Hausse du prix du panier d'épicerie

Les grandes chaînes ont su profiter des hausses... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Les grandes chaînes ont su profiter des hausses des prix de certains produits alimentaires.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

Le prix des aliments, surtout les fruits, les légumes et la viande, n'a cessé de grimper au cours de la dernière année. Le grand coupable: la baisse de la valeur du dollar canadien. Et ce n'est pas terminé puisqu'une hausse générale de 2 à 4% du prix du panier d'épicerie est anticipée pour l'année qui vient.


«L'effet du dollar a été tel qu'il a influencé plusieurs catégories d'aliments, pas juste les légumes et les fruits, remarque Sylvain Charlebois, chargé de projet pour l'Institut alimentaire de l'Université de Guelph. On voit que le dollar a causé beaucoup de problèmes au niveau de la distribution et de l'approvisionnement. Durant l'année, on a vu le prix de certains légumes et fruits augmenter de plus de 15 à 20% en un seul mois! Le cas le plus récent est la laitue, dont le prix a augmenté de 22% en un mois. C'était quand même assez important.»

Selon le professeur originaire de Farnham, les importateurs n'ont tout simplement pas eu le temps de s'ajuster à la plongée de la valeur du huard. «Lorsque la devise diminue très rapidement, on ne donne pas la chance aux importateurs de repositionner leur portefeuille pour renégocier de nouveaux prix, explique-t-il. Quand on est en mesure d'anticiper une baisse de la devise, on répartit les risques. On va acheter, par exemple, des dollars américains en avance. Quand le dollar baisse trop rapidement, comme ça a été le cas cette année, on force les importateurs à payer un prix supérieur en raison de la faiblesse de notre devise.»

Résultat: le prix des fruits a augmenté de 9,1% alors que celui des légumes a crû de 10,1%, bien au-delà de la hausse anticipée de 1% à 5% pour les deux catégories confondues.

Changement d'habitudes de consommation

La viande n'a pas laissé sa place non plus, avec une hausse de 5%. Le prix du boeuf a par ailleurs grimpé de 30% en deux ans.

Un sondage réalisé il y a un peu plus d'un mois par l'Institut alimentaire révèle que 38% des consommateurs de boeuf en mangent moins, ou plus du tout. La grande majorité (62%) évoque des raisons financières, et 43% des motifs de santé. Ces répondants ont recherché une alternative en matière de protéines.

Un sondage similaire est en préparation pour la consommation de porc, dont le coût a augmenté entre 20 et 25% en deux ans.

Continuité

Et la hausse des prix des aliments va se poursuivre en 2016. L'institut alimentaire prévoit qu'elle sera supérieure, encore une fois, au taux d'inflation.

«Cette mouvance-là va continuer en 2016,» prévient Sylvain Charlebois. Mais avec un bond de 30% du coût de la viande au cours des dernières années, «on risque de voir des augmentations, mais pas autant que les années passées.»

Les fruits et légumes vont probablement pousser les prix à la hausse l'an prochain, mais dans une moindre mesure. «Selon notre modèle, on estime que le dollar n'ira pas en bas de 70 sous, précise le chargé de projet. En 2015, le dollar a baissé de 14%. Cette fois, on ne parle que de cinq sous. La baisse va être moins sévère à long terme. Ce sera beaucoup plus facile de gérer et de répartir les risques.»

Vaches maigres

L'institut s'est également penché, dans son Rapport sur les prix alimentaires à la consommation de 2016, sur le domaine de la restauration.

Fait intéressant: le secteur de la restauration avec service est très compétitif et les prix s'en ressentent, y apprend-on.

«Les prix ont grimpé d'à peu près 2,7% cette année, ce qui est en deçà du taux d'inflation alimentaire général. En restauration, les conditions sont extrêmement difficiles», mentionne M. Charlebois.

Dans le domaine de la restauration rapide, les consommateurs risquent d'assister à une croissance lente et graduelle des prix, surtout dans le cas des bannières qui ont choisi de changer leur façon de s'approvisionner.

«En 2015, on a vu plusieurs joueurs se démarquer avec les oeufs sans cages, de la viande sans antibiotiques. Il y a un vent de changement pour mieux servir le client, remarque M. Charlebois, mais en fin de compte les prix risquent d'augmenter davantage. La plupart des changements sont liés au traitement éthique de l'animal.»

Bonne année pour les supermarchés

Si 2015 a été rude pour les consommateurs, les supermarchés ont plutôt enregistré des profits. Les grandes chaînes ont su profiter des hausses des prix de certains produits alimentaires pour également augmenter les prix ailleurs, dans les autres rayons.

«On a l'impression que les distributeurs ont tiré avantage de l'inflation alimentaire pour augmenter les marges à travers l'ensemble des catégories de produits, explique Sylvain Charlebois, chargé de projets à l'Institut de l'alimentation de l'Université de Guelph. Les chaînes ont tiré avantage d'un momentum inflationniste pour augmenter les prix un peu partout.»

Conséquences pour les familles

Les familles qui en arrachent aujourd'hui auront encore plus fort à faire pour se nourrir en 2016.

La hausse du prix du panier va dépasser le taux d'inflation général. Une situation que l'Institut de l'alimentation de l'Université de Guelph, en Ontario, observe depuis au moins cinq ans.

Le professeur chargé de projet pour l'Institut, Sylvain Charlebois, explique que les augmentations anticipées pour 2016 demanderont une dépense supplémentaire de 345 $ pour un ménage canadien moyen de deux adultes et deux enfants. Pour un ménage québécois, c'est environ 370 $ de plus.

« Si on achète la même chose en 2016 qu'en 2015, on va payer 345 $ de plus en moyenne. Il va peut-être falloir se réajuster au niveau des protéines. Au niveau des fibres, des légumes et des fruits, c'est difficile de faire une substitution. Mais en ce qui concerne les protéines animales, on a l'impression que de plus en plus de gens vont passer à la protéine végétale en raison des prix des viandes. »

Selon le Farnhamien d'origine, une famille dépense environ 8600 $ par année en nourriture, dont 2700 $ en restauration.

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