Sirop d'érable: une production hâtive grâce au temps doux

Pierre Cormier, copropriétaire de l'Érablière Le Murmure du... (photo Julie Catudal)

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Pierre Cormier, copropriétaire de l'Érablière Le Murmure du printemps à Dunham, pose fièrement avec le produit de sa première coulée.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

La production de sirop d'érable est à l'image de l'hiver pour le moins particulier que traverse le Québec. La saison extraordinairement douce a permis à certains acériculteurs de récolter une première coulée au cours des derniers jours.

Pierre Cormier, copropriétaire de l'Érablière Le Murmure du printemps à Dunham, a déjà produit près de 700 gallons de sirop la semaine dernière. «Jeudi, on a fait une très bonne journée. Ça coulait beaucoup!», raconte-t-il.

Pour l'entreprise de 23 000 entailles, cette période-ci de l'année est cruciale puisque c'est elle qui permet de produire le plus de sirop au total. «C'est là que je vais chercher ma bonne production. En mars, c'est plus dur», relate M. Cormier.

C'est pourquoi il a pour objectif annuel d'avoir entaillé 100 % de ses érables avant le 5 février, année après année. «Je n'ai pas le temps de me bercer en janvier!»

L'acériculteur, qui compte une vingtaine d'années d'expérience, ajoute avoir déjà produit du sirop vers le 19 janvier par le passé. Il se garde cependant de s'emballer. «Je ne veux pas faire mon prétentieux. Je suis à Dunham, j'ai une érablière chaude», dit-il en expliquant que celle-ci fait face au sud et profite ainsi davantage du soleil. Un de ses voisins aurait même commencé à produire à la mi-janvier cette année.

Partout pareil?

D'autres, moins habitués aux coulées de janvier, ont aussi commencé à profiter de la douceur de l'hiver.

«Je pense bien que c'est plus hâtif que jamais dans mon cas. Et je n'en suis pas à mon premier rodéo!», s'exclame David Hall, président du Syndicat des producteurs acéricoles de la région de Saint-Hyacinthe et propriétaire d'une érablière de 10 000 entailles dans le district de Iron Hill à Lac-Brome.

M. Hall a commencé jeudi la production de sirop, alors qu'il avait entaillé 60 % de ses arbres. En dépit des résidus accumulés dans le système au cours de la saison morte, la première coulée a tout de même donné du bon sirop selon lui. «Hier soir, ç'a coulé en maudit!»

Cependant, il y en a pour qui les premières coulées de cette année sont - pour ainsi dire - perdues, puisque ce ne sont pas tous les acériculteurs qui ont entaillé leurs arbres. Généralement, les plus petits producteurs attendent le mois de février avant de commencer ce travail, afin de profiter pleinement des coulées du mois de mars.

«Plus on entaille près de la saison, mieux c'est», explique Luc Renaud, qui oeuvre pour Les équipements d'érablière de l'Estrie à Granby et qui possède 8000 érables. Selon lui, les grosses érablières peuvent profiter des coulées hâtives étant donné qu'elles doivent commencer le travail plus tôt, volume oblige. M. Renaud estime cependant être en mesure de se rattraper à la fin de la saison.

Pour sa part, Sarah Bernard, propriétaire de l'Érablière Bernard à Granby, a d'autres priorités à cette période de l'année pour son entreprise de 4000 entailles.

«On est dans les préparatifs pour la restauration», relate la femme d'affaires, qui croit tout de même que les choses seraient différentes si elle était concentrée sur la production de sirop.

Optimisme prudent

Les acériculteurs contactés par La Voix de l'Est sont unanimes: la saison hâtive n'affecte pas la qualité du sirop. Selon Pierre Cormier, le sirop a habituellement un goût qu'il qualifie de «boisé» au début de la saison. Or, il juge que ce goût n'est pas trop prononcé cette année.

En fait, c'est plutôt la météo à venir qui sera déterminante. «Pour nous, les prochaines semaines, c'est ce qui va être important, affirme Sarah Bernard. Si on peut ravoir un hiver et ensuite un printemps en mars et en avril, ce sera parfait.» Elle avoue espérer un gros froid qui permettra de geler le sol adéquatement, mais ne s'inquiète pas outre mesure. «Rappelez-moi à la fin de la saison!», laisse-t-elle tomber en riant.

M. Renaud ne s'est pas montré trop inquiet lui non plus. «Si le mois de mars est normal, on aura une bonne saison. Mais s'il fait 20-25 degrés, là, on aura un problème», concède-t-il.

Changements graduels

Le réchauffement climatique, même s'il n'impose pas toujours des hivers comme celui-ci, a quand même laissé ses traces dans le domaine acéricole au fil du temps.

«Avant, il fallait être prêt pour le premier mars, raconte David Hall. Mais moi, j'ai raccourci ça de deux semaines. Il faut être prêt le 15 février maintenant».

«Je me souviens, quand j'étais plus jeune, on entaillait en mars», se rappelle Sarah Bernard. Elle pourrait maintenant se laisser tenter et commencer à entailler ses érables encore plus tôt. «Je vous dirais que dépendamment de (la situation en) mars, on va l'envisager».

Cependant, Luc Renaud n'a aucunement l'intention de se laisser impressionner. «Pas après 35 ans» assure-t-il, avant d'ajouter, souriant: «J'ai quand même une bonne moyenne».

Quant à lui, Pierre Cormier observe que c'est plutôt la technologie qui permettra les avancées les plus intéressantes. «Oui, ç'a beaucoup évolué depuis 20 ans et ça va continuer d'évoluer. On commence à prendre la production de sirop d'érable au sérieux», a-t-il opiné après avoir expliqué l'évolution des chalumeaux qui causent aujourd'hui beaucoup moins de traumatismes aux arbres et des systèmes de récolte qui sont de plus en plus performants.

Des avantages à El Nino?

M. Cormier reconnaît que cette année, l'absence de neige a eu des avantages clairs. «Facile comme ça, c'est la première fois, dit-il. On n'a pas à balayer le tronc pour trouver le bon endroit où entailler l'arbre». Et pas besoin de raquettes cette année. Il raconte que tout cela a paru sur la productivité, puisqu'habituellement, entailler prend environ 70 secondes par arbres. Cette année, son équipe n'a eu besoin que de 42 secondes en raison des conditions. «Et je ne les fouette pas, s'exclame-t-il. Je veux d'abord un travail de qualité!»

Même son de cloche de la part de David Hall, qui voit de bons côtés à la saison hivernale que l'on connaît au Québec. «Ça avance vite dans le bois!» illustre-t-il.

Comme son terrain est situé en montagne, l'absence de neige facilite la vie à son équipe, qui doit parfois composer avec des conditions difficiles. De plus, la saison hâtive lui permet de roder son système, un luxe qu'il ne peut pas toujours se payer. «On a du temps pour réparer», explique-t-il. Comme quoi la surprise météorologique permettrait de prévenir les surprises technologiques pour ces entreprises qui n'utilisent leur équipement que quelques mois par année.

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