Guy Turcotte: la maladie mentale en cause, dit une psychiatre

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La psychiatre experte Dominique Bourget est d'avis que c'est plutôt la maladie mentale dont souffrait Guy Turcotte qui l'a affecté et amené à tuer ses enfants.

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
St-Jérôme

Le rôle du lave-glace sur l'état mental de Guy Turcotte a finalement été abordé à son procès criminel, mais la psychiatre experte Dominique Bourget est d'avis que c'est plutôt la maladie mentale dont il souffrait qui l'a affecté et amené à tuer ses enfants.

«C'est ça qui est le plus responsable du drame», a-t-elle affirmé lundi matin, lorsque questionnée sur l'impact du lave-glace - qui contient du méthanol, un alcool toxique - sur les gestes posés par l'accusé le soir du double meurtre, le 20 février 2009.

Le méthanol est de nature à altérer la conscience et à perturber le jugement, avait-elle écrit dans son rapport.

«C'est évident pour moi que c'est le trouble mental qui l'a amené à faire cela», a déclaré l'experte en psychiatrie judiciaire qui était lundi à la barre des témoins pour une quatrième journée.

Mais en contre-interrogatoire, le procureur de la Couronne, René Verret, lui a rappelé qu'elle avait déjà témoigné, lors du premier procès criminel de Guy Turcotte, que le méthanol n'était pas le principal facteur de ce qui s'est passé le soir du 20 février, «mais que c'est un facteur très important».

«Je ne me souviens pas, mais c'est possible», a-t-elle répondu.

Dans son premier rapport de février 2011, Mme Bourget avait énoncé que le comportement meurtrier de Guy Turcotte était le résultat d'une combinaison de trois facteurs: l'état dépressif, la motivation suicidaire et l'intoxication.

Dans son second rapport, rédigé peu avant ce procès de 2015, la question de l'intoxication au méthanol a été presque complètement évacuée.

La psychiatre a expliqué que son second rapport n'était qu'une mise à jour, et ne répétait pas tous les éléments du premier.

Elle a témoigné la semaine dernière que l'accusé souffrait d'un trouble de l'adaptation sévère, avec humeur anxieuse et dépressive. Son cerveau était «profondément malade» le soir du 20 février 2009, quand il a poignardé à mort ses enfants, a-t-elle déclaré.

L'accusé a admis avoir causé la mort des deux bambins, mais plaide la non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Il a témoigné avoir voulu s'enlever la vie et ne pas se souvenir de tout ce qui s'est passé ce soir-là.

Mme Bourget a aussi tiré de plus comme conclusion de la preuve qu'il a commencé à boire du lave-glace avant de tuer Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans.

Elle a toutefois convenu que la seule preuve à l'effet qu'il y a eu consommation de lave-glace avant le meurtre est le témoignage de Guy Turcotte.

Questionnée par Me Verret, l'experte a aussi reconnu que Guy Turcotte avait menti, une fois rendu à l'urgence de l'hôpital, après le drame. Il avait déclaré au personnel médical avoir pris des comprimés de Tylénol pour expliquer son état.

«Alors comment pouvez-vous vous fier à ce qu'il a dit sur le méthanol?», lui a-t-il demandé.

«Je ne pense pas qu'il ait menti», a-t-elle répondu, sans expliquer sa réponse.

En contre-interrogatoire, Me Verret lui a lancé à plusieurs reprises qu'elle s'était fiée entièrement aux propos de l'accusé pour se former une opinion.

Mais Mme Bourget a résisté aux tentatives de Me Verret de lui faire dire que l'accusé fonctionnait normalement avant le double meurtre de ses enfants et qu'il ne présentait pas de signes de maladie mentale.

Le procureur de la Couronne a contre-interrogé l'experte en soulignant notamment qu'il estime que les symptômes de l'homme, selon lui, n'étaient pas significatifs: la tristesse, la peine et une certaine mise en retrait étant des réactions normales pour une personne qui vient de se séparer de son conjoint et qui doit composer avec la rupture de la famille.

Elle a aussi écarté que Guy Turcotte ait pu attaquer mortellement ses enfants par vengeance contre son ex-épouse, la mère des enfants, qui l'a trompé avec un autre homme.

Un scénario «peu probable», a-t-elle jugé.

Dans ses réponses longues et touffues, la psychiatre a répété que son diagnostic est complexe et basé sur la preuve et ses rencontres avec l'accusé.

De son côté, le procureur de la Couronne a tenté de démontrer que son opinion clinique de la maladie psychiatrique dont souffrait supposément Guy Turcotte n'est en fait que cela, une opinion, et non une certitude. Surtout pour elle qui n'a rencontré l'accusé pour une évaluation qu'en mars 2010.

«Comment pouvez-vous dire, 11 mois plus tard, que l'homme que vous voyez était malade en 2009?», lui a-t-il lancé.

La psychiatre qui traite depuis 2013 Guy Turcotte a aussi témoigné. Renée Roy a indiqué au tribunal qu'il se voit toujours prescrire des antidépresseurs et un antipsychotique. Ces médicaments lui donnent un effet amorphe et somnolent, a-t-elle déclaré.

Le procès de Guy Turcotte a débuté à la mi-septembre au palais de justice de Saint-Jérôme. Il se poursuit mardi.

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