Bromont bannit les pit-bulls: des citoyens montent aux barricades

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La vétérinaire Valérie Forest estime qu'une « infime minorité » de ces bêtes sont des « bombes à retardement » sur quatre pattes.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Bromont) Bromont interdit désormais les pit-bulls et les croisements de l'animal sur son territoire. Un nouveau règlement a été entériné à cet effet lors de la récente séance du conseil municipal.

Cette norme a rapidement soulevé la grogne chez plusieurs citoyens de la région. Une pétition dénonçant cette situation vient d'être lancée sur le web. Des centaines de personnes endossent le mouvement contestataire.

«Interdire des pit-bulls ou tout autre type de chien, c'est aberrant en soi. Mais qu'une municipalité comme Bromont, qui se dit "branchée", adopte un règlement comme ça, c'est déplorable», a indiqué en entrevue le président du conseil d'administration et fondateur du club canin de Bromont, Marc Deslandes.

Selon l'homme d'affaires, les élus ont erré dans le dossier. «Lorsqu'on ne connaît pas un domaine, on consulte des spécialistes avant de prendre une décision. Il faut aussi prendre le pouls des gens concernés par le règlement. À Bromont, il y a plusieurs vétérinaires et des gens qui connaissent très bien le domaine canin. Et à ma connaissance, il n'y a pas eu d'incidents avec ce genre de chien sur le territoire. Alors, pourquoi sortir d'un chapeau un règlement comme ça, en douce? Il y a clairement eu un manque de rigueur dans le dossier.»

Dans le cadre de sa profession, la vétérinaire Valérie Forest a traité des pit-bulls à plusieurs reprises. Elle estime qu'une «infime minorité» de ces bêtes sont des «bombes à retardement» sur quatre pattes. «Tous les chiens ont le potentiel de mordre, a-t-elle précisé. En clinique, les pit-bulls, ce sont parmi les chiens les plus faciles. Ils sont amicaux, enjoués et se laissent facilement manipuler.»

Méconnaissance

L'Ontario a été la première province canadienne à interdire les pit-bulls en 2005. L'élevage de ce type de chien y est également prohibé. Les contrevenants s'exposent par ailleurs à des amendes salées pouvant aller jusqu'à 10 000$ ainsi qu'à des peines de six mois d'emprisonnement. Plusieurs municipalités québécoises ont emboîté le pas en bannissant ces bêtes.

La Dre Forest est d'avis que ce «mouvement anti-pit-bulls» découle d'une «grande méconnaissance» de ce genre d'animal. «Je pense simplement qu'ils ont mauvaise presse et que la population est très mal renseignée à propos de ce qui les caractérise, a indiqué la propriétaire de la clinique Animavet à Bromont. Dans les comportements canins, il y a 30% qui proviennent de l'hérédité. Le 70% restant, c'est de l'éducation.»

«En interdisant ce genre de chien, Bromont fait peur aux gens en véhiculant une information qui est fausse, a-t-elle poursuivi. Il n'y a rien de coulé dans le béton, alors il faut que la règlementation soit renversée.»

La maître-chien Geneviève Baril tient des propos similaires. «Le gros problème, c'est que les gens ne connaissent pas la psychologie canine. Trop de personnes humanisent leur chien. Ça amène des réactions anormales, autant chez des pit-bulls que des caniches. Des chiens agressifs, il n'y en a pas tant que ça, a soutenu l'entraîneuse-chef de Sirius Sports Canins. Il n'y a aucune bonne raison pour faire du profilage en interdisant un type de chien. Sincèrement, je suis très déçue de Bromont en ce moment.»

Pétition

Marie-Claude Barrette est l'instigatrice du mouvement contestataire, lancé officiellement le 20 janvier. Selon la Bromontoise, interdire les pit-bulls et ses métissages est «indigne» d'une municipalité comme Bromont.

«C'est aberrant qu'on adopte un règlement sans que personne de la communauté, des citoyens et des spécialistes canins, ne puisse donner leur opinion sur la question. J'ai lancé la pétition à titre personnel parce que je trouve que c'est inacceptable. J'ai l'intention de me battre pour que la Ville revoie sa règlementation», a indiqué l'étudiante en droit et journaliste à La Voix de l'Est.

Ainsi, le règlement sur les animaux (1024-2015), dont le journal a obtenu copie, stipule qu'«il est interdit d'avoir en sa possession un chien de race bull-terrier, staffordshire terrier, american-pit-bull terrier ou american stafford terrier (communément appelé pit-bull) ou tout croisement de ces races sur tout le territoire de la Ville».

Les contrevenants s'exposent, en tant que «personne physique», à des amendes allant de 100$ pour une première offense, jusqu'à 1000$ s'il y a récidive. Cette somme peut grimper à 2000$ pour une «personne morale».

Les citoyens qui possédaient les types de chiens bannis avant l'entrée en vigueur de la nouvelle norme, le 15 janvier, n'y seront pas assujettis.

Au moment de mettre sous presse, près de 600 personnes avaient signé la pétition s'intitulant «Règlement interdisant le pit-bull et ses croisements à Bromont». Le document doit être déposé lors de la séance ordinaire du conseil, prévue le 1er février.

La Ville se dit ouverte au dialogue

Contacté par La Voix de l'Est, jeudi, le directeur général de Bromont, Jean Langevin, était bien au fait du mouvement contestataire concernant l'interdiction de posséder un pit-bull sur le territoire.

D'entrée de jeu, il a tenu à préciser dans quel contexte les membres du conseil ont pris cette décision. « On voulait mettre à jour notre règlementation sur les nuisances. Au niveau des animaux dits "dangereux", on a vu que [l'interdiction des pit-bulls] était déjà en discussion ailleurs et que ces dispositions étaient légales », a-t-il indiqué.

M. Langevin a toutefois souligné que ce point précis ne faisait pas l'unanimité au sein des élus. « Mais au final, on s'est dit qu'il valait mieux prévenir que guérir. Quand il y a un problème avec des animaux domestiques, la plupart du temps, les pit-bulls sont en cause », a-t-il fait valoir.

Conscient de la controverse que cette décision suscite dans la communauté, et même au-delà, le directeur général a évoqué que la Ville pourrait faire volte-face dans le dossier. « Peut-être que les pit-bulls ont simplement mauvaise presse et qu'on en a fait une règle. Ça va être regardé. Certaines municipalités sont déjà revenues sur leur règlementation. »

En ce qui concerne l'appel à quelques-uns des nombreux spécialistes du domaine canin à Bromont avant de légiférer, le fonctionnaire a fait son mea culpa. « Je crois que nous n'en avons pas consulté. On aurait peut-être pu le faire. »

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