La valeur des terres agricoles monte en flèche

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La valeur des terres agricoles a augmenté de 27 % depuis 2014 au Québec. En Montérégie, elle a explosé alors que l'hectare se vend maintenant entre 43 875 $ et 58 500 $.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Pike-River) Les terres agricoles en Montérégie continuent de prendre de la valeur. En 2014, elles se sont appréciées de 27%, selon la Financière agricole du Québec. Voilà que de nouveaux rôles d'évaluation de municipalités les majorent d'un autre 20%, soit le double des hausses des valeurs des maisons.

«Quand des terres agricoles arrivent sur le marché, elles se vendent assez rapidement. Dans un délai de six mois, plus de 90% sont vendues», soutient Sara de Grady. «Certaines se vendent cinq à six fois au-dessus de l'évaluation municipale», précise la courtière immobilière au groupe Sutton, spécialisée dans les propriétés agricoles.

De récentes transactions dans la région de Saint-Césaire se sont effectuées entre 43 875$ et 58 500$ l'hectare (de 15 000$ à 20 000$ l'arpent), souligne Mme de Grady. Du jamais vu, ajoute-t-elle. «Ce sont de très bonnes terres agricoles qui offrent de bons rendements.»

Alors que la valeur moyenne des terres en culture au Québec atteignait 15 657$/l'hectare, d'après les données de la Financière agricole, elle s'élevait à 27 310$ en Montérégie-Est et à 24 539$ en Montérégie-Ouest.

Les achats sont facilités du fait que les banques sont ouvertes à y prendre part, selon Mme de Grady. Ce sont surtout des producteurs déjà bien implantés qui sont impliqués dans ces transactions. «On a des producteurs qui ont pu acheter des terres à bon prix dans les années 70, 80 et 90 qui cherchent maintenant à agrandir leur entreprise. Ça coûte cher, mais ils ont les capacités financières pour le faire.»

Si ces transactions sont de bon augure pour les enfants des producteurs, elles le sont beaucoup moins pour les jeunes dont les familles ne proviennent pas du monde agricole, reconnaît Mme de Grady. «Les prix des terres sont trop élevés pour eux en Montérégie. Ils dépassent les revenus qu'ils peuvent faire. Ce n'est pas rentable. Ils doivent aller dans d'autres régions pour se lancer en agriculture.»

Des régions comme la Beauce, l'Estrie ou le Bas-du-Fleuve leur sont ouvertes, dit-elle. Les prix des terres y oscillent entre 685$ et 1025$ l'hectare pour des terres laitières ou d'élevage de bovins et entre 1710$ et 3420$ pour des terres de grandes cultures (maïs et soya).

Demande plus forte que l'offre

Martin Bellefroid suit cette hausse des prix avec stupéfaction. «La demande est plus forte que l'offre, on le voit très bien», soutient le maire de Pike River et producteur agricole. «C'est incroyable les prix qui sont payés», dit-il.

Producteur de maïs et de soya, M. Bellefroid ignore ce qui peut faire augmenter aussi rapidement la valeur des terres agricoles. Il remarque depuis quelques années une embellie dans les municipalités voisines de la sienne. Elles se trouvent également dans la vallée du Saint-Laurent, là où on compte les meilleures terres agricoles au Québec. Il estime toutefois que la tendance est là pour rester. «Je n'ai pas l'impression que les prix vont baisser.»

Un nouveau rôle d'évaluation entrera en vigueur le 1er janvier dans la petite municipalité. Si la valeur des maisons sera marquée par une augmentation de 7 à 8%, celle des propriétés agricoles croîtra de plus de 20%. «Une hausse énorme», selon les propres mots du maire.

 Le conseil municipal a longuement réfléchi aux suites à donner au nouveau rôle, a expliqué M. Bellefroid. Plusieurs calculs ont été faits pour atténuer ses effets sur le compte de taxes des citoyens, a-t-il dit. Les élus ont jonglé avec l'idée de créer une catégorie de taxation spécialement pour les agriculteurs, comme on en voit dans d'autres municipalités. «La prochaine fois, peut-être qu'on devra le faire. Mais pas pour le moment. On peut encore faire un budget équitable avec un seul taux de taxation», a expliqué le maire.

Pour faire face à la hausse des valeurs des propriétés sur son territoire, le conseil de Pike River retranchera 11¢ de son taux de taxation. Il passera de 74¢ par 100$ d'évaluation à 63¢. Il faut dire que la municipalité tire près de 60% de ses revenus en taxes foncières des propriétés agricoles.

À Farnham, les propriétaires de terres agricoles devront composer avec une augmentation moyenne de 27,06% en 2016. Pour les agriculteurs de Saint-Césaire, elle sera en moyenne de 20%.

Crédit de taxes

Même si la valeur de leur propriété monte en flèche, le portefeuille des agriculteurs ne se dégarnira pas au même rythme. Ces derniers peuvent se prévaloir du programme de crédits de taxes foncières agricoles du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.

En vertu de celui-ci, le MAPAQ paie aux municipalités jusqu'à 80 % des montants dus par les exploitants d'entreprises agricoles sur leur territoire.

N'empêche, la facture fiscale des agriculteurs augmente quand même, signale René Beauregard, maire de Saint-Joachim-de-Shefford et ancien producteur de porcs. «Ç'a une incidence importante sur les finances de ces entreprises. On sait que certaines d'entre elles ont de la difficulté à être rentables.»

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