Lacunes en matière de sécurité à l'hôpital de Granby: une psy tire la sonnette d'alarme

Dr Nancy Bédard tire la sonnette d'alarme sur... (Photo Janick Marois)

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Dr Nancy Bédard tire la sonnette d'alarme sur des lacunes en matière de sécurité à l'hôpital de Granby.

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) - Dre Nancy Bédard est habituée de travailler dans le risque. Ses patients ne viennent pas la voir pour un doigt cassé, mais plutôt pour soigner leur santé mentale. Certains sont là pour reprendre le contrôle de leur vie, d'autres sont plus désorganisés. Généralement, elle sait garder le contrôle dans son bureau au département de psychiatrie, à l'hôpital de Granby. Mais elle sait qu'elle a toujours l'option d'appuyer sur un bouton d'urgence si besoin est.

Sauf que le système de sécurité à l'hôpital a des failles.

La psychiatre l'a appris à ses dépens, mardi, lorsqu'une rencontre avec un patient a pris une tournure inattendue. Celui-ci était calme et tout se passait bien, lorsqu'il a soudainement commencé à se masturber devant elle. «Je ne m'y attendais pas. Je me suis sentie inconfortable, agressée», a-t-elle confié mercredi en entrevue.

Malgré ses demandes fermes, l'homme n'a pas mis fin à son geste. Rapidement, elle a appuyé sur le bouton panique, caché à la vue des patients. «Je n'entendais rien, raconte-t-elle. Je n'entendais pas que du monde arrivait, que le code se lançait. Normalement, les gardiens de sécurité sont supposés arriver en 30 secondes.»

Dre Bédard n'a pas tenté de fuir puisque son rôle de soignante était primordial. Elle gardait en tête qu'elle devait trouver le bon diagnostic. Alors que son patient avait la main dans ses pantalons, elle ne se sentait pas menacée, mais elle voulait que ça cesse. Elle a finalement composé un code d'urgence sur le téléphone qui, en temps normal, est transmis directement à la sécurité. Cependant, c'est une téléphoniste qui a répondu.

Le fait de l'entendre parler au téléphone a saisi l'homme, qui s'est replacé et rattaché son pantalon. «J'ai essayé encore de questionner le patient. À un moment donné, il s'est levé bien doucement avec un petit sourire et je voyais qu'il s'en venait sur moi», confie-t-elle.

Cette fois, elle a eu peur et s'est levée pour le contourner et sortir. «Il y avait à peu près 15-20 personnes dehors qui attendaient. Ils n'entraient pas parce que, quand finalement ils ont lancé le code, il n'y avait rien qui leur indiquait où était le problème.»

Pas programmé

Ce n'est pas la première fois que Dre Bédard soulève un problème de sécurité. Depuis qu'elle est entrée en poste au centre hospitalier de Granby, en 1998, elle dit réclamer de meilleures mesures.

Elle ne serait pas la seule à se plaindre de pareilles situations. La plupart des employés du département de psychiatrie travaillent dans un édifice de la rue de la Providence, où les problèmes sont plus importants, selon la psychiatre.

 Une collègue, qui est l'une des quatre médecins psychiatres à avoir été rapatriées à l'hôpital, a connu dans le temps des Fêtes un problème similaire, raconte Dre Bédard. Le 23 décembre, un patient avec qui les rapports sont habituellement bons est devenu agressif et a menacé de la frapper. Elle a appuyé sur le bouton panique, mais personne n'est venu. Elle a dû sortir pour trouver de l'aide.

«Ils lui ont dit que ça faisait un mois qu'ils savaient que le bouton ne marchait pas, rapporte Dr Bédard. Mais nous, on ne le savait pas. T'es bien plus en danger quand t'as un bouton, que tu penses qu'il est efficace et qu'il ne l'est pas. Ils se sont rendu compte que je n'avais même plus de bouton panique parce qu'il était tenu avec un velcro et que, probablement, il était tombé dans ma poubelle.»

Deux jours plus tard, les boutons d'urgence étaient reprogrammés dans les bureaux et on en installait un nouveau dans le bureau de Dr Nancy Bédard. «Ce qu'ils m'ont dit, c'est que quand j'ai pesé dessus mardi, la sécurité recevait le message Input bureau de psy. Mais Input, ça ne leur disait rien. Ça ne disait pas code blanc. Ils ont oublié de programmer mon bouton.»

Solutions réclamées

C'était la première fois qu'elle avait besoin de l'utiliser dans son bureau où elle reçoit, sur rendez-vous, ses patients. La psychiatre l'utilise plus fréquemment lorsqu'elle est à l'urgence, mais les boutons sont fonctionnels et le personnel habitué à ce genre de cas.

Depuis l'appel lancé parDr Bédard sur le réseau TVA Sherbrooke, des choses ont bougé. On a notamment programmé le bouton panique de son bureau. Mais pour la psychiatre, il faudrait davantage.«Que le bouton ne marche pas, qu'il n'envoie pas le bon code, que les gens ne sachent pas où se diriger quand ça fonctionne, que personne ne prenne le lead pour entrer dans le bureau, ce sont à mon avis des problèmes faciles à corriger.»

Mercredi matin, on a également changé de place l'interphone de cette partie de l'hôpital, autrefois installé dans le bureau de l'infirmière, de façon à ce que les médecins puissent l'entendre. Lorsque l'infirmière était absente et que la porte était fermée, personne ne pouvait entendre le code lancé.

Quant au fait que le code composé au téléphone ait été renvoyé au mauvais département, «il faut qu'ils se parlent, lance Nancy Bédard. Il faut que ça tombe à la sécurité. Il ne faut pas que t'aies à parler. Des fois, il faut juste que tu pèses discrètement sur le bouton.»

Elle suggère aussi d'installer une lumière au-dessus des portes qui pourrait mieux orienter les agents de sécurité lorsqu'il y a urgence.

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