Vivre au coeur des bombardements

Muthanna Khudhair et sa femme Noor Isaam Al... (Photo Alain Dion)

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Muthanna Khudhair et sa femme Noor Isaam Al Mawla ont fui la guerre qui sévissait en Irak après que des chiites eurent tenté d'enlever leur jeune fils.

Photo Alain Dion

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby)

Alors que Granby s'apprête à accueillir 70 Syriens, La Voix de l'Est s'est intéressée, en collaboration avec Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY), aux nombreux réfugiés qui ont choisi la région pour s'y établir. Ces gens ont fui leur pays et se sont déracinés pour sauver leur vie. Ils sont aujourd'hui bien intégrés et ont accepté de raconter leur histoire. Voici le dernier de notre série de portraits.

Tout a basculé pour Muthanna Khudhair et sa femme Noor Isaam Al Mawla lorsque les chiites ont voulu enlever leur fils, encore tout-petit. Irakiens, ils vivaient déjà au milieu des bombes. Mais lorsqu'ils ont commencé à faire l'objet d'attaques parce qu'ils sont sunnites, ils ont décidé de partir.

 Installé dans les locaux de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY), le couple raconte son histoire par la voix d'une interprète, Ratiba Fares.

L'organisme a accueilli la jeune famille le 27 février 2014. Muthanna parle un peu le français grâce à des cours de francisation qu'il a suivis à Granby, mais préfère livrer son témoignage dans la fluidité de sa langue natale, l'arabe. Ses mains s'agitent lorsqu'il relate la tentative d'enlèvement de son fils, les bombes qui ont explosé près de lui, son arrivée au Canada.

La famille a connu la guerre de 2003 - lorsque les soldats américains sont entrés en Irak - à 2008, année où elle a pris quelques effets personnels pour se rendre en Turquie. Ce pays a été une terre d'accueil temporaire en attendant que leur demande d'asile soit approuvée par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Pendant ces cinq années de guerre, ils ont connu la peur, la destruction, la désolation. «Ils étaient vraiment au centre de la guerre, il y avait des bombes partout, ils ne savaient pas quand les bombes allaient tomber, ni à quel endroit. Il y a deux ou trois fois où des bombes ont explosé près d'eux», relate leur interprète.

Muthanna se rappelle ce jour où un véhicule a explosé en plein embouteillage. Il était si près que sa voiture a reçu des débris. Il a cependant eu plus de chance que le conducteur de la voiture qui le suivait...

 Noor poursuit l'histoire de sa voix douce et calme en racontant qu'une nuit, toutes les fenêtres et les portes de leur maison ont été soufflées par une forte explosion.

Rançon

«Quand c'était la fin de l'ex-président, Sadam Hussein, il y avait des combats entre les sunnites et les chiites, reprend l'interprète. Muthanna est un sunnite, donc il avait des problèmes avec les chiites. Il a même été victime de certains bombardements. Un jour, ils ont essayé de bombarder sa voiture, de kidnapper son fils.» C'est à ce moment que la décision s'est prise. Il fallait partir.

Ce jour-là, le petit jouait avec ses cousins dans la cour intérieure de la maison. «C'était en période de guerre et, en principe, toutes les familles avaient des armes, rapporte Ratiba Fares pour Muthanna. Entre voisins, ils avaient un accord. Quand quelqu'un commençait à frapper ou lorsqu'ils entendaient une détonation, tout le monde sortait. Muthanna était au balcon et il a vu une grande voiture avec quatre ou cinq personnes portant des masques. Il a pris sa Kalachnikov et il a commencé à tirer parce que les kidnappeurs aussi étaient armés. Tous les voisins ont entendu et lui sont venus en aide.»

Finalement, les malfaiteurs n'ont pas réussi à mettre la main sur le jeune enfant, contre lequel ils espéraient une rançon.

La fuite

La petite famille s'est réfugiée dans la parenté, à Mosul, près de la frontière turque. Noor et son fils n'y ont pas trouvé la paix pour autant. Des soldats américains traquaient dans les maisons des terroristes qui, parfois, n'en étaient pas. Il y avait à l'occasion des échanges de coups de feu. «Ça a été des jours difficiles. Muthanna a été le premier à partir pour la Turquie. Après, sa femme est venue le rejoindre avec son fils.»

Ils y ont vécu six ans. Le couple y a eu un deuxième enfant. Durant leur exil, ils ont dû quitter la famille, les cousins, les amis. Une situation avec laquelle l'aîné des deux enfants a du mal à vivre, d'autant plus qu'ils sont les seuls Granbyens d'origine irakienne.

Cri du coeur

«L'année passée, Muthanna a perdu son père, il n'a pas pu le revoir, fait savoir leur interprète. Ça fait dix ans qu'il n'a pas vu sa mère. C'est très difficile d'être loin de la famille. Il y a aussi le problème de la langue qui est très difficile.»

Muthanna a suivi des cours de francisation, mais se trouvait toujours sans travail au moment de notre entretien. Dans son autre vie, il avait une société pour la fabrication de souliers et il possède des talents dans le domaine de la construction, surtout comme peintre et pour travailler la céramique. Noor est inscrite quant à elle sur la liste des étudiants en francisation du SERY pour janvier.

Les autres membres de la famille ont-ils l'intention de venir s'établir ici? La réponse est oui, mais les procédures sont longues. Le frère et la soeur de Noor ont acheminé une demande, en août 2015, à l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Même chose pour le frère de Muthanna.

Cependant, un problème se pose. Il faut de l'argent pour émigrer et, parce qu'ils ont tout laissé derrière eux, ils en ont peu. Muthanna et Noor espèrent de tout coeur que le dossier de leurs proches avance rapidement afin qu'ils puissent les accueillir dans leur nouveau pays.

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