Guy Turcotte: la parole bientôt au jury

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Le juge André Vincent va donner ses directives en droit au jury lundi matin et lui indiquer les différents verdicts possibles. Après, les 11 jurés seront placés en isolement jusqu'à ce qu'ils rendent leur décision.

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La Presse Canadienne
Saint-Jérôme

Guy Turcotte a décidé de se suicider, mais il a d'abord voulu tuer ses deux enfants parce qu'il ne voulait pas qu'ils grandissent avec un autre homme que lui. Voilà la théorie de la Couronne sur ce qui a motivé l'accusé à les poignarder à mort en février 2009.

C'est ce qu'a notamment fait valoir Me René Verret, le procureur de la Couronne, dans sa plaidoirie qu'il a commencée et terminée mercredi.

Le juge André Vincent va donner ses directives en droit au jury lundi matin et lui indiquer les différents verdicts possibles. Après, les 11 jurés seront placés en isolement jusqu'à ce qu'ils rendent leur décision.

La Couronne demande au jury de trouver Guy Turcotte coupable du meurtre prémédité de ses deux enfants, Olivier, cinq ans, et Anne-Sophie, trois ans.

De son côté, la défense lui demande de trouver l'accusé non-criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Les psychiatres experts ont fait état qu'il souffrait, le soir des meurtres, d'une maladie mentale, soit un trouble de l'adaptation avec humeur dépressive.

Guy Turcotte a témoigné avoir voulu s'enlever la vie, avoir bu du lave-glace dans ce but, et, se sentant mourir, avoir décidé «d'emmener ses enfants avec lui» pour leur éviter la souffrance de retrouver son cadavre. Il a dit avoir bu du lave-glace (qui contient du méthanol, une substance toxique) après les meurtres également.

Mercredi, la Couronne a tout fait pour détruire cette version. Pour la poursuite, l'intention de Guy Turcotte de tuer ses enfants est évidente.

«Quand un homme donne 46 coups de couteau à ses enfants de cinq et de trois ans, on présume qu'il avait l'intention de causer la mort», a dit le procureur Verret.

Préméditation

Et puis, selon la poursuite, il y avait préméditation. Pas des jours ou des semaines, a convenu Me Verret, qui a plaidé que quelques heures suffisent. Dans ce cas, il a fait valoir que le plan de l'accusé s'est développé quand il a consulté des courriels échangés entre son ex-conjointe Isabelle Gaston et son nouveau copain, Martin Huot, vers 18h27 le 20 février 2009.

Et qu'il a pensé à son plan durant la soirée, passant à l'action après la conversation téléphonique avec sa mère, qui s'est terminée vers 21h35-21h40.

Selon Me Verret, il n'a bu du lave-glace qu'après avoir tué les bambins, et non pas avant, contredisant ainsi une position-clé de la défense.

Toujours selon la Couronne, Guy Turcotte était en colère d'avoir été trompé par sa femme avec l'un de ses amis. Et il était hanté par le fait que cet homme allait le déloger auprès de ses enfants. Ces pensée sont devenues trop lourdes à porter, insoutenables.

«Il voulait s'enlever la vie, mais il voulait d'abord tuer ses enfants parce qu'il ne voulait pas qu'ils grandissent avec un autre homme que lui», a dit le procureur.

Mais il n'a pas posé ces gestes parce qu'il a bu du méthanol ou parce qu'il souffrait d'une maladie mentale, a aussi plaidé Me Verret.

Car le trouble d'adaptation ne fait pas perdre contact avec la réalité, a-t-il dit, citant les témoignages des experts appelés par la Couronne et même par l'un de ceux de la défense.

Le méthanol ne lui a pas non plus fait perdre la carte. Cela prend de 12 à 24 heures avant que la substance n'affecte le cerveau, a ajouté le procureur, rappelant les affirmations d'un toxicologiste.

Guy Turcotte a témoigné au procès qu'après le premier coup de couteau donné à sa fille, «il a réalisé qu'il lui faisait mal». Même chose pour Olivier. Pour Me Verret, cela démontre qu'il était bien conscient de ses gestes.

Et la défense a beau vouloir démontrer qu'il était un bon papa, «il a échoué dans son rôle le plus important auprès d'Anne-Sophie et d'Olivier, soit celui de les protéger contre sa crainte de se faire déloger comme père, contre sa colère et contre son désir de vengeance», a-t-il tiré comme conclusion, avant de demander au jury de rendre un verdict de culpabilité.

Isabelle Gaston a sangloté pendant certaines portions de la plaidoirie. Il s'agissait de sa première présence à la Cour à ce procès depuis son témoignage.

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