Un déversement non planifié serait plus risqué

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Le risque environnemental de ne pas procéder au déversement de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent cet automne comme le prévoit la Ville de Montréal est beaucoup plus élevé que celui d'aller de l'avant.

Patrick Sanfaçon, La Presse

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
Montréal

Le risque environnemental de ne pas procéder au déversement de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent cet automne comme le prévoit la Ville de Montréal est beaucoup plus élevé que celui d'aller de l'avant.

C'est ce que concluent les trois experts mandatés par l'ex-ministre de l'Environnement Leona Aglukkaq, dont le rapport a été présenté à la presse vendredi, qui émettent toutefois d'importantes réserves sur le processus.

Leur rapport donne tout de même raison à l'administration du maire Denis Coderre, sans toutefois recommander d'aller de l'avant, puisque leur mandat était plutôt d'évaluer les risques environnementaux dans un sens ou dans l'autre.

Un arrêté ministériel décrété par le précédent gouvernement conservateur, ordonnant la suspension du déversement d'eaux usées à Montréal, est toujours en vigueur jusqu'à lundi en fin de journée.

Les experts notent dans leur rapport que l'état de détérioration de l'infrastructure que Montréal veut réparer est tel qu'elle représente un risque de bris et, donc, de déversement non planifié d'une durée indéterminée.

Un tel déversement, s'il devait survenir en hiver, au printemps ou durant l'été, présenterait des risques beaucoup plus importants de contamination pour la faune, la flore et les activités nautiques, selon les saisons, notamment en raison de la vulnérabilité des poissons à certaines de ces époques ou de la présence de plaisanciers sur le fleuve.

À l'opposé, le déversement planifié ne présente qu'un risque très limité, surtout à l'automne, notamment pour la reproduction des poissons.

«(Les experts) ont noté qu'il est peu probable que la décharge des eaux usées non traitées dans le Saint-Laurent ait un effet négatif sur la reproduction des poissons», a lu Caroline Blais, directrice de la division des produits forestiers et de la Loi sur les Pêches à Environnement Canada. «(À la période de l'année) à laquelle le déversement est planifié, les poissons ne sont pas en période de fraie. Par contre, (les experts) notent que si cette période est déplacée à l'hiver, il pourrait y avoir des impacts négatifs, car cette période est une période importante dans le système de reproduction des poissons», a poursuivi Mme Blais.

S'il est limité, le risque est néanmoins présent. C'est pourquoi les experts suggèrent une bonification des mesures de mitigation prévues par Montréal, ainsi que l'ajout de mesures additionnelles de surveillance du panache dans le fleuve et des prises d'eau potable en aval, bien qu'ils évaluent le risque de contamination à ces endroits comme étant «très limité». Selon le rapport, la Ville dit avoir discuté avec les responsables des stations d'eau potable concernées.

Les experts proposent également la mise en place d'un bateau-citerne de pompage et d'unités de pompage près des sorties d'eaux usées plus critiques, soit celles situées près d'hôpitaux ou d'usines.

Par ailleurs, ils se sont heurtés aux mêmes difficultés que tous les autres experts avant eux, soit le manque de données scientifiques sur les impacts réels en matière de toxicité sur les poissons, les frayères, la flore aquatique et ainsi de suite.

Ils recommandent donc fortement des suivis et analyses constants avant, durant et après le déversement afin de garnir la banque de connaissances à ce sujet, d'autant plus que l'âge des infrastructures d'égout de Montréal implique nécessairement d'autres réparations et déversements dans l'avenir.

«Le manque d'information sur les effets de rejet des eaux usées non traitées dans le Saint-Laurent doit être comblé afin qu'un continuel questionnement de la population et de la communauté scientifique sur ces risques puisse avoir des réponses», dit le rapport.

En fin de journée vendredi, la Ville de Montréal a fait parvenir un communiqué dans lequel elle rappelle l'essentiel des conclusions du rapport et indique que «les recommandations quant à la mise en oeuvre de nouvelles mesures d'atténuation des impacts seront étudiées et prises en considération».

«À court terme, et compte tenu de l'urgence de la situation, certaines mesures seront identifiées comme prioritaires tandis que d'autres feront l'objet d'analyses détaillées pour une éventuelle mise en application ultérieure», ajoute le porte-parole de la Ville, Philippe Sabourin.

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