Keystone XL: Obama rejette le projet

M. Obama en a fait l'annonce vendredi midi,... (Pablo Martinez Monsivais, Associated Press)

Agrandir

M. Obama en a fait l'annonce vendredi midi, estimant que l'oléoduc avait tenu un rôle trop large dans le discours politique du pays.

Pablo Martinez Monsivais, Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

(Washington) Jugeant que l'oléoduc Keystone XL ne servirait pas les intérêts nationaux des États-Unis, l'administration de Barack Obama a formellement rejeté, vendredi, le projet proposé par TransCanada pour transporter du pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta vers les raffineries du sud des États-Unis.

M. Obama en a fait l'annonce vendredi midi, estimant que l'oléoduc avait tenu un rôle trop large dans le discours politique du pays. Il a par ailleurs expliqué la décision en indiquant que le projet n'aurait pas contribué de manière importante et durable à l'économie américaine, qu'il n'aurait pas fait diminuer les prix du pétrole - qui, a-t-il rappelé, ont déjà baissé de toute façon - et qu'il n'aurait pas renforcé la sécurité énergétique du pays.

Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a exprimé de la déception face à l'annonce du président américain, avec qui il a discuté de la situation.

«Nous sommes désolés de cette décision mais respectons le droit des États-Unis à prendre celle-ci, a écrit M. Trudeau dans une déclaration publiée vendredi. Les rapports entre le Canada et les États-Unis sont beaucoup plus vastes qu'un seul projet et je suis impatient de rencontrer le président Obama dans un avenir rapproché pour prendre un nouveau départ afin de renforcer nos liens remarquables dans un esprit d'amitié et de collaboration.»

Répondant aux journalistes, vendredi, son ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a affirmé que le Canada saurait se positionner de manière favorable sur l'échiquier environnemental, malgré l'importance du pétrole au Canada.

«Le premier ministre Trudeau et tout son gouvernement vont envoyer au monde le message que le Canada va être exemplaire sur le plan environnemental, dans la lutte aux changements climatiques, et que, donc, les produits canadiens peuvent être achetés partout dans le monde en toute confiance parce qu'on fait notre part pour aider la planète - en fait aider l'humanité - à se réconcilier avec la seule planète que nous ayons», a-t-il déclaré à Ottawa.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a également fait parvenir un communiqué exprimant sa déception «que le président Obama ait plié devant la pression politique».

«Il était clair depuis un certain temps que malgré les faits, les avantages économiques et les protections environnementales, la décision de la Maison-Blanche était un fait accompli. J'ai parlé au premier ministre Trudeau aujourd'hui et je l'ai encouragé à continuer à défendre l'accès du secteur énergétique au marché», a indiqué Mme Ambrose.

Notley déçue

De son côté, la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a reconnu avoir été déçue par l'annonce de la Maison-Blanche, même si elle s'attendait à ce dénouement, et a dit y voir un signe qu'il fallait que le Canada apporte certains changements à son approche.

«Cette décision souligne la nécessité d'améliorer notre feuille de route et notre réputation sur le plan environnemental afin que nous puissions atteindre notre objectif de construire des infrastructures dans le domaine de l'énergie, incluant des oléoducs, pour rejoindre de nouveaux marchés», a écrit Mme Notley dans une déclaration.

La déception était aussi au rendez-vous pour le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall.

«Si l'on considère les faits tels que présentés par le département d'État américain, cette décision a plus à voir avec la politique nationale des États-Unis qu'avec une bonne politique environnementale», a-t-il fait valoir.

TransCanada a pour sa part déclaré qu'elle réfléchissait présentement aux différentes options s'offrant à elle, dont celle de présenter une demande pour un nouveau permis.

«TransCanada et ses partenaires demeurent absolument résolus à réaliser cet important projet, a soutenu Russ Girling, président et chef de direction de l'entreprise, dans un communiqué. Nous examinerons la possibilité de soumettre une nouvelle requête aux autorités transfrontalières afin de pouvoir expédier le pétrole brut de nos clients et nous analyserons les arguments donnés pour justifier le rejet.»

En début de semaine, TransCanada avait causé la surprise des deux côtés de la frontière en demandant la suspension temporaire de la demande d'autorisation du projet. Mercredi, l'administration Obama avait refusé de permettre ce délai.

L'oléoduc Keystone XL devait acheminer près du quart des exportations pétrolières du Canada vers des raffineries près du golfe du Mexique, ce qui nécessitait un permis pour qu'il puisse traverser la frontière.

Un rejet anticipé

Le rejet de Barack Obama était attendu. D'ailleurs, les principaux candidats à l'investiture du Parti démocrate en vue de la présidentielle s'étaient opposés au projet: Hillary Clinton et Bernie Sanders avaient tous deux annoncé qu'ils étaient contre.

Bien que le projet de 8 milliards $ soit mort pour l'instant, la décision de l'administration Obama ne sera sans doute pas le point final de cette saga qui dure depuis sept ans.

Les bailleurs de fonds de l'oléoduc pourraient se tourner vers les tribunaux pour s'opposer à la décision, et le Congrès, sous contrôle républicain, pourrait tenter d'outrepasser la décision présidentielle, bien que de tels efforts aient échoué par le passé. Le projet pourrait également être revu en 2017 si un républicain est élu à la Maison-Blanche et invite TransCanada à présenter une nouvelle demande.

On peut également se demander si le géant énergétique de Calgary tentera de récupérer plus de 2 milliards $ déjà investis dans le développement du projet. Plus tôt cette année, l'entreprise avait laissé la porte ouverte à une poursuite contre le gouvernement américain en vertu des dispositions de l'ALÉNA.

La première demande de permis de TransCanada pour le projet Keystone XL remonte à septembre 2008, soit quelques semaines avant que Barack Obama ne soit élu président.

D'après le plan initial, l'oléoduc devait partir des exploitations de sables bitumineux canadiennes, traverser le Montana, le Dakota du Sud et le Nebraska avant de se connecter à des oléoducs existants afin de transporter plus de 800 000 barils de pétrole brut par jour vers des raffineries du Texas.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer