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Le meurtre qu'aurait commis Alex Lacasse-Deaudelin alors qu'il sortait à peine de psychiatrie, lundi à Granby, a fait ressurgir de douloureux souvenirs chez une famille cowansvilloise.

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Maxime Massé
La Voix de l'Est

(Granby) Le meurtre qu'aurait commis Alex Lacasse-Deaudelin alors qu'il sortait à peine de psychiatrie, lundi à Granby, a fait ressurgir de douloureux souvenirs chez une famille cowansvilloise ayant vécu une situation similaire, les conséquences tragiques en moins.

Rappelons que M. Lacasse-Deaudelin, âgé de 26 ans, est accusé du meurtre de Caroline Choinière qui l'hébergeait chez elle, dans son appartement. Il aurait commis l'irréparable quelques jours après avoir été hospitalisé pour des troubles mentaux.

Un scénario bien trop familier pour Michel* qui a vu sa femme se faire violenter par leur fils souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette, en novembre dernier, peu de temps après avoir obtenu son congé de l'hôpital.

«Habituellement, il va bien. Il est fonctionnel en société, mais il a fait une crise. C'est lui-même qui a appelé la police. Il m'a fait des menaces de mort et il avait des idées suicidaires», se souvient Michel qui a préféré conserver l'anonymat.

Son garçon de 19 ans a d'abord été transporté par ambulance à l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. Après y avoir passé la nuit, il a été transféré à l'hôpital de Granby pour y subir une évaluation psychiatrique.

Malgré plusieurs tentatives, Michel dit n'avoir jamais pu parler directement au médecin à propos des menaces formulées par son fils. Et comme celui-ci est âgé de plus de 14 ans, l'hôpital n'était pas autorisé à lui dévoiler des renseignements médicaux sur son garçon sans son autorisation.

«Ils ne m'ont pas écouté. Finalement, ils ont relâché mon gars en dedans de 24 heures. Il s'est en allé chez nous et il a donné une volée à ma femme. Depuis ce temps-là, il est en procédures judiciaires et il n'a plus le droit de nous approcher», raconte Michel.

Manque de communication

Le seul échange que le père de famille dit avoir eu avec le personnel hospitalier a porté sur l'endroit où son fils pourrait se rendre advenant sa sortie de l'hôpital.

«Une infirmière m'a appelé pour savoir où irait mon gars et ce qu'il ferait s'ils le relâchaient. Elle semblait surtout inquiète de savoir s'il avait une place pour dormir. J'étais prêt à ce qu'il revienne chez nous, mais c'est sûr qu'il fallait qu'on ait une bonne discussion avant», indique Michel.

Le jeune homme a finalement pu quitter l'hôpital sans que ses parents, avec qui il réside, en soient avisés. «Je l'ai appris sur l'autoroute en revenant du travail. Mon autre gars m'a appelé pour me dire que son frère était à la maison et qu'il était en train de battre maman. C'est comme ça que j'ai su qu'il avait été relâché», déplore-t-il.

En vertu de la loi P-38, les médecins peuvent garder un patient emmené à l'hôpital uniquement si celui-ci représente un danger grave et immédiat pour lui-même ou pour autrui. Ils n'ont pas, par ailleurs, à avertir ses proches qu'il a obtenu son congé, à moins que la personne soignée en fasse la demande.

«La psychiatre a dit qu'il n'avait pas l'air en détresse quand elle l'a rencontré, mais elle lui a parlé seulement quelques minutes. Si elle nous avait parlé, elle aurait su qu'il nous a fait des menaces de mort. Mais là, le P-38 ne s'appliquait pas parce que lui n'avait pas l'air de vouloir mettre sa vie en danger», note Michel.

Un manque de communication que s'explique mal le Cowansvillois. «Même si mon gars a 19 ans, il vit chez nous. Et c'est dans ma maison qu'il y a eu un problème. On devrait être mis au courant, pas du diagnostic, mais au moins du suivi du dossier.»

«On vit exactement la même situation»

Michel a décidé de se confier à La Voix de l'Est après avoir appris la nouvelle du meurtre de Caroline Choinière. Il n'a pas pu s'empêcher de dresser un parallèle avec sa situation et a choisi de partager son récit dans l'espoir de faire changer les choses.

«On vit exactement la même situation qui s'est passée. Je suis revenu chez nous lundi et ma femme pleurait. Elle disait: ''ça aurait pu être moi''. Je me sens comme si j'avais une responsabilité par rapport à cette madame-là. Peut-être que ça se serait passé autrement si elle avait entendu notre histoire.»

Le Cowansvillois a déposé une plainte auprès du service des usagers de l'hôpital de Granby. «Jusqu'ici, j'ai reçu deux lettres pour dire que tout a été fait dans les règles», laisse-t-il tomber en soupirant.

Il se sent habité d'un sentiment d'impuissance depuis cet événement. Il aurait aimé que son fils soit évalué plus longtemps, qu'il soit encadré par des ressources à sa sortie ou, à tout le moins, être avisé de son départ de l'hôpital.

À l'opposé de ce que certains pourraient croire, Michel n'en veut pas à son fils. Bien au contraire. «Mon gars prend zéro drogue, affirme-t-il. C'était une journée où il n'allait pas. Oui, c'est lui qui a fait le geste, mais ce n'est pas vraiment de sa faute parce qu'il était en situation de crise.»

 

* Le prénom de la personne a été changé pour préserver son anonymat (prénom fictif)

Un protocole à suivre

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, qui chapeaute l'hôpital de Granby, n'a pas voulu commenter les cas de M. Lacasse-Deaudelin et du fils de Michel* (lire texte ci-contre).

Le CIUSSS de l'Estrie a néanmoins tenu à rappeler que ses établissements de santé doivent se référer au protocole de la loi P-38 lorsqu'elles prennent en charge des personnes ayant des troubles de santé mentale et des comportements dangereux.

«Ce sont les professionnels de la santé dans les établissements qui évaluent le degré de dangerosité des patients qui se présentent et qui évaluent les besoins en soins de cette personne.»

«Selon le degré de dangerosité, le médecin peut décider de donner congé au patient ou de le garder avec ou sans son consentement. Dans le dernier cas, il peut avoir recours à la loi P-38», a indiqué par courriel la conseillère aux communications, Sylvie Vallières.

Soulignons que la loi P-38 s'applique lorsqu'une personne se trouve dans un état mental qui présente un danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui. Elle est utilisée en dernier recours si aucune autre option n'est possible puisqu'elle contrevient à la Charte des droits et libertés de la personne.

Personne n'est en effet obligé de subir un traitement ou une évaluation psychiatrique contre son gré. Les policiers peuvent toutefois intervenir et obliger une personne à se soumettre à une garde préventive s'ils jugent que la situation l'exige.

Une garde préventive est une façon de retirer temporairement une personne de la société afin de lui offrir un lieu sécuritaire. Elle est  effective pendant un maximum de 72 heures.

Si les psychiatres estiment que la personne présente toujours un danger grave et immédiat après cette période, ils peuvent présenter à la cour une demande de garde provisoire. Les gens préoccupés par la santé mentale d'un de leur proche peuvent aussi faire de même.

D'une durée de 96 heures à partir de l'ordonnance ou de 48 h s'il y a eu une garde préventive avant, la garde provisoire peut se transformer en garde autorisée avec la permission d'un juge à la suite à deux évaluations psychiatriques faites par deux psychiatres différents.

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