Nouveaux actes posés par les pharmaciens: une Granbyenne «rouge de colère»

«Ça n'a pas de sens. Je ne me... (photo Janick Marois)

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«Ça n'a pas de sens. Je ne me sens pas en sécurité. Si ça m'arrive, il doit y en avoir plusieurs dans une situation comme la mienne », déplore Micheline Chaput, à qui l'on a refusé une prise de sang à l'hôpital de Granby, demandée par son pharmacien, en raison d'un simple formulaire.

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Depuis l'entrée en vigueur de la loi 41, en juin dernier, les pharmaciens peuvent poser de nouveaux actes. La prescription d'analyses de laboratoire pour des fins de surveillance de la médication en fait partie. Or, l'application de ce type d'ordonnance connaît des ratés dans la région, déplore Micheline Chaput, à qui l'on a récemment refusé une prise de sang à l'hôpital de Granby, demandée par son pharmacien.

Micheline Chaput a une santé précaire. Elle a été traitée pour un cancer du poumon il y a environ deux ans. Elle fait aussi du diabète, de l'ostéoporose, de la fibromyalgie et du cholestérol, a-t-elle souligné en entrevue à La Voix de l'Est.

Ainsi, elle doit ingurgiter un cocktail de pilules chaque jour. De plus, comme des milliers de Québécois, la Granbyenne fait partie des patients orphelins, car elle a perdu son médecin de famille en novembre 2014, quand celui-ci a fait le saut au privé.

La dame de 67 ans voyait donc d'un bon oeil l'adoption de la loi 41, ouvrant la porte à de nouvelles activités pour les pharmaciens. Son enthousiasme a toutefois tourné à l'amertume, le 17 novembre, quand le personnel du Centre hospitalier de Granby (CHG) a refusé d'honorer la prescription de son pharmacien.

«Ça faisait près de deux ans que je n'avais pas eu de prise de sang pour vérifier si mes médicaments sont adéquats pour mon état de santé. C'était tout à fait normal que mon pharmacien demande une analyse de laboratoire parce que je n'ai plus de docteur. Quand je me suis présentée à l'hôpital, j'étais à jeun, comme prévu. J'étais rouge de colère quand on m'a dit qu'on ne pouvait pas me la faire, prétextant que les résultats doivent uniquement être remis à un médecin traitant. Alors bravo pour la loi 41!», a-t-elle clamé.

Incertitude

Après avoir essuyé un refus au CHG, Mme Chaput s'est tournée vers son pharmacien, Gino Roy, de la succursale Uniprix, située rue Principale à Granby. Ce dernier a renouvelé ses médicaments temporairement, mais le doute demeure.

«Est-ce que ma santé se détériore parce que je ne reçois pas les bonnes doses de médicaments? Je ne sais pas. On ne peut pas laisser les gens dans l'incertitude, entre deux chaises, a-t-elle imagé. Ça n'a pas de sens. Je ne me sens pas en sécurité. Si ça m'arrive, il doit y en avoir plusieurs dans une situation comme la mienne.»

De son côté, le pharmacien a immédiatement contacté le CHG pour tenter de dénouer l'impasse et faire la lumière sur ce qui a mené les effectifs du centre hospitalier à mettre en suspens sa demande.

Or, il semble qu'un simple formulaire soit en cause, aurait confirmé au pharmacien un membre du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie.

«J'ai déjà prescrit des prises de sang à des patients quand ils sont suivis par des médecins. Mais là, il semble que ce soit plus complexe. Après plusieurs appels, on m'a dit que les pharmaciens doivent remplir une demande d'inscription ou de modification au registre des prescripteurs pour recevoir les résultats d'analyses quand un patient n'a pas de médecin. Je dois donc faire des démarches pour inscrire tous les pharmaciens de nos établissements dans le registre. Ça fait énormément de paperasse. Si je n'étais pas au courant, j'imagine que plusieurs autres collègues ne le sont pas non plus», a déploré M. Roy.

Sylvie Vallières, conseillère aux communications pour le CIUSSS de l'Estrie, a corroboré les propos du spécialiste. «En lien avec la demande de formulaire du pharmacien Gino Roy, il s'agit d'une procédure administrative que nous devons faire, c'est-à-dire inscrire le pharmacien comme un médecin dans le dossier clinique informatisé. Il faut lui donner un code unique d'identifiant. C'est en cours», a-t-elle indiqué par courriel.

Selon la loi 41, seul un médecin peut poser un nouveau diagnostic en ce qui concerne le dosage de la médication. Une règle qui pourrait également rallonger les délais pour Micheline Chaput.

«J'espère que le dossier [de Mme Chaput] va se régler d'ici un mois parce que c'est assez urgent. On va se croiser les doigts pour que les résultats soient beaux, sinon, elle devra aller consulter [un médecin] à l'urgence ou à la clinique d'accès», a mentionné M. Roy.

Selon la représentante du CIUSSS de l'Estrie, outre Mme Chaput, une autre personne se serait vue récemment refuser une prise de sang au CHG, prescrite par son pharmacien.

Une règle méconnue des pharmaciens

Mis à part Gino Roy, La Voix de l'Est a interrogé quatre autres pharmaciens de la région, tous de bannières différentes, à propos de l'obligation pour eux d'être inscrits dans un registre spécifique pour prescrire des analyses de laboratoire à des patients qui n'ont pas de médecin traitant. Aucun de ceux-ci n'était au courant de cette règle.

Le premier pharmacien qu'a contacté le journal est Jean-François Comeau, travaillant à la succursale Familiprix de la rue Robinson Sud à Granby.

Bien qu'il connaisse l'existence de plusieurs formulaires concernant la loi 41, le spécialiste a affirmé ne pas avoir été informé de l'exigence particulière aux ordonnances d'analyses en laboratoire pour patients sans médecin de famille.

Idem pour Marie-Ève Mercier, pharmacienne au Pharmaprix des Galeries de Granby et Maxime Daoust-Charest, propriétaire du Jean Coutu, rue Denison.

Simon Campagna, propriétaire de la pharmacie Brunet, boulevard de Bromont, tient des propos similaires à ses collègues. « Prescrire des analyses en laboratoire n'est pas une pratique courante et parfaitement intégrée. On parle de plusieurs nouveaux actes, dont certains sont mieux définis que d'autres. J'avoue que je ne suis pas au courant de la démarche précise au sujet des prises de sang prescrites à des patients orphelins », a-t-il indiqué.

« On parle d'étudier un dossier, procéder ensuite à des analyses en laboratoire appropriées et interpréter les résultats de façon professionnelle. C'est un travail très important, a renchéri M. Campagna. Mais il n'y a aucuns honoraires prévus pour que les pharmaciens fassent ces tâches concernant la loi 41. C'est un problème parce qu'on engage notre responsabilité en tant que professionnel de la santé. »

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