Le ministre met les commissaires au pas

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Le ministre de l'Éducation, François Blais, s'arrogera plus de pouvoirs.

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

Le réseau scolaire sera le théâtre d'un grand brassage de structures, duquel les commissions scolaires sortiront les grandes perdantes, tandis que le ministre de l'Éducation s'arrogera plus de pouvoirs.

Après plus d'une année de réflexion, le gouvernement a finalement attendu le tout dernier jour de la session parlementaire, vendredi, pour déposer vendredi son projet de loi tant attendu visant à réorganiser la gouvernance du réseau scolaire.

Le projet de loi 86 déposé par le ministre François Blais reconfigure les rôles de chacun dans le réseau, dans une optique de décentralisation vers l'école.

Mais la présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bouchard, pense au contraire qu'il s'agit d'une «opération de centralisation vers le ministre». «C'est clair comme de l'eau de roche», a-t-elle commenté, en point de presse.

Les parents influents

Chose certaine, dans ce jeu de chaises musicales, il y a des gagnants et des perdants. Les gagnants sont les parents, qui auront davantage leur mot à dire dans les décisions, de même que les directions d'école, à qui on veut donner plus de latitude, et le ministre lui-même qui pourra exercer un contrôle plus serré sur la gestion des commissions scolaires, obligées à une plus grande reddition de comptes.

Si le projet de loi est adopté, le ministre pourra serrer la vis aux commissions scolaires, émettre des directives à leur endroit, forcer l'adoption de cibles et d'orientations, voire destituer des gestionnaires. «On ajoute des pouvoirs en termes de gestion budgétaire», a résumé le ministre, en conférence de presse.

Après avoir tergiversé sur l'abolition ou la réduction du nombre de commissions scolaires, Québec a donc renoncé à aller en ce sens, mais le projet de loi prévoit qu'elles seront invitées à fusionner ou à tout le moins à fusionner des services.

Élections scolaires

Comme prévu, Québec confirme son intention de mettre fin aux élections scolaires. Mais pas tout à fait: si 15 % des parents de ce territoire se montrent intéressés, certains postes au sein des commissions scolaires pourraient toujours être pourvus grâce au suffrage universel, par voie électronique.

Le projet de loi vise surtout à transférer une partie du pouvoir des commissions scolaires aux directeurs d'écoles et aux parents.

Dans ce but, l'actuel conseil des commissaires sera remplacé par un conseil scolaire, formé de 16 personnes (dont six parents, des directeurs d'école, des membres du personnel et des membres de la communauté). Les parents gagnent le droit de voter sur les décisions à prendre.

Chaque commission scolaire devra aussi mettre sur pied un comité de répartition des ressources, composé notamment de directeurs d'écoles et chargé de proposer au conseil scolaire comment répartir les ressources financières allouées à chaque école.

Certaines enveloppes budgétaires (dont l'importance n'est pas indiquée) devront être transférées directement aux écoles, qui pourront définir leur propre «projet scolaire».

Leadership des directions

«À mon avis, parmi les grands gagnants de ce projet, c'est les directions d'écoles. On leur reconnaît un leadership extrêmement important», a soutenu le ministre Blais.

«Jamais un gouvernement n'a donné autant d'importance à l'école. Jamais un gouvernement n'a remis les dirigeants, les enseignants, les parents au centre de la décision», a commenté de son côté le premier ministre Philippe Couillard, durant sa conférence de presse traçant le bilan de la session parlementaire.

La Fédération des commissions scolaires est plutôt d'avis que le réseau est en train de perdre un contrepoids au pouvoir politique, avec la prise de contrôle de ce palier intermédiaire de gestion des écoles. Le ministre, bientôt omnipotent, deviendra «l'oeil de Dieu» du réseau, déplore Josée Bouchard.

Elle dit craindre aussi qu'un accroissement des pouvoirs octroyés aux écoles entraîne des disparités entre elles et une perte d'équité.

Le porte-parole caquiste, Jean-François Roberge, voit une incohérence majeure dans le discours du ministre, dans le fait de dire: «je décentralise la décision vers les écoles et j'augmente mon pouvoir discrétionnaire de ministre».

Le porte-parole péquiste, Alexandre Cloutier, a fait valoir que la démonstration que ce brassage de structures allait favoriser la réussite scolaire n'avait pas été faite.

Il s'inquiète lui aussi de l'étendue des nouveaux pouvoirs conférés au ministre de l'Éducation.

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