Les offres de Québec rejetées par le front commun

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Le gouvernement de Philippe Couillard offre notamment de devancer le versement des augmentations de salaire à ses quelque 500 000 employés.

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Tant le front commun intersyndical que la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) ont rejeté vendredi les nouvelles offres déposées par le Conseil du trésor, les qualifiant tantôt de poudre aux yeux, tantôt de «quatre trente-sous pour une piastre».

Le front commun, qui avait planifié une nouvelle séquence de grèves tournantes à compter de lundi, prévient donc qu'elles se dérouleront comme prévu.

Pour ce qui est des infirmières de la FIQ et des enseignants du primaire et du secondaire de la FAE, la suite des choses sera déterminée prochainement par leurs instances respectives.

Dans ses nouvelles offres, le Conseil du trésor a proposé de devancer d'une année une augmentation de salaire de 1 pour cent qu'il avait dès le départ proposée et de reporter à la fin de la convention une des années de gel. Ainsi, au lieu d'offrir 0, 0, puis 1, 1 et 1 pour cent, Québec offrirait 0, 1, 1, 1 et 0 pour cent.

Toutefois, il injecte une somme de 550 millions $ dans un exercice de relativité salariale. Il s'agit d'un exercice d'évaluation des emplois qui permet de mieux rémunérer certains postes qui ne sont pas jugés assez rémunérés - ce qui signifie que d'autres postes ne recevraient carrément pas de hausse de salaire.

Dans un communiqué, le Conseil du trésor a dit estimer que 95 pour cent des 465 000 travailleurs concernés par l'opération verraient ainsi leur salaire augmenter.

De plus, son projet de faire passer de 60 à 62 ans l'âge auquel il sera possible de prendre sa retraite sans pénalité serait étalé, soit 61 ans le 1er juillet 2017 et 62 ans le 1er juillet 2019.

De même, Québec est maintenant prêt à retirer sa demande de calculer la rente de retraite sur le salaire moyen des huit meilleures années plutôt que des cinq meilleures années.

Le premier ministre Philippe Couillard a qualifié ces offres d'«énormes» et de très significatives, compte tenu de la capacité financière du Québec à l'heure actuelle.

«Il n'y a pas beaucoup de raisons de ne pas avoir d'entente négociée. Et il n'y a certainement aucune raison de soumettre les parents et les patients dans les hôpitaux à des moyens de pression», a commenté le premier ministre lors d'un point de presse à Baie-Comeau, en marge d'une allocution qu'il prononçait devant la Chambre de commerce de Manicouagan.

«On va là où les syndicats demandaient qu'on aille. Le moment est venu des régler. Une négociation, il faut savoir la terminer et je pense que le moment est venu maintenant de la terminer», a ajouté M. Couillard.

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, membre du front commun, a qualifié ces offres de «très mauvais signal». Il a déploré le fait que les membres du front commun «seront encore une fois plus pauvres à l'échéance des conventions collectives».

«Ce qu'on nous propose, c'est moins de reculs que les reculs qu'on nous proposait, mais on est encore dans les reculs», a opiné M. Boyer. Le front commun résume d'ailleurs ces offres en une expression: «quatre trente-sous pour une piastre».

Pour ce qui est des 550 millions $ ajoutés en ajustements pour la relativité salariale, Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN, a souligné que des milliers de travailleurs pourraient ainsi se retrouver avec un salaire inférieur en bout de course - ce qu'elle a jugé inacceptable.

En conséquence, le front commun maintient son mot d'ordre de grèves tournantes.

Après avoir tenu une journée de grève par région, il tiendra deux journées de grève par région à compter de lundi prochain. S'il juge que les progrès aux tables de négociation ne sont pas suffisants, il tiendra par la suite trois journées de grève générale, les 1er, 2 et 3 décembre.

La FAE, qui ne fait pas partie du front commun, a déjà exercé deux des trois journées de grève prévues à son mandat.

Interrogé quant à la tenue de cette troisième journée de grève, son président, Sylvain Mallette, a indiqué que les instances concernées se réuniraient justement lundi pour décider des moyens de pression à adopter. Les représentants de ces 34 000 enseignants du primaire et du secondaire ont déjà claqué la porte, plus tôt cette semaine, estimant que la négociation aux tables sectorielles ne portait guère fruit.

La FIQ est plutôt coincée face aux moyens de pression qu'elle peut adopter. Comme ses membres sont toutes des professionnelles en soins, principalement des infirmières, elles sont soumises aux dispositions sur les services essentiels prévues au Code du travail. Or, celles-ci prévoient qu'au minimum 90 pour cent du personnel doit demeurer au travail en cas de grève, voire 100 pour cent dans certaines unités de soins.

De plus, la semaine dernière, un tribunal a même interdit aux infirmières de s'abstenir de porter leur carte d'identité à titre de moyen de pression. La FIQ devra donc choisir d'autres moyens de pression.

La présidente de la FIQ, Régine Laurent, affirme qu'avec de telles offres, il lui apparaît clair que le gouvernement prépare une loi spéciale. «C'est une opération envers la population pour être capable, après ça, de justifier qu'il va faire une loi spéciale», a-t-elle opiné.

Sylvain Mallette, de la FAE, renchérit: «il (le gouvernement) fait la démonstration aujourd'hui qu'il a toujours eu l'intention d'aller vers l'adoption d'une loi spéciale pour imposer les conditions de travail. Il a remodelé la proposition qui avait été faite en décembre dernier et ça ne constitue pas une base sur laquelle nos membres peuvent estimer que c'est un règlement satisfaisant».

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