens Combattants à partir du Québec. Parce qu'il y a le bassin, il y a une colère. Je pense que cette colère est saine et qu'elle peut être très efficace», conclut-elle.

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