Déconstruire le message

Céline Godbout, formatrice du CRAN des femmes et... (photo Julie Catudal)

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Céline Godbout, formatrice du CRAN des femmes et Annie Blouin, du CALACS de Granby, veulent déconstruire le message voulant que certaines victimes d'agression soient coupables de s'être placées dans des situations à risque.

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La Voix de l'Est

Marcher seule le soir. S'habiller sexy. Se laisser raccompagner seule par un homme. Autant de situations à risque pour les femmes en matière d'agression sexuelle, diront certains. C'est précisément le message auquel s'est attaqué le CALACS de Granby dans le cadre d'un atelier de prévention de la violence et d'autodéfense offert à 20 adolescentes âgées de 12 et 16 ans, samedi, à Cowansville.

«Il n'y a pas une femme, une fille qui demande à être agressée sexuellement, s'insurge Annie Blouin, coordonnatrice au CALACS de Granby. [...] Mais on est obligées de voir à un kit de survie pour les filles, pour les femmes, au cas où elles se fassent agresser. [...] Ça n'a pas d'allure, c'est injuste: si tu ne suis pas ton cours d'autodéfense, c'est dangereux pour toi! [...] Mais en même temps, on profite du fait qu'on choisit de le faire [donner des cours d'autodéfense] pour sensibiliser et dire aux femmes qu'il ne faut pas adhérer à une vie de contournement parce qu'il y a de la violence faite aux femmes.»

La formation, qui a permis d'inculquer aux participantes quelques rudiments en matière d'autodéfense, visait donc surtout à leur donner confiance en leur permettant de s'affirmer, de reconnaître plus rapidement les situations de violence physique et psychologique, puis de réagir - ou d'éviter de figer - lorsque celles-ci surviennent. La question de la culpabilité que peuvent ressentir les victimes d'agression a également été abordée.

«Qu'est-ce qui se passe après une agression sexuelle? Elle [la victime]: "il m'a dit que je m'étais habillée comme ça, c'est de ma faute". Est-ce qu'elle va en parler? Non. Parce qu'elle a honte et qu'elle se sent coupable», explique Mme Blouin.

«On a la liberté dans notre société de faire des choix. Pourquoi on aurait des contraintes parce qu'on est des femmes?», ajoute-t-elle.

Lors de son entretien avec La Voix de l'Est, la coordonnatrice au CALACS ne s'est pas gênée pour dénoncer ceux et celles qui pourraient être tentés de rejeter ne serait-ce qu'une infime part du blâme sur la victime.

«La preuve: sur les plages de nudistes, vois-tu des gars sauter sur du monde, toi? Non! Puis là, on va penser que les hommes, parce qu'ils ont une érection, ils sont incapables de gérer leur sexualité? Bien non!» illustre Mme Blouin.

Rien à voir avec une ceinture noire

Fait qui peut paraître étonnant: la formatrice pour le CRAN des femmes, un organisme de Montréal qui donne des cours d'autodéfense pour les femmes et les filles partout en province, Céline Godbout, n'est pas ceinture noire de karaté. Et elle avoue candidement être loin de l'être.

«Non! J'ai la formation du CRAN des femmes. [...] On montre l'essentiel des techniques [qui proviennent du Wen-Do], mais la grosse affaire qu'il faut montrer, c'est déconstruire le discours», explique Mme Godbout. Et ce discours, c'est celui qui suggère que les femmes doivent continuellement craindre d'être agressées. Selon elle, il est alimenté par les films, la télévision, les romans et les polars, où les victimes d'agression sont souvent des femmes.

«On dit ça beaucoup aux femmes, depuis tout le temps: "Mets-toi pas dans le trouble! " On dit ça aux femmes, les gars n'entendent pas bien, bien ça. Ça veut dire quoi "se mettre dans le trouble"? Ça veut dire: sors pas le soir, mets-toi pas sexy, emmène pas un gars chez vous. Ce n'est pas vrai, il n'y a pas d'affaires où on se met dans le trouble, on ne se met jamais dans le trouble comme tel. Il y a un agresseur, ou une agresseuse, qui décide de prendre du pouvoir», martèle la formatrice.

C'est pour cette raison que la formation est axée sur les quatre principales stratégies des agresseurs. On y explique que souvent, les victimes connaissent leur agresseur et que ceux-ci vont instaurer un climat de confiance, isoler leur victime, utiliser ses besoins et utiliser sa vulnérabilité pour arriver à leurs fins. L'idée est donc de permettre aux filles de reconnaître ces stratégies pour qu'elles puissent réagir.

Les hommes, des alliés

Annie Blouin insiste: les hommes ne sont pas tous des agresseurs potentiels, au contraire.

«Les hommes sont des alliés pour nous autres. On a besoin des hommes pour qu'ils prennent position. Pas qu'ils nous protègent, mais qu'ils nous fassent confiance», soutient-elle.

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