Beau temps pour l'exportation

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«Le marché est grand ouvert et il faut qu'elles (NLDLR: les entreprises qui exportent) en profitent pour faire leur place», mentionne Jean-Marie Laplante, maire de Roxton Falls, préfet de la MRC d'Acton et responsable du CLD.

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(Granby) La baisse de la valeur du huard amène un lot de changements pour les entreprises de la région, qui doivent modifier leur stratégie d'affaires. Certaines y gagnent au change, tandis que d'autres doivent tout faire pour en limiter les impacts.

À parité avec le dollar américain de 2010 à 2013, le dollar canadien a en effet perdu depuis près du tiers de sa valeur. Il est tombé tombé la semaine dernière sous le seuil des 70 cents US, une première depuis 12 ans.

Les entreprises qui exportent leurs produits ont tout à gagner de cette conjoncture, puisqu'elles deviennent plus compétitives dans les marchés internationaux. «C'est une véritable opportunité d'affaires pour elles, ça attire le regard d'entreprises d'ailleurs ici», se réjouit le directeur du développement industriel de Granby Industriel, Éric Tessier.

«Le marché est grand ouvert et il faut qu'elles en profitent pour faire leur place», renchérit Jean-Marie Laplante, maire de Roxton Falls, préfet de la MRC d'Acton et responsable du CLD.

Par exemple, à l'entreprise HiTrainer située à Bromont qui fabrique des appareils de conditionnement physique, la situation est très favorable pour établir des relations d'affaires aux États-Unis. «Le territoire américain, on l'a toujours visé, car c'est un très gros marché, explique son président Karl Hamilton. C'est très positif, on a un gros lancement prévu au mois de mars.»

Par contre, une usine exportatrice peut difficilement améliorer son rendement. «Il faut comprendre que les machineries sont souvent construites aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, indique Éric Tessier. J'ai une entreprise de Granby qui cherche à en acheter une, mais les prix sont trop élevés. Elle doit donc se tourner vers d'autres alternatives.»

Mauvaise période pour l'import

Si l'industrie de l'export vit de bons moments, les entreprises importatrices expérimentent le contraire.

«Elles espèrent que ça ne s'éternise pas, c'est certain, mais au moins, aucune entreprise n'a signalé entrer en difficulté majeure», souligne la directrice du CLD Au Coeur de la Montérégie, Susie Dubois. Tous les autres organismes questionnés par La Voix de l'Est, soit le CLD d'Acton, Granby Industriel et le CLD Brome-Missisquoi,ont indiqué n'avoir eu aucune demande d'aide de la part d'entreprises.

«Mais on aide certaines d'entre elles à changer de fournisseur, affirme le conseiller industriel et analyste financier du CLD Brome-Missisquoi, Justin Francis. Au lieu d'importer des produits internationaux, on leur trouve des endroits similaires au Canada, pour les aider. Ça réduit les dépenses et ça aide l'économie canadienne.»

La baisse expliquée

Depuis l'été 2014, le dollar canadien a perdu de sa valeur essentiellement en raison de la baisse du prix du pétrole, a expliqué Hendrix Vachon, économiste pour Desjardins en entrevue avec Radio-Canada. La vigueur de l'économie américaine, qui a entraîné deux hausses du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed), ainsi que la sous-performance de l'économie canadienne en 2015 ont aussi contribué à la baisse du dollar canadien, ajoute-t-il.

La baisse des prix du pétrole frappe de plein fouet les provinces dont les revenus sont fortement liés aux redevances sur les matières premières, comme l'Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador.

Pour les consommateurs

La baisse de la valeur du dollar canadien se traduit par une augmentation du coût des produits importés, ce qui peut faire mal aux consommateurs à long terme.

Le prix de certains produits importés, comme les fruits et légumes, les vêtements et les appareils électroniques devrait augmenter.

«Il peut donc devenir intéressant de miser local et d'acheter des produits québécois, du moins canadiens», explique la directrice du du CLD Au Coeur de la Montérégie, Susie Dubois.

Également, voyager aux États-Unis, par exemple, coûtera plus cher, puisque le taux de change n'est pas à l'avantage du Canada.

«Au moins, on peut s'attendre à une augmentation du tourisme américain au Québec, encore plus dans la région», se réjouit le conseiller industriel et analyste financier du CLD Brome-Missisquoi, Justin Francis.

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«On les voyait beaucoup plus, nos Américains, mais aussi des Européens. On a plus de visite de l'extérieur», indique Josée Blais, propriétaire du Marché général les Sucreries de l'érable, à Frelighsburg. 

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«On voit une augmentation, mais est-ce significatif?», se questionne Élise Bourduas, copropriétaire de l'Auberge Sutton Brouërie.

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Une situation qui favorise le tourisme

Si la faible valeur du dollar canadien provoque une hausse du coût des produits importés, sa faiblesse peut en revanche favoriser les commerces locaux en gardant les Québécois au Québec, en plus d'être un incitatif pour Américains et Européens à venir visiter le pays.

Près de la frontière américaine, plusieurs commerçants offrent aux Américains l'option de payer avec leur propre monnaie, selon un taux de change plus avantageux encore qu'à la banque. C'est le cas de l'épicerie Tradition, à Frelighsburg.

Mais pour l'instant, on n'y voit pas une croissance de la clientèle américaine. «C'est sûr qu'on n'a pas fait de publicité sur le fait qu'on prenne l'argent américain comme ils le font aux États-Unis pour l'argent canadien, explique le gérant Charles Gosselin. Mais je suis sûr que le taux de change va faire une différence au printemps.»

De l'autre côté de la rue, la propriétaire du Magasin général les Sucreries de l'érable, Josée Blais, a vu défiler davantage de clients de l'extérieur au cours de la dernière année, alors que le dollar canadien était déjà faible.

«On les voyait beaucoup plus, nos Américains, mais aussi des Européens. On a plus de visite de l'extérieur», indique-t-elle.

 Selon Mme Blais, l'économie se porte mieux au sud de la frontière et ce serait l'une des raisons qui pousseraient les Américains à sortir. Mme Blais indique par ailleurs qu'une partie de cette clientèle venait des campings de Frelighsburg, où on leur avait recommandé le café de village.

Cependant, les propriétaires des trois lieux de villégiature à Frelighsburg n'ont pas remarqué une croissance si importante. «Je pense que, cet été, ça va nous aider parce que le monde va rester au Québec», croit Guy Croteau, propriétaire du Camping des Chutes Hunter, qui a déjà constaté le phénomène l'été dernier.

«Je n'ai pas eu plus d'Américains sur mon bord, dit pour sa part Luc Choquette, propriétaire de la Forêt de Freli. Mais, par contre, j'ai eu une bonne année parce que les gens sont moins allés aux États-Unis. Ça va être la même chose cette année.»

Au Camping écologique de Frelighsburg, le propriétaire Michel Rondeau ne voit pas tellement de clientèle américaine, en raison de sa proximité avec la frontière, souligne-t-il, et cela, peu importe les facteurs économiques en vigueur.

Profiter des économies

Au village, le restaurant Lyvano a l'habitude de recevoir des Américains. «Le 9 janvier au soir, des Américains m'ont dit qu'ils allaient se louer une chambre à Montréal parce que c'est tellement pas cher pour eux», raconte le copropriétaire, Sébastien Beaupré.

La clientèle du sud de la frontière peut être un peu plus importante, mais il lui est difficile de savoir pour le moment à quel point. Lui aussi croit que la situation actuelle peut inciter les vacanciers québécois à rester au Québec et favoriser le tourisme d'ici.

Un petit tour à Sutton permet de constater que les commerces roulent à plein régime. Au moment du passage de La Voix de l'Est, personne ne chômait.

Entre deux cafés, le barista et propriétaire du Cafetier, Jean-François Trudel, fait savoir qu'il y a un peu plus d'Américains qui passent le voir. «Dans le temps des Fêtes, il y en a eu un peu plus. Mais je pense qu'on va le voir surtout pendant la relâche américaine. Il y a beaucoup d'Européens. La valeur du dollar et Utopia, entreprise bien connue en Europe, font une différence», estime-t-il.

Les amateurs de bière du Vermont font sentir leur présence à l'Auberge Sutton Brouërie. «On voit une augmentation, mais est-ce significatif? C'est dur à dire, d'autant plus que la saison est difficile à démarrer dans le tourisme», dit Élise Bourduas, copropriétaire de la jeune entreprise.

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