Virage au privé pour le Dr Luc Lasnier

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Le Dr Luc Lasnier s'apprête à faire le saut au privé à la mi-mars.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) De plus en plus de médecins se désengagent du régime public. C'est le cas du Dr Luc Lasnier. L'omnipraticien, qui pratique depuis 18 ans à Granby, s'apprête à faire le saut au privé à la mi-mars. Ceci afin d'offrir une «option différente» à ses milliers de patients.

On pourrait croire qu'après plus de 35 ans de carrière, M. Lasnier quitte le réseau public parce qu'il est blasé. Au contraire, la flamme est loin d'être vacillante. Il clame plutôt que la médecine est à l'agonie, déconnectée de la réalité.

«J'aime encore beaucoup mon travail. Mais ça fait trop longtemps que je fais du "dépannage". Les patients que je vois dans mon bureau, jour après jour, sont [trop] souvent mal pris parce qu'ils n'ont pas de médecin. Il y a des Provi-soir, moi je suis un "Provi-soins", illustre-t-il. Ça me fait plaisir d'aider les gens, mais je ne peux pas prendre tout le monde en charge. Comme je suis le seul à assurer ce service (sans rendez-vous, toutes clientèles) à Granby, ça me sort par les oreilles. Ça ne fonctionne plus dans le système actuel. Je suis mûr pour du changement.»

En fait, l'idée de passer au privé ne date pas d'hier. L'omnipraticien raconte que le nombre grandissant de patients ayant perdu leur médecin de famille a pesé dans la balance. Notons qu'en septembre 2011, le nombre de patients orphelins atteignait 4761 personnes en Haute-Yamaska. En octobre 2015, cette liste comptait plus de 7000 inscrits.

«Plus ça va, plus les grosses cliniques refusent leurs patients. Je me sens mal de leur dire que je ne peux pas les voir. Ça me désole. Si tout le monde [dans le réseau de la santé] mettait l'épaule à la roue, il y aurait peut-être moins de problèmes», clame le Dr Lasnier, qui pratique à la clinique Carrefour Haute-Ville.

Responsabilités

Le Dr Lasnier affirme être à la «croisée des chemins». Mais pour lui, plus question de revenir en arrière. «La retraite s'approche tranquillement. Je veux lever le pied et passer le flambeau aux autres, mentionne l'homme de 67 ans. Aller au privé, ça va m'enlever la pression d'aider les patients qui sont abandonnés par les autres. C'est lourd à porter jour après jour.»

Selon l'omnipraticien, plusieurs démarches pour faire le saut au privé ont déjà été entreprises. «Comme médecin, on a affaire à plusieurs associations. Il faut les aviser de notre choix [de quitter le régime public]. Il faut aussi prévenir le Collège des médecins. Même chose pour la FMOQ. Ensuite, j'ai un délai de 90 jours de transition avant de pouvoir pratiquer au privé. Ça me mène à la mi-mars. D'ici là, j'ai également l'obligation d'informer ma clientèle de ce qui s'en vient.»

À ce propos, M. Lasnier est conscient que plusieurs de ses milliers de patients ne le suivront pas. «Dans le plus fort de ma pratique, je faisais 7500 consultations par année. Je ne m'attends pas à ça au privé. C'est évident que les revenus vont baisser. Mon intention, ce n'est pas d'étouffer les gens, image-t-il. D'ailleurs, je sais déjà que plusieurs patients vont me suivre. Je suis prêt à en voir une vingtaine par jour. Mais les autres, je ne pourrai pas les référer dans une clinique et me tenir responsable de la réponse des autres médecins. Mon but, c'est d'offrir une option différente. Et tant mieux si je peux sensibiliser la population à ne pas consulter pour rien.»

Les dirigeants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie ont décliné la demande d'entrevue de La Voix de l'Est.

Un «sérieux coup de barre» doit être donné

Le docteur Lasnier ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps de poser un diagnostic sur l'état de santé du réseau. Selon lui, plusieurs médecins «se la coulent douce», faisant en sorte que le système «craque de partout». Bien qu'il ne soit pas d'accord avec l'ensemble des solutions proposées par Québec pour améliorer l'accessibilité aux soins de santé, l'omnipraticien est d'avis qu'un «sérieux coup de barre» doit être donné.

«Le ministre Barrette ne fait pas l'unanimité, mais je crois que les médecins devraient voir un minimum de patients. Ce que la majorité ne fait pas. Le système fonctionne avec des roues carrées. Certains médecins suivent des milliers de patients alors que d'autres refusent d'en prendre plus de 250. Il faudrait qu'il y ait un meilleur équilibre», déplore celui qui a plus de 8000 patients actifs.

Rappelons que le ministre de la Santé voulait imposer un quota de patients aux médecins de famille. Ceux-ci ne seront toutefois pas soumis à cette règle prévue à l'origine dans le projet de loi 20, adopté par l'Assemblée nationale en novembre. L'idée a été rejetée lorsque Gaétan Barrette a ratifié une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) le 25 mai. De fait, l'organisation s'est engagée à ce que 85% des Québécois aient accès à un médecin de famille d'ici le 31 décembre 2017.

M. Lasnier pose également un regard très critique sur l'efficacité de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), qui gère les régimes publics en plus de rémunérer les professionnels de la santé. «Comme médecin, il y a constamment des problèmes avec la RAMQ. C'est de plus en plus compliqué de se faire payer, soutient-il. Tout récemment, du 2 novembre au 23 novembre, presque tout ce qu'on facturait était refusé. Donc, on nous dit d'en faire davantage, mais gratuitement. Et quand tu appelles pour avoir des informations, il n'y a personne pour te répondre. Tout le monde se renvoie la balle. C'est inacceptable! Au privé, je n'aurai pas ce genre de problème.»

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