Temps durs pour les itinérants: le Passant bondé

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En après-midi lundi, la maison d'hébergement Le Passant affichait déjà complet.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Un peu de chaleur et de quoi se remplir l'estomac. C'est ce que recherchent plusieurs sans-abri de la région pour tenter de survivre à l'hiver qui s'enracine. Mais voilà, les refuges sont peu nombreux. Ceci alors que le phénomène de l'itinérance est en croissance ici. Un constat alarmant en cette période cruciale, estime Steve Bouthillier, directeur de la maison d'hébergement Le Passant.

«En ce moment, on fonctionne presque au maximum de notre capacité. Qu'est-ce que ce sera d'ici quelques semaines si le froid continue? Je ne sais pas. Mais c'est évident qu'on n'a pas de marge de manoeuvre. On va devoir gérer tout un casse-tête pour éviter que des gens se retrouvent à la rue», clame M. Bouthillier.

Une grande partie du problème, souligne-t-il, tient au fait que la ressource pour hommes en difficulté doit fonctionner avec 18 lits plutôt que 28. Il s'agit d'une des répercussions de la coupe de 80 000 $ d'Ottawa dans le financement de la maison d'hébergement. Cette subvention était octroyée annuellement à l'organisme sans but lucratif (OSBL) par le biais du programme Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI).

Selon M. Bouthillier, des «débordements» plus importants chez les ressources pour personnes vulnérables des grands centres urbains pourraient survenir à court terme. «On veut aider tout le monde, mais ce n'est pas toujours possible. L'an passé, on a accueilli 368 personnes différentes en maintenant un taux d'occupation d'environ 81%. En ce moment, on est à 94%. C'est critique. On sent que les mesures sociales s'effritent. Si les gens n'ont plus d'aide ici, ils vont se diriger vers Montréal ou Sherbrooke. Ça ne fait que déplacer le problème.» D'ailleurs, il y a près d'un an jour pour jour, La Voix de l'Est rapportait que l'OSBL de la rue Horner accueillait quotidiennement 24 personnes durant la période de grand froid. En après-midi lundi, Le Passant était déjà complet.

Mutation

En près de 16 ans à la barre de l'organisme, Steve Bouthillier a constaté que l'itinérance est en constante mutation. «Les gens pensent souvent qu'il y a peu de personnes vulnérables ici parce que l'itinérance est peu visible. Pourtant, le phénomène est en augmentation dans la région. Le visage de la pauvreté change, c'est un fait. Notre clientèle a en moyenne 39 ans. Mais on voit de plus en plus de jeunes et de personnes âgées. Si les gens viennent nous voir, c'est parce qu'ils sont à bout de ressources. Vivre en commune au Passant, ce n'est pas une partie de plaisir dans un hôtel cinq étoiles. On est la dernière porte avant de se retrouver sur le trottoir.»

Bien que les gens se retrouvent la plupart du temps à la rue temporairement, le dirigeant de la maison d'hébergement a constaté une récurrence marquée chez une grande portion de la clientèle. «Depuis quelques années, on assiste au syndrome des portes tournantes des hôpitaux, image M. Bouthillier. Des fois, les gens auraient peut-être besoin d'être hébergés cinq jours de plus. Mais dès qu'ils sont plus "stables", ils sortent et la place est comblée presque tout de suite. Il y a aussi les cas en santé mentale qui sont plus nombreux.»

D'ailleurs, plusieurs itinérants sont dirigés vers le Passant par les forces de l'ordre. «Dans le cas de l'itinérance, les policiers jouent un rôle très important. Ce sont eux qui détectent les gens en détresse et leur conseillent d'aller chercher de l'aide dans une maison d'hébergement. On a vraiment un bon partenariat avec eux. Il ne faut jamais perdre de vue que par période de grand froid, les gens qui sont dans la rue sont encore plus en mode survie.»

Des policiers de Granby ont dû intervenir, samedi,... (Alain Dion, La Voix de l'Est) - image 2.0

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Des policiers de Granby ont dû intervenir, samedi, après qu'un itinérant se fut réfugié dans les toilettes publiques de la place Johnson. 

Alain Dion, La Voix de l'Est

Délicates interventions

L'équipe du service de police de Granby est appelée à intervenir fréquemment auprès de sans-abri dans toutes sortes de situations. La plupart du temps, les actions des agents de la paix sont axées sur la sensibilisation. C'était le cas samedi, alors que les policiers ont interpellé un itinérant ayant des problèmes de santé mentale qui s'était réfugié dans la toilette publique de la place Johnson.

«On travaille presque toujours dans une zone grise avec des itinérants. Dans certains cas, ils commettent des actes criminels. C'est notre travail d'intervenir pour leur sécurité et pour celle du public. Souvent, ils ne cherchent pas la confrontation. Ils sont simplement un peu plus irritables que la moyenne. C'est normal quand ça fait plusieurs jours que tu couches dehors à -20° Celsius», indique le porte-parole du service de police de Granby, Guy Rousseau.

Celui-ci précise que les problèmes de santé mentale font souvent partie de l'équation avec les sans-abri. «Avec les itinérants, c'est du cas par cas. C'est loin d'être simple, mais il faut prendre le temps de dialoguer pour comprendre leur réalité.»

Bien qu'il ne puisse pas quantifier le nombre d'interventions auprès de vagabonds, M. Rousseau confirme que le phénomène de l'itinérance n'est pas marginal à Granby. «On reçoit régulièrement des appels de citoyens qui nous signalent que des itinérants rôdent dans un secteur précis, dit-il. Certains sont d'ici, d'autres sont en transition vers Montréal ou Sherbrooke.»

Outre la sensibilisation auprès des itinérants, les policiers tentent de les rediriger vers la ressource appropriée, notamment Le Passant à Granby. Un travail de longue haleine qui demande du doigté. «On ne peut pas garder des sans-abri au poste. On fait tout ce qui est possible pour les aider à s'en sortir. Mais certains préfèrent rester comme ils sont. On a connu des itinérants qui sont restés 10 à 15 ans à Granby, été comme hiver. C'est leur choix et on ne peut pas les forcer à changer.»

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