Turcotte coupable de meurtres non prémédités

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Pour Guy Turcotte (à gauche), le verdict signifie une peine de prison à vie.

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Saint-Jérôme

Isabelle Gaston s'est dite «contente et soulagée» que Guy Turcotte ait été jugé coupable du meurtre non prémédité de leurs deux enfants. Mais impossible pour elle de parler de victoire: elle a souligné qu'elle va tout de même se réveiller demain sans Olivier et Anne-Sophie.

Ils vont pouvoir reposer leur âme, a-t-elle déclaré, la voix étouffée par les sanglots, peu après que le jury eut fait connaître sa décision dimanche.

«Pour moi, c'est la journée où je vais pouvoir commencer à me reposer, car depuis leur décès, j'ai l'impression que ma vie était un combat».

Mais elle hésitait à se réjouir: «Demain, je vais me réveiller sans enfants», a-t-elle dit, près de la salle de cour au palais de justice de Saint-Jérôme.

Pour Guy Turcotte, le verdict signifie une peine de prison à vie. Le juge a ordonné sa détention immédiate et il n'est donc pas ressorti libre de la salle d'audience.

L'homme est resté impassible pendant le prononcé du verdict, rendu verbalement par le juré numéro onze. Par deux fois, une pour chaque enfant, l'homme a dit «meurtre au deuxième degré».

Il s'agit d'un résultat différent de celui du procès initial en 2011, lors duquel l'homme avait été reconnu non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux.

Un «Yes» étouffé a été entendu dans la salle de cour à 12 h 6, quand le verdict est tombé. Le mot semblait venir en direction d'Isabelle Gaston, assise dans la première rangée.

Le jury de 11 personnes a délibéré pendant près de six jours avant d'en arriver à cette décision.

En rejetant la défense de non-responsabilité criminelle, ils ont donc jugé que l'homme savait que ce qu'il faisait était mauvais quand il a poignardé à mort ses deux enfants, et qu'il comprenait la nature de ses actes.

Le meurtre non prémédité - ou meurtre au second degré - entraîne une peine de prison à vie.

Les avocats feront leurs représentations sur la peine le 18 décembre, afin que soit déterminé par le juge André Vincent le nombre d'années minimum que Guy Turcotte devra passer en prison avant de pouvoir obtenir une libération conditionnelle - entre 10 et 25 ans.

La poursuite satisfaite

L'un des procureurs de la Couronne dans cette affaire, René Verret, a fait des remarques, en face de la salle de cour où s'est déroulé le procès depuis la mi-septembre. Il a dit que la poursuite était satisfaite du verdict rendu et a remercié le jury, ainsi que les 32 témoins de la Couronne.

Il a eu ces mots pour Mme Gaston et sa famille. «Nous espérons de tout coeur que ces verdicts pourront leur apporter la sérénité».

Les avocats de Guy Turcotte n'ont pas voulu faire de commentaires aux journalistes. Pas moyen de savoir pour le moment s'ils envisagent un appel de la décision.

L'ex-cardiologue de 43 ans avait été accusé du meurtre prémédité de ses deux jeunes enfants, Olivier, âgé de 5 ans, et Anne-Sophie, âgée de 3 ans. Il les a poignardés à mort à 46 reprises le 20 février 2009.

Après que la Couronne en eut appelé du premier verdict de non-responsabilité criminelle, la Cour d'appel avait ordonné un second procès - en raison de directives fautives au jury. Il s'agit de celui qui a débuté au palais de justice de Saint-Jérôme, le 15 septembre 2015.

En raison de la défense de non-responsabilité criminelle que Guy Turcotte avait présentée, une bonne partie du procès a tourné autour de son état mental, le soir du drame.

Trouble de l'adaptation

Tous les psychiatres qui ont témoigné au procès - tant celui de la Couronne que ceux de la défense - étaient d'avis que l'homme souffrait, le soir des meurtres, d'un trouble de l'adaptation avec humeur dépressive.

Ils ne s'entendaient toutefois pas sur les conséquences de ce trouble, et s'il pouvait permettre l'application de l'article 16 du Code criminel, qui porte sur la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Selon les experts appelés par la Couronne, l'homme n'avait pas perdu contact avec la réalité et savait ce qu'il faisait.

Selon ceux de la défense, Guy Turcotte était dans un état de confusion mentale et en rupture de contact avec la réalité ce soir-là. Il était suicidaire, obnubilé par l'idée de mourir. Il avait ainsi bu du lave-glace, qui contient un alcool toxique.

La défense avait fait valoir qu'il s'est ensuite «vu mourir» et décidé d'emmener ses enfants avec lui, pour leur éviter la souffrance de trouver son cadavre.

Crise suicidaire

La défense avait aussi plaidé que l'homme s'est retrouvé dans cet état de détresse et en crise suicidaire, car il souffrait de sa séparation avec la mère des enfants, le fait qu'elle l'ait trompé avec l'un de ses amis, et aussi parce qu'il ne voyait plus ses enfants tous les jours.

La Couronne avait plaidé de son côté que Guy Turcotte a agi par vengeance contre Isabelle Gaston. L'homme voulait s'enlever la vie et a tué ses enfants parce qu'il ne supportait pas l'idée qu'ils grandissent avec un autre homme que lui, ont argumenté les procureurs.

Le résultat du premier procès a suscité la colère de la population qui a tenu de nombreuses manifestations pour protester contre le premier verdict, soit celui de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Mme Gaston a d'ailleurs demandé dimanche au Collège des médecins d'effectuer une meilleure supervision du travail des experts en cour, afin de préserver la confiance du public envers le système judiciaire.

«La psychiatrie, ce n'est pas si ésotérique que ça», a-t-elle tranché.

Cette cause a été l'une des affaires judiciaires les plus suivies au Québec.

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