Déclin de la production bovine

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«L'agriculture au Québec est faite pour les gros, déplore le producteur de boeuf Angus de Roxton Falls Daniel Morel. Ce n'est pas normal.»

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Depuis cinq ans, le Québec a perdu 42% de ses entreprises de production de veaux d'embouche, ces veaux qui seront engraissés pour devenir du boeuf. Les fermes où l'on achète le veau pour l'engraisser jusqu'à ce qu'il devienne un gros boeuf prêt pour l'abattoir disparaissent aussi à la vitesse grand V: la province a perdu plus de 20% de ses fermes de bouvillons depuis 5 ans.

Le nombre d'entreprises dégringole, le nombre de boeufs québécois aussi. «Les volumes sont à la baisse partout en Amérique du Nord, mais il y a une forte décroissance au Québec», concède Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, directeur général de la Fédération des producteurs de bovins du Québec.

Les temps sont durs pour le boeuf. Le mois dernier, l'entreprise d'abattage et de transformation Viandes Laroche d'Asbestos a fermé ses portes. Un immense choc pour le milieu qui perdait ainsi son dernier abattoir de boeuf d'importance. La fermeture a été expliquée par plusieurs facteurs, dont la hausse du prix du boeuf qui met une pression financière supplémentaire sur les abattoirs québécois.

Plusieurs facteurs décident du prix du boeuf, dont son offre. En ce moment, les marchés américains ont faim de boeuf et lorsqu'il est question de production bovine, le Québec est un tout petit acteur en Amérique.

 Le Québec produit moins de 5% du boeuf canadien, mais 13% du «boeuf commercial», ces vaches laitières en fin de vie qui sont abattues et deviennent du boeuf haché. L'importance du secteur laitier québécois explique cette part plus importante de la province dans le boeuf haché canadien.

 «Les producteurs québécois sont à la merci des monstres des États-Unis et des provinces centrales canadiennes, dit le producteur de boeuf Robert Pierre. Ici, quand tu as 1500 bovins, tu es un gros producteur. Ailleurs, on voit des fermes de plus 5000 bêtes.»

Les plus grosses fermes font nécessairement des économies d'échelle, dit-il. Les grands transformateurs, les géants de la viande, sont les premiers à acheter leurs bêtes à l'encan.

«On ne peut pas se le cacher, le milieu est morose», confie Robert Pierre, qui travaille à l'abri de ce commerce, puisqu'il vend lui-même son boeuf Highland dans sa boucherie de Saint-Lin-Laurentides. «Face à cette situation, dit-il, certains producteurs décident de débarquer et mettent la terre en vente.»

«Faite pour les gros»

«L'agriculture au Québec est faite pour les gros, déplore le producteur de boeuf Angus Daniel Morel. Ce n'est pas normal, car il y a beaucoup plus de petits producteurs, mais nous sommes laissés à nous-mêmes.»

Daniel Morel croit que le gouvernement provincial doit rapidement agir pour freiner la fermeture des fermes bovines du Québec. Plusieurs choses ne tournent pas rond en production bovine, explique l'agriculteur, notamment les programmes d'assurances. Mais si l'éleveur de Roxton Falls n'avait qu'une seule chose à demander au ministre de l'Agriculture, ça ne serait pas un programme d'aide ou des subventions à la ferme, mais l'étiquetage obligatoire de l'origine de la viande, partout où elle est vendue.

«C'est au consommateur de décider, dit-il. Le consommateur consciencieux va vouloir un produit de qualité. Je ne dis pas que tout le monde va acheter du boeuf plus cher, mais au moins, les gens vont avoir le choix.»

Plus de poulet, moins de boeuf

Parmi les mauvaises nouvelles, une bonne pour les producteurs: «Les prix payés pour l'animal sont enfin ce qu'ils devraient être, estime Jean-Philippe Deschênes-Gilbert. C'est normal que le consommateur paye la viande un prix qui permette au producteur de couvrir le coût de production.»

Le bonheur des uns fait le malheur des autres: depuis deux ans, le prix du boeuf a augmenté de 35% au Canada. Dans un environnement où le consommateur a le choix, plusieurs remplacent le boeuf. Le prix est en partie responsable de cette désaffection.

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